RECIT. Brexit : les 48 heures qui ont fait vaciller Boris Johnson

Le nouveau Premier ministre britannique a essuyé en quelques jours une série historique de revers parlementaires, qui ont porté un coup fatal à sa volonté de faire sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord, le 31 octobre.

Des manfestants devant le Parlement britannique, mardi 3 septembre 2019. 
Des manfestants devant le Parlement britannique, mardi 3 septembre 2019.  (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Si le Brexit était un sport, il serait un improbable triathlon : un mélange sur mesure de course de fond, de sprint et, bien sûr, de boxe anglaise. Mardi 3 et mercredi 4 septembre, les débats interminables et votes à la hâte organisés à la Chambre des communes ont fait vaciller le champion conservateur, Boris Johnson.

Jeudi 5 septembre, le Premier ministre britannique a pris un nouveau coup en apprenant la démission de son frère, Jo Johnson, secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur. Mais il n'entend pas se coucher avant d'avoir tout donné. Alors qu'une autre figure du Parti conservateur (Tories), le Brexiter Jacob Rees-Mogg, a indiqué qu'un nouveau vote sur la tenue d'élections anticipées aurait lieu lundi 9 septembre, franceinfo remonte le temps et vous raconte ces 48 heures d'un assaut parlementaire coordonné contre le chef du gouvernement qui a finalement permis à l'opposition de faire voter une loi évitant une sortie de l'UE sans accord fin octobre.

Mardi, 6 heures : le début du compte à rebours

Le soleil se lève sur Big Ben. Dans les kiosques à journaux, le Premier ministre – costume et cravate bleus, tignasse blonde presque disciplinée – affiche une mine exceptionnellement contrariée. Ces photos sont tirées d'une allocution donnée la veille, lors d'une ultime prise de parole avant la rentrée parlementaire. Son message : "Nous quitterons l'Union européenne le 31 octobre. Il n'y a pas de 'si' et pas de 'mais' qui tiennent." Devant lui, un mur de photographes le sépare d'une foule de manifestants, dont les cris – "Stop the coup !" ("Arrêtez le coup d'Etat" ) – résonnent dans tout Downing Street. 

A la radio et sur les chaînes d'information en continu, les députés réveillent les Britanniques. Quelles que soient leurs divergences, tous martèlent que les heures qui viennent seront décisives. En annonçant la prorogation (terme légal dans la loi anglaise pour désigner une suspension) du Parlement entre le 9 septembre et le 14 octobre, Boris Johnson a voulu leur couper l'herbe sous le pied. Privés de débat sur sa stratégie de négociation face aux partenaires européens à l'approche de la date officielle de sortie du Royaume-Uni de l'UE, le 31 octobre, ils ne disposeront que de quatre à cinq jours (avant le 9) pour obtenir des garanties contre un éventuel "no deal". Sur le site du Guardian, une journaliste donne le coup d'envoi de la journée : "On respire un grand coup. C'est parti." 

Mardi, 11 heures : l'alliance de l'opposition

L'opposition sait qu'elle doit agir vite et de façon coordonnée. En fin de matinée, Jeremy Corbyn convoque une dernière fois les chefs de l'opposition : les représentants des Lib Dems, des Verts, des Gallois du Plaid Cymru et des Ecossais du Parti national (SNP), se retrouvent dans le bureau du chef du Parti travailliste (Labour), dans la partie sud des Norman Shaw Buildings, une annexe de Westminster en briques rouges située au bord de la Tamise. Cela fait plusieurs jours qu'ils discutent mais, cette fois, ça y est, ils mettent la touche finale à leur stratégie pour faire tomber Boris Johnson. 

Les chefs de parti s'engagent à ce que leurs députés ne votent pas en faveur de nouvelles élections générales tant qu'une loi écartant la possibilité d'un Brexit sans accord ne sera pas promulguée. Le Premier ministre milite pour la tenue de ces éléctions mi-octobre, misant sur un vote massif des électeurs britanniques pro-Brexit, lassés des atermoiements du Parlement.

Mardi, 12 heures : la guerre est déclarée chez les Tories

Du côté des Tories, l'ancien chancelier de l'échiquier Phillip Hammond, les anciens ministres de la Justice David Gauke et Alistair Burt, l'ex-ministre et plus ancien député conservateur de la Chambre Ken Clarke, et une dizaine d'autres attendent dans un couloir du 10 Downing Street. Ces "rebelles" du Parti conservateur ont obtenu une audience avec le Premier ministre. Ces dernières semaines, ils ont fait savoir qu'ils tenteraient par tous les moyens d'empêcher une sortie de l'UE sans accord, quitte à trahir leur parti, et "BoJo" lui-même veut les faire rentrer dans le rang.

Un grand monsieur dégarni et vêtu d'une veste sans manches s'arrête à leur hauteur. C'est Dominic Cummings, conseiller de Boris Johnson et cerveau de la campagne du "Vote Leave" ("Votez Quitter"). Devant la porte du bureau du chef du gouvernement, il prend à partie les élus : "Je ne sais même pas qui vous êtes !", hurle l'atypique consultant, avant de leur passer un savon.

Les députés conservateurs \"rebelles\" (de gauche à droite) David Gauke, Philip Hammond, Greg Clark et Caroline Noakes, s\'apprêtent à s\'entretenir avec Boris Johnson, le 3 septembre 2019. 
Les députés conservateurs "rebelles" (de gauche à droite) David Gauke, Philip Hammond, Greg Clark et Caroline Noakes, s'apprêtent à s'entretenir avec Boris Johnson, le 3 septembre 2019.  (NIKLAS HALLE'N / AFP)

Avec le Tory en chef, l'ambiance n'est guère plus courtoise. "Je ne tolérerai pas une loi qui donne le pouvoir à Jeremy Corbyn"; prévient Boris Johnson, furieux, à Phillip Hammond. "Nous rendons le pouvoir au Parlement", répond ce dernier. Il s'agace, coupe la parole. "Vous donnez le pouvoir à la junte menée par Jeremy Corbyn", fulmine le Premier ministre. Greg Clark, ancien ministre et député conservateur rebelle, tente le compromis : et si, après le sommet européen, le gouvernement prévoyait une date pour que les députés se prononcent sur la possibilité d'un "no deal" ? L'idée ne suffit pas à réconcilier les alliés d'hier.

Quelques heures plus tard, Greg Clark reçoit un appel sur son portable. Au bout du fil, Dominic Cummings, toujours remonté. "Vous, les députés conservateurs, devez vous mettre dans vos putains de crânes que nous quittons l'UE le 31 octobre." 

Mardi, 15h30 : la majorité bascule

Il est 15h30 quand Boris Johnson monte à la tribune. Le nouveau Premier ministre, qui a pris ses fonctions le 24 juillet, donne un premier discours devant les députés. Au menu : le bilan de son intervention au G7, à Biarritz. Mais les élus peinent à écouter le chef du gouvernement quand, d'un coup, le député conservateur Phillip Lee arrive et se plante au milieu de l'assemblée. Fidèle Tory plutôt discret, ancien ministre proche de Theresa May et Européen convaincu, il jette un œil sur le banc de sa famille politique. Mais c'est vers les rangs supérieurs, en haut à droite, qu'il se dirige. C'est officiel, il a rejoint les Lib Dems, un parti de centre droit de tradition europhile. 

Jo Swinson, la cheffe du parti, se décale pour lui faire une petite place. Le député voisin, un ancien du Labour, l'accueille d'une tape bienveillante sur le bras, pendant qu'un communiqué de presse est envoyé simultanément, pour confirmer sa défection. La scène n'échappe pas à Boris Johnson : "Je souhaite le meilleur à mon honorable ami", s'interrompt-il, avant de reprendre le cours de son allocution. Il vient de perdre sa courte majorité au Parlement. 

Mardi, 18h30 : John Bercow ouvre les hostilités

Tout l'après-midi, John Bercow a tenté de faire régner l'ordre dans une chambre survoltée, répétant à la façon d'un maître d'école : "Ecoutez le Premier ministre", "je veux entendre le Premier ministre." Speaker de la Chambre des communes, ancien conservateur officieusement rallié au camp adverse, infatigable défenseur du système parlementaire britannique et remonteur de bretelles certifié – "ordeeeeer" –, il attendait la rentrée parlementaire de pied ferme. Et pour cause : il n'a pas digéré que Boris Johnson suspende le Parlement.

Alors, tout naturellement, en fin de journée, il assène un coup attendu au chef du gouvernement britannique en autorisant les députés à débattre d'un texte leur permettant de reprendre le contrôle de la Chambre via une motion déposée en vertu de la règle SO24 (PDF en anglais). Accusé par les pro-gouvernement d'avoir constamment pris partie pour les anti-Brexit, John Bercow ne rate pas une occasion de s'expliquer : "Mon attitude n'est dictée que par ma volonté de permettre le fonctionnement de la Chambre. (...) Je l'ai fait dans le passé, je le fais aujourd'hui et je le ferai du mieux que je le peux, de manière impartiale, qu'advienne que pourra, que ça passe ou que ça casse." Les hostilités parlementaires sont officiellement lancées. 

Mardi, 22 heures : les parlementaires reprennent le contrôle

Trois heures de débat, c'est long. Et éreintant. Défenseurs du gouvernement d'un côté, ennemis du "no deal" de l'autre, les députés s'invectivent dans la promiscuité de cette assemblée, construite comme deux tribunes face à face. Jacob Rees-Mogg, l'influent député pro-Brexit et ministre chargé des Relations avec la Chambre des communes, prend la parole peu avant 20 heures. "Usurper les droits de l'exécutif est anticonstitutionnel", lance-t-il depuis sa place au premier rang. Derrière lui, quelques parlementaires conservateurs tiquent. Le discours, perçu comme "hautain", est en train de les faire changer d'avis. Ils voteront contre le gouvernement.

Plus tard, depuis sa banquette, le Brexiter irrite encore davantage le camp d'en face. "Avec son langage corporel, le ministre chargé des Relations avec la Chambre montre son mépris pour cette Chambre et pour le peuple", s'exaspère la député écologiste Caroline Lucas. "Il s'est étalé sur trois sièges, comme si cela l'ennuyait de nous écouter débattre ce soir", lance-t-elle au Brexiter qui se contente de redresser ses lunettes rondes, lassé. La députée travailliste Anna Turley, agacée elle aussi, sort son téléphone portable et photographie Jacob Rees-Mogg, avant de partager le cliché sur Twitter. "L'expression physique de l'arrogance, de la prétention, du manque de respect et du mépris pour notre Parlement", écrit-elle en légende. 

Jacob Rees-Mogg dans la Chambre des communes, mardi 3 septembre 2019. 
Jacob Rees-Mogg dans la Chambre des communes, mardi 3 septembre 2019.  (ANNA TURLEY / AFP)

Une heure avant le vote, les conservateurs ont été à nouveau prévenus : ceux qui voteront contre le gouvernement seront exclus du groupe parlementaire. Mais quand, peu avant 22 heures, les députés se lèvent pour se rendre dans le lobby correspondant à leur choix ("yea" ou "nay"), Phillip Hammond, Ken Clark ou encore le petit-fils de Winston Churchill, Nicholas Soames, rejoignent tous l'opposition. A 328 voix contre 301, les députés prennent le contrôle de l'ordre du jour. Ils débattront dès le lendemain d'une proposition de loi pour empêcher le "no deal". Tout le monde peut rentrer se coucher. Dans son lit, cette fois. 

Mardi, 22h30 : les "rebelles" conservateurs prennent la porte

Au total, vingt-et-un députés conservateurs ont désobéi à la consigne, faisant basculer la majorité. Parmi eux, un député du nord du pays, Rory Stewart, quitte la Chambre précipitamment après avoir voté. A l'extérieur, il se fraye un chemin parmi les téléobjectifs et s'engouffre dans une voiture. Direction la Tate Modern, où il reçoit le prix du magazine GQ du "politicien de l'année". A la tribune, face au footballeur David Beckham et à l'actrice Nicole Kidman, il commente cette récompense à ce moment étrange de sa carrière : "Je suis le politicien de l'année à un moment où je cesse d'être un politicien", déclare-t-il, révélant à un parterre de célébrités avoir voté contre le gouvernement. La salle l'acclame, pendant qu'il reçoit un texto lui annonçant qu'il ne pourra plus porter l'étiquette du Parti conservateur. 

Et il n'est pas le premier à l'apprendre. Méthodiquement, le président du groupe parlementaire contacte un à un les frondeurs par ordre alphabétique pour leur annoncer la nouvelle. Du Gallois Guto Bebb à l'élu de l'Oxfordshire Ed Vaizey, tous sont mis à la porte.

A 23h24, les "rebelles" reçoivent enfin une autre notification, en provenance cette fois du groupe WhatsApp des élus conservateurs : "En tant qu'administrateur de ce groupe, et ce n'est pas de gaieté de cœur, les collègues qui ont été exclus vont, j'en suis sûr, prendre l'initiative de quitter ce groupe d'eux-mêmes dès ce soir." Nicholas Soames, petit-fils de Winston Churchill et vétéran du parti, prend la chose plutôt bien : "Ce groupe est essentiellement peuplé par des cinglés. N'importe qui de sensé le quitterait, pour préserver sa santé mentale." 

Mercredi, 8h30 : gueule du bois chez les Tories

Le réveil est difficile pour le Parti conservateur, qui a perdu vingt-deux députés la veille. Alors que la presse britannique titre (presque) unanimement sur "la perte de contrôle" et "l'humiliation" de Boris Johnson par le Parlement, les députés fraîchement exclus font le tour des médias. Boris Johnson, lui, reste combatif. En fin d'après-midi, les députés décideront de voter ou non un texte de loi "anti-no deal" qui, selon le Premier ministre, anéantirait toutes les tentatives de négociations à Bruxelles.

Le coup d'envoi de cette nouvelle journée est donné par Boris Johnson dans un tweet : "Corbyn et sa 'loi de capitulation' signifierait des années d'incertitudes et de reports. Je suis déterminé à faire avancer ce pays et à mener la Grande-Bretagne hors de l'UE le 31 octobre." 

A Westminster, les parlementaires rejoignent leurs bureaux et les couloirs prennent des airs d'aérogare. Les lords, qui siègent dans la chambre haute du Parlement, où ils valident les textes adoptés par la Chambre des communes, s'apprêtent à passer la journée et une partie de la nuit sur les bancs.

Mercredi, 12 heures : noms d'oiseaux pour la première séance de questions de "BoJo"

Sous les applaudissements mais aussi sous les huées, Boris Johnson fait son entrée dans la Chambre des communes, où il va vivre la toute première séance de questions au Premier ministre de son mandat. Les frondeurs exclus la veille ont repris leur place parmi leurs ex-collègues dans une ambiance électrique. 

"Si le Premier ministre fait au pays ce qu'il a fait à son parti dans les dernières 24 heures, je pense que beaucoup de gens ont de quoi craindre son incompétence, son indécision et son refus de publier les informations dont il dispose sur les effets qu'aurait un 'no deal'", attaque Jeremy Corbyn. Boris Johnson, incisif, contre-attaque, en fustigeant le texte "anti-no deal" soutenu par les travaillistes. Il ne dispose que de quelques heures pour convaincre les députés de le rejeter et de soutenir à la place sa motion demandant l'organisation d'élections générales le 15 octobre.

Mais aux députés qui l'interrogent sur la préparation du "no deal" ou sur l'avancée des négociations avec Bruxelles, il répond par des esquives et des slogans : "Nous sortirons le 31 octobre !" Jeremy Corbyn, opposé à l'annonce d'élections avant que la loi "anti-no deal" ne soit promulguée, est traité d'"hypocrite" et de "poulet chloré". Le travailliste estime quant à lui que "Boris" propose des élections comme "la méchante reine [offrirait] une pomme à Blanche-Neige".

Mercredi, 15h30 : les députés attaquent Boris Johnson à tour de rôle

En première ligne, les conservateurs rebelles de la veille prennent la parole pour défendre la loi "anti-no deal", texte pour lequel certains d'entre eux viennent de sacrifier leur carrière. La mission : contrer l'argument selon lequel voter ce texte revient à donner le pouvoir au Labour. "Je me ferai bouillir la tête avant de donner le pouvoir [à Jeremy Corbyn]", déclare Phillip Hammond, inspiré. La cheffe des Lib Dems, Jo Swinson, loue quant à elle la nécessité de "travailler ensemble pour éviter le 'no deal'", au-delà des clivages partisans. Quant au Premier ministre, il en prend pour son grade, alors que les députés se succèdent pour le traiter tantôt de menteur, tantôt d'agresseur.

"Bien sûr que ce soir je vais voter contre la tenue d'une élection générale, de la même manière que je voterai contre tout ce que le Premier ministre présentera", s'énerve la député travailliste Jess Phillips, exaspérée et en colère. "Je n'ai confiance en rien de ce qu'il puisse dire. Il joue les harceleurs de cours de récréation."

Mercredi, 17 heures : guerre d'usure à la Chambre des lords

Pendant que les députés s'écharpent, les lords, eux, vivent une journée tout aussi intense. Ils étudient au même moment une motion visant à leur permettre d'accélérer l'examen de la loi "anti-no deal", dans le cas où elle serait adoptée à la Chambre des communes. Car les lords devront bien sûr donner leur avis sur ce texte (un avis sur la forme davantage que sur le fond). Or, cette procédure prend du temps, un luxe dont personne ne dispose ici, puisque la prorogation du Parlement approche. La stratégie des lords pro-gouvernement est donc de se lancer dans d'interminables discours pour empêcher les discussions d'avancer.    

"La Chambre des lords a des pouvoirs très limités, mais aujourd'hui, elle a le pouvoir de repousser un texte [et donc de le rendre caduc], ce qui est un cas extrêmement rare dans lequel le rôle formel de la Chambre lui confère un pouvoir effectif", reconnaît le lord conservateur Daniel Finkelstein. A un journaliste du magazine Time qu'il croise dans les couloirs, il explique que les lords appartenant aux Tories ne craignent pas de se faire éjecter comme leurs collègues, les députés "rebelles". Non seulement ils jouent un rôle constitutionnel (plutôt que politique), mais en plus, ils sont nommés à vie par la reine sur proposition des Premiers ministres successifs et ne craignent donc pas de perdre l'étiquette de leur parti en cas de rébellion. Pour lord Finkelstein, "avoir renvoyé les frondeurs du parti est une grossière erreur", explique-t-il quand une cloche stridente retentit dans la pièce. Il est l'heure de voter une nouvelle motion. 

Mercredi, 20 heures : la proposition de loi "anti-no deal" est adoptée

A 20 heures, la proposition de loi dite "anti-no deal" est adoptée à la Chambre des communes : 327 votes contre 299.  Après la perte du contrôle sur le Parlement, Boris Johnson essuie son deuxième gros revers parlementaire en moins de 24 heures. En vertu de cette loi, il devra, s'il n'obtient pas d'accord avec les partenaires européens d'ici au 19 octobre, demander un nouveau report du Brexit, au 20 janvier 2020. 

Pourtant, le Premier ministre persiste. "Il est impossible d'avancer si le Parlement rejette tout ce que propose le gouvernement", assure-t-il, demandant aux députés de "choisir quel Premier ministre ira négocier à Bruxelles le 17 octobre", en acceptant que se tiennent de nouvelles élections le 15 octobre. 

Mercredi, 21h30 : les députés rejettent les élections anticipées

Le dernier coup des députés est porté vers 21h30. Sans surprise, la motion est rejetée, n'obtenant que 298 voix, soit moins que la majorité des deux tiers de la Chambre des communes nécessaire pour être adoptée. Les élus de l'opposition travailliste n'ont pas voté contre, mais se sont abstenus. 

"Je crois bien que Jeremy Corbyn est le premier leader de l'opposition de l'histoire démocratique de notre pays à refuser de tenir une élection, réagit aussitôt Boris Johnson. Je ne peux que spéculer sur les raisons qui le poussent à hésiter ainsi. La conclusion évidente, j'en ai bien peur, est qu'il a peur de perdre." 

Mais déjà, dans les rangs conservateurs, les députés évoquent la suite et ces fameuses élections anticipées pour lesquelles Boris Johnson continuera de se battre. "Il faut réintégrer [les "rebelles"] si nous voulons gagner les prochaines élections", se murmure-t-il dans les couloirs de Westminster.

Jeudi, 1h30 : les lords s'accordent pour débattre en urgence de la loi "anti-no deal"

Après de longues heures de débats, les lords se sont mis d'accord pour mettre en place une lecture accélérée du texte "anti-no deal" validé en début de soirée par la Chambre des communes. Ils s'engagent à en débattre jusqu'à vendredi 17 heures, au plus tard, garantissant ainsi la promulgation de la loi. Le texte maudit par Boris Johnson sera donc inévitablement promulgué (la Chambre des lords a officiellement adopté la loi "anti-no deal" vendredi après-midi).

Il est 2h27 du matin quand lord Andrew Adonis, membre travailliste de la chambre haute et fervent "remainer", envoie ce tweet soulagé : "Nous avons arrêté le 'no deal', nous pouvons rentrer à la maison."