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Fiona Scott Morton à la Commission européenne : "Il n'y a pas de Français, de Martien ou de Jupitérien dans l'administration américaine", ironise Jean Quatremer qui dénonce "une forme de naïveté"

"Si Madame Scott Morton devient Européenne, s'installe définitivement en Europe, je ne verrai aucun problème à ce qu'elle exerce cette fonction", estime sur franceinfo Jean Quatremer, journaliste spécialiste des questions européennes.
Article rédigé par franceinfo
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À partir de septembre prochain, l'Américaine Fiona Scott Morton entrera en fonction au sein de la Commission européenne en tant que chef économiste de la direction générale de la concurrence. Mais son CV interroge. L'économiste s'est enrichie en conseillant notamment Google, Meta et Amazon. (FRANCEINFO)

"Il n'y a pas de Français, de Chinois, d'Allemand, de Martien ou de Jupitérien dans l'administration américaine", ironise mardi 18 juillet sur franceinfo Jean Quatremer, le correspondant européen du journal Libération, après la nomination de l'Américaine Fiona Scott Morton à la Commission européenne au poste d’économiste en chef de la stratégique à la Direction européenne de la concurrence. Or, elle a conseillé Google, Meta et Amazon. Son arrivée coïncide au moment où l’Europe s'apprête à mettre en place une nouvelle législation pour réguler le secteur des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, et Microsoft).
  
Vous dites, vous, que c'est une faute politique cette nomination ?

Absolument. Parce que même si certains veulent faire croire que c'est de la xénophobie de s'attaquer à son passeport mais sa nationalité américaine est évidemment un problème. Est-ce que vous connaissez un autre grand pays, quelqu'il soit, qui nommerait dans sa division antitrust par exemple, ou dans son état major militaire quelqu'un qui n'a pas la nationalité du pays sous prétexte qu'il est très compétent ? Ça ne tient absolument pas la route. Évidemment nous avons des économistes extrêmement compétents, nous avons même un prix Nobel d'économie qui s'appelle Jean Tirole et qui enseigne à Toulouse. Donc on aurait pu lui proposer le job.
 
Vous dites qu'on se trompe de débat. Ce n'est pas le chauvinisme qui est en question, c'est une forme de naïveté européenne ?
 
C'est une forme de naïveté européenne parce que nous avons des intérêts nationaux, des intérêts européens à défendre. Et c'est pas pour rien qu'il n'y a pas de Français, de Chinois, d'Allemand, de Martien ou de Jupitérien dans l'administration américaine. Evidemment que la condition de nationalité existe dans tous nos Etats. Alors j'ai entendu certains commentateurs dire 'oui, mais regardez, on a déjà eu un patron américain chez Airbus'. Airbus est une entreprise privée. Nous sommes une organisation internationale qui est quasi étatique et évidemment que ces postes doivent être réservés à des nationaux. Alors si Madame Scott Morton devient Européenne, s'installe définitivement en Europe, je ne verrai aucun problème, même si elle a le double passeport, à ce qu'elle exerce cette fonction, mais pas là et surtout pas au moment où l'Union européenne se dote enfin d'une réglementation des Gafam. C'est le moment d'avoir au contraire une vision et une approche européennes de ces géants du numérique et pas une approche américaine.
 
Le Parlement n'a aucune chance de pousser la Commission à revenir sur ce choix ?
 
Je n'ai jamais vu la Commission revenir sur des choix qui relèvent de sa compétence exclusive. Parce que vous savez, ici, la Commission européenne, c'est comme le Vatican, ce sont les gardiens de la foi européenne et jamais la Commission ne reconnaîtra qu'elle s'est trompée. Donc la seule chance qu'on ait de sortir par le haut de cette affaire, c'est que Fiona Scott Morton, se rendant donc compte qu'elle va être contestée durant les trois ans de son contrat, se déporte d'elle-même, c'est-à-dire renonce à venir en disant 'Ecoutez, il y a trop de problèmes. Je ne m'étais pas rendu compte que j'allais avoir affaire à une telle contestation, donc je me retire'.

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