L’islam radical sous haute surveillance en Bosnie-Herzégovine

En Bosnie, des communautés salafistes et des imams clandestins prêchent un islam radical, aux antipodes de celui pratiqué en Bosnie. Après avoir longtemps fermé les yeux, les responsables religieux et politiques tentent tant bien que mal de mettre au pas les hors-la-loi.

Emir Cajic, un imam radical autoproclamé, dans une salle clandestine de Tuzla, au nord-est de la Bosnie-Herzégovine, en mai 2016.
Emir Cajic, un imam radical autoproclamé, dans une salle clandestine de Tuzla, au nord-est de la Bosnie-Herzégovine, en mai 2016. (AFP/ Elvis Barukcic)

Dans une salle clandestine de Tuzla, au nord-est de la Bosnie-Herzégovine, Emir Cajic, 38 ans, pratique depuis 2013 l’islam «tel qu’il est». Autrement dit, l’islam rigoriste. L’homme qui s’est improvisé imam après plusieurs années passées au Caire n’a pas été formé dans son pays conformément aux règles en cours. Il ne reconnaît pas l’autorité de la Communauté islamique qui prône, selon lui, un islam dévoyé et corrompu.
 
«L’islam est unique»
L’imam salafiste qui revendique un millier de fidèles refuse d’être placé sous la tutelle des autorités musulmanes de Bosnie et rejette le principe d’un islam libéral. «L’islam est l’islam. Il ne peut pas être libéral ou conservateur. Il est unique», affirme Emir Cajic à l’AFP.  
 
L’héritage du salafisme
L’idéologie salafiste qui se répand dans le pays n’est pas un phénomène nouveau. Elle a d’abord été importée par les djihadistes venus épauler les forces musulmanes pendant le conflit intercommunautaire dans les années 90 et s’est propagée dans les mosquées reconstruites par l’Arabie Saoudite après la guerre.
Un prosélytisme qui n’a pas vraiment inquiété les autorités jusqu’au départ en Syrie et en Irak de 300 Bosniens, puis une attaque à Sarajevo fin 2015.
 
Minoritaires mais…
Les «dzemats» ou communautés clandestines souvent d’obédience wahhabite restent très minoritaires en Bosnie-Herzégovine qui compte près de 1,5 million de musulmans. Mais «plus de la moitié des Bosniens partis en Syrie et en Irak sont passés par ces communautés, leurs leaders ont été recrutés par des étrangers avant d’être renvoyés dans le pays», explique à l’AFP Vlado Azinovic, spécialiste de l’islamisme radical à Sarajevo.
 
Menaçants
Et selon un rapport du centre de réflexion de Sarajevo Atlantic Initiative, le retour des Bosniens formés au Proche-Orient représente «une menace directe pour la sécurité de la Bosnie-Herzégovine mais aussi de la région et au-delà». Des responsables religieux, politiques et intellectuels musulmans avaient lancé en 2015 un appel commun contre l’extrémisme islamiste. Depuis, les islamistes jugés «rebelles» sont sous haute surveillance.