Finlande: le sentiment pro-européen a-t-il vraiment gagné?

Le premier tour de la présidentielle, le 22 janvier, a vu la victoire de deux candidats pro-européens qui s’affronteront pour le 2e tour le 5 février. La Parti des Finlandais, formation populiste opposée à l’UE et anti-immigrés, est en net recul par rapport aux législatives de 2011. La presse voit dans ce résultat un triomphe contre «l’esprit de clocher».

Le président europhobe du Parti des Finlandais, Timo Soini (à gauche), avec le candidat conservateur pro-européen, Sauli Niinisto (à droite), à Helsinki le 22 janvier 2012
Le président europhobe du Parti des Finlandais, Timo Soini (à gauche), avec le candidat conservateur pro-européen, Sauli Niinisto (à droite), à Helsinki le 22 janvier 2012 (AFP - LEHTIKUVA - Jussi Nukari)

Lors des législatives d’avril 2011, le Parti des Finlandais (ex-Vrais Finlandais), emmené par son médiatique leader Timo Soini, avait fait une belle percée en passant de 4 à 19,1 % des suffrages. Mais le 22 janvier, Timo Soini n’a obtenu que 9,4 % des suffrages, loin derrière les deux qualifiés pour le 2e tour : le conservateur Sauli Niinistö (37 %) et l’écologiste Pekka Haavisto (18,8 %). Le premier a toutes les chances de l’emporter le 5 février.

Dans ce contexte, le succès l’an dernier du Parti des Finlandais était un «vote de protestation», estiment les observateurs. Jusque-là considérée comme l’un des bons élèves de l’UE, la Finlande serait ainsi revenue à des sentiments plus favorables à Bruxelles. Durant la campagne, Sauli Niinistö a insisté sur le fait que l’économie finlandaise, très dépendante des exportations (50 % de son PIB), était lié au bon fonctionnement de la monnaie unique. Ministre des Finances de 1996 à 2003, il a piloté l’entrée du pays dans la zone euro.

Mais en dix mois, la percée du Parti des Finlandais a largement influencé la politique de la petite nation nordique (5,3 millions d’habitants). Jusque-là très discrète, elle a exigé haut et fort des garanties, en échange de son accord pour participer au financement du plan d’aide à la Grèce. Aux yeux de nombreux Finlandais, celle-ci est responsable de ses malheurs. «Les bons élèves, comme l’Allemagne et la Finlande, ne sont pas destinés à être les banquiers de demain», a ainsi déclaré la présidente sortante, la sociale-démocrate Tarja Halonen. Comme l’Allemagne, son pays a conservé son triple A.

La crise a frappé deux fois
Il faut dire que la Finlande a payé cher le rétablissement de son économie, qui s’était effondrée dans les années 90. Point de départ de ces difficultés : l’effondrement de l’URSS, son encombrante voisine. En 1991, le PIB a chuté de 6,5 %, tandis que le chômage montait à 18 % en 1993. Le gouvernement a alors mis en place une cure d’austérité drastique et libéralisé l’économie. Avec une politique de modération salariale et d’innovation symbolisée par Nokia, le pays s’est rétabli peu à peu.

Nouveau coup dur avec la crise financière de 2008. En décembre dernier, le taux de chômage est passé de 6,2 % à 7,4 %. Victime de la concurrence asiatique, la filière bois-papier, un des piliers de l’économie, se met à licencier.

Aujourd’hui, les Finlandais voient les inégalités s’accroître, comme l’augmentation de la pauvreté chez les enfants. Dans le même temps, le Parti des Finlandais joue sur un sentiment anti-immigrés naissant dans un pays qui ne compte que 155.000 étrangers.

Dans ce contexte, la campagne électorale, si elle a abouti à la victoire des pro-européens, n’en a pas moins confirmé l’ancrage de l’euroscepticisme. Et le candidat social-démocrate, Paavo Lippone, ancien premier ministre humilié au 1er tour avec un score de 6,7 %, était bien seul quand il prônait davantage d’intégration européenne pour combattre la crise. Les populistes n’ont sans doute pas dit leur dernier mot…


Le système d'éducation finlandais, souvent présenté comme un modèle; C dans l'air, France 5 - TV5 Monde, 4-2-2010