Franc suisse: les ménages européens pris dans la spirale des prêts toxiques

Si 1500 collectivités locales françaises sont tombées dans le piège des prêts dit toxiques, plus de 4600 ménages sont eux aussi pris à la gorge en ayant souscrit des prêts immobiliers indexés sur le franc suisse. C'est aussi la panique chez certains de nos voisins européens.

Léonard Pizzato fait ses comptes
Léonard Pizzato fait ses comptes (France3/culturebox)

Plus de 4600 ménages français tombés dans le piège
 Les collectivités locales françaises ne sont pas les seules à être secouées par l’envolée du franc suisse. Si 1500 d’entre elles ont souscrit des emprunts indexés sur la monnaie helvétique, ces « fameux » prêts dits toxiques, des milliers de familles sont aussi tombées dans le piège. Elles ont souscrit des prêts immobiliers indexés sur le franc suisse mais remboursables en Euros appelés « Helvet immo » proposés par BNP Paribas, le Crédit Mutuel ou le Crédit Agricole.

Aujourd’hui, c’est le cauchemar pour plus de 4600 ménages, pris à la gorge qui doivent rembourser jusqu'au double du capital emprunté. Prenons l’exemple de cette famille dans le Vaucluse qui, en 2008, a emprunté la somme de 117 900 Euros quand la devise européenne valait 1.61 franc suisse. En 2014, soit 6 ans après, cette même famille devait encore 148 200 euros malgré les remboursements effectués. En 2015, elle en est à 179 973 Euros ! La spirale infernale est en marche.

Reportage: David Marcelin, Vincent Roy, Manuel Ruch, Myriam Heyer


C’est aussi la panique chez nos voisins polonais et croates !
C’est aussi la panique dans d’autres pays européens. Selon la Tribune de Genève, pas moins de 700 000 foyers polonais détiennent un crédit immobilier libellé en francs suisses. La décision de la Banque nationale suisse (BNS) d’abolir le cours plancher de sa monnaie face à l’Euro a levé un vent de panique. Le Zloty a décroché de près de 20% face au franc. Environ 40% des crédits immobiliers en Pologne sont libellés en francs suisses ce qui représente un volume de 31 milliards d’Euros, selon la Commission polonaise de surveillance des banques.

En Croatie aussi, petit pays de 4.2 millions d’habitants de l’Union Européenne, on s’inquiète du remboursement des crédits immobiliers. Selon l’association Franak représentant les emprunteurs de crédits libellés en francs suisses, quelques 60 000 particuliers doivent encore aujourd’hui rembourser leurs crédits – essentiellement des prêts immobiliers.

La Serbie n'est pas épargnée. Quelques 22 000 ménages seraient concernés. Le ministre des finances envisage des moyens d'aider les souscripteurs d'emprunts immobiliers en franc en allongeant les durées des prêts.
La Pologne elle a ordonné une enquête sur ces prêts en francs suisses.

Le collectif des victimes du prêt Helvet Immo
Si en France, Maurice Vincent, l'ancien sénateur-maire de Saint Etienne (qui lui aussi a souscrit des emprunts toxiques pour sa ville) avait pris le problème à bras le corps, il est encore loin d'être résolu. En attendant, le tribunal de grande instance de Paris n’a pas fini d’examiner les plaintes déposées par les victimes du prêt Helvet Immo, commercialisé par la filiale de BNP Paribas. 503 clients se sont portés partie civile et une instruction judiciaire a été ouverte en avril 2013. Un collectif s’est créé, défendu par Charles Constant-Vallet.

L’avocat réclame 40 millions d’euros de dommages et intérêts à la banque. Il reproche à l’établissement bancaire d’avoir profité de l’opération de change proposée à l’occasion des prêts Helvet Immo pour afficher des taux d’intérêts de départ plus bas que les concurrents…sans que la banque en explique les risques. «C’était la BNP, on a fait confiance. On a signé pour un taux fixe» confient, désemparés, Cédric et Magali, la quarantaine, à Libération. «On a cru à un prêt à taux fixe, les courtiers nous ont fait croire à la stabilité du franc suisse» explique ce responsable logistique parisien.