"En cinq minutes, tout le navire s'est embrasé" : le calvaire des passagers du ferry "Norman Atlantic"

L'opération d'évacuation du bateau en détresse dans l'Adriatique s'est achevée lundi midi. Les rescapés, choqués, témoignent.

Un soldat de la marine italienne participe à une opération d\'hélitreuillage pour évacuer les passagers du ferry \"Norman Atlantic\" en proie à un incendie dans la mer Adriatique, au large de l\'Albanie, le 28 décembre 2014.
Un soldat de la marine italienne participe à une opération d'hélitreuillage pour évacuer les passagers du ferry "Norman Atlantic" en proie à un incendie dans la mer Adriatique, au large de l'Albanie, le 28 décembre 2014. (REUTERS)

Coincés entre les flammes et une mer déchaînée. Plusieurs passagers du ferry Norman Atlantic, qui a pris feu, dimanche 28 décembre, au large de l'Albanie alors qu'il traversait la mer Adriatique, témoignent, au lendemain du drame, d'une expérience traumatisante. Lundi, l'incendie a été circonscrit et les dernières victimes évacuées en début d'après-midi. Huit personnes ont perdu la vie dans la catastrophe.

Francetv info revient sur le calvaire qu'ont vécu les passagers du navire italien, raconté par plusieurs rescapés.

Réveillés par l'odeur de brûlé et la fumée

L'incendie, qui s'est déclaré dans un pont réservé aux voitures, a surpris les passagers du ferry Norman Atlantic dans leur sommeil. "'Au feu ! Au feu !', c'est tout ce qu'on nous a dit, détaille Démir, un rescapé, à France 2. En cinq minutes, tout le navire s'est embrasé." 

Fotis Tsantakidis, un chauffeur de camion, explique qu'il a été réveillé par une odeur de brûlé. "Je suis sorti en courant. Je cherchais un gilet de sauvetage, mais je n'en ai pas trouvé", raconte-t-il à l'AFP.

Jean-Philippe Demarc a, lui, eu "très, très peur""On a entendu des grands coups, donc ça m'a réveillé, témoigne ce Français, contacté par téléphone par Europe 1 alors qu'il était encore sur le bateau. Ensuite, on a commencé à voir de la fumée partout. Tout le monde se suivait à la queue leu leu, et on s'est tous retrouvés sur les ponts extérieurs."

Rattrapés par la chaleur de l'incendie

La chaleur de l'incendie s'est vite répandue dans le reste du ferry. "Nos chaussures commençaient à fondre dans la cabine de réception", témoigne un des passagers sur la chaîne de télévision grecque Mega, rapporte Le Parisien. "Nous nous sommes rendus sur le pont pour [gagner] les canots de sauvetage, mais à un moment, nous avons senti le sol prendre feu et avons dû monter plus haut, sur l'héliport", ajoute Rania Fireou par téléphone, selon Reuters.

Plusieurs passagers ou membres d'équipage, souffrant de la chaleur et de la fumée, ont été pris de panique. "Il y a eu des moments où j'étais absolument terrifié. Quand les flammes lèchent le pourtour du bateau et qu'il n'y a aucun signe d'aide, (...) vous vous sentez impuissant", confie un Britannique à l'AFP. L'épouse d'un des cuisiniers du bateau a, quant à elle, reçu un coup de fil de son mari, qui criait : "Je ne peux plus respirer, nous allons tous brûler comme des rats, que Dieu nous aide !"

Bloqués sur le pont, au milieu de la tempête

Les conditions climatiques en mer Adriatique ont rendu l'évacuation des passagers très difficile. De nombreuses personnes ont été bloquées sur le pont extérieur par l'incendie, exposées à la pluie et à des vents forts, rapporte Le Parisien. "Nous sommes tous sur le pont, nous sommes mouillés, nous avons froid, nous toussons à cause de la fumée", indique Giorgos Styliaras, épuisé, à la télévision grecque.

"Nous sommes frigorifiés, nous sommes très très fatigués, confirme Jean-Philippe Demarc sur Europe 1, alors qu'il est encore, à ce moment-là, sur le navire italien. Nous nous sommes procurés une couverture et nous essayons tous de nous mettre côte à côte pour nous réchauffer." Certains rescapés ont été conduits en état d'hypothermie à Bari, dans le sud-est de l'Italie, lundi.

Evacués au compte-gouttes

Plusieurs femmes et enfants ont pu être hélitreuillés par les secours dès dimanche. "Les premiers sauvetages sont [intervenus] assez tôt, mais il n'y avait pas d'accès à cause des vagues, entre 6 et 10 mètres de hauteur, et de l'incendie", indique Olivier Coissard à France 2.

Il a été difficile pour les passagers de monter à bord des canots de sauvetage, à cause de la forte houle. Le chauffeur de camion Fotis Tsantakidis a toutefois pu embarquer sur l'un d'entre eux avant de monter à bord d'un porte-conteneurs singapourien venu à la rescousse du ferry. "Un Italien est tombé à l'eau à ce moment-là, mais il portait heureusement un gilet de sauvetage", a-t-il indiqué.

Une des victimes, un passager grec tombé du ferry dans des circonstances peu claires, n'était, lui, pas équipé. Il est resté plus de quatre heures dans l'eau, a expliqué sa femme à l'agence italienne Ansa, après avoir été transportée dans un hôpital du sud-est de l'Italie. "J'ai vu mourir mon mari. J'ai essayé de le sauver, mais je n'y suis pas arrivée." Sept autres personnes ont perdu la vie, malgré l'opération de sauvetage. La justice italienne a annoncé l'ouverture d'une enquête criminelle, pour tenter d'éclaircir les circonstances du drame.