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En Allemagne, grand écart entre les bas salaires et les patrons de l'auto

Le dirigeant de Volkswagen a touché une rémunération record de 17 millions d'euros pour 2011 alors qu'une étude révèle que 23,1% des salariés reçoivent un bas salaire.

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Un panneau réclamant 8,50 euros de l'heure de salaire minimum, devant la Chancellerie, à Berlin (Allemagne), le 23 février 2011.  (JOHN MACDOUGALL / AFP)

Parfois plus de 8 000 euros par personne. Les salariés allemands de l'automobile vont toucher des primes historiques. Exceptionnel, le salaire du patron de Volkswagen l’est aussi : 17 millions d’euros pour 2011. Martin Winterkorn double ainsi sa rémunération en un an. 

Ces annonces interviennent au moment où une étude révèle que 23,1% des salariés allemands touchent un bas salaire. Autant de chiffres qui attestent qu'outre-Rhin, les rémunérations des grands patrons s’envolent et les bonus pleuvent sur leurs salariés mais que les écarts se creusent. 

• Précaires et bas salaires, des travailleurs très mal lotis 

9,15 euros bruts de l'heure. C'est la somme perçue par près de 7,84 millions de travailleurs allemands en 2010, selon une étude publiée mercredi 14 mars par l'institut de recherche sur le travail de l'université de Duisbourg-Essen et citée par Le Monde. Un salaire qualifié de "bas", c'est-à-dire inférieur aux deux tiers du salaire médian. 

Les auteurs de l'étude soulignent toutefois que cette part tend à diminuer : les bas salaires affectaient 23,1% des salariés allemands en 2010 contre 24,2% lors du pic de 2007.

Moins de 5 euros bruts de l'heure. Au moins 1,4 million de personnes ont même touché des salaires de moins de 5 euros bruts de l'heure en 2010, en Allemagne. Il s'agit essentiellement de femmes, d'Allemands résidant dans l'est du pays et de personnes effectuant des "mini-jobs", ces petits boulots subventionnés par l'Etat, censés compléter les aides sociales et permettre le retour à l'emploi des chômeurs de longue durée.

L'étude relève par ailleurs que l'ex-RDA continue à pâtir d'une situation économique et sociale généralement plus difficile qu'à l'Ouest depuis plusieurs années. Mais contrairement aux clichés, c'est surtout sur ce territoire que des phénomènes de paupérisation et de précarisation sont observés.

Pas de salaire minimum unique. L'Allemagne est souvent montrée du doigt en Europe pour cette absence de "smic" au niveau fédéral, note La Tribune. Les rémunérations dans le pays sont généralement fixés par secteurs d'activité à l'issue de négociations entre patronat et syndicat, du moins dans les domaines où les organisations syndicales sont puissantes. Dans les autres, en particulier dans les services, la rémunération dépend du bon vouloir de l'employeur.

L'étude publiée mercredi assure que la création d'un tel salaire minimum unique de 8,50 euros bruts de l'heure, revendiqué par les syndicats, conduirait à une augmentation des revenus pour 25% environ des personnes touchant aujourd'hui des bas salaires.

• Jackpot pour le secteur de l'automobile et ses acteurs   

17 millions d'euros pour le patron de Volkswagen. C'est dans ce contexte que le constructeur allemand Volkswagen a annoncé lundi qu'il allait verser 17 millions d'euros de salaire à son patron, Martin Winterkorn, pour 2011. Un record historique pour le Dax, l'indice boursier des trente plus grosses entreprises allemandes cotées, où les salaires des patrons ont augmenté de 9% en 2011, comme le signale Le Figaro

Hors Dax, certaines entreprises versent parfois des salaires encore supérieurs à leurs dirigeants. En 2007, l'ancien patron de Porsche, Wendelin Wiedeking, avait touché 60 millions d'euros. 

Pour Volkswagen, le salaire mirobolant de son dirigeant s'explique par des bénéfices inédits de 15,4 milliards d'euros en 2011. Grâce à ses profits, presque multipliés par trois en un an, le constructeur allemand est devenu numéro deux mondial de l'automobile.

Primes exceptionnelles pour les salariés. Dans l'industrie automobile allemande, des accords d'entreprises ont été négociés pour que les bénéfices profitent aux employés. Ainsi, ceux de Volkswagen profitent aussi, dans une moindre mesure, aux salariés : le groupe va verser à ses 90 000 employés en Allemagne une prime exceptionnelle de 7 500 euros. 

Et les autres constructeurs ne sont pas en reste, après des années de vache maigre et de restrictions salariales en raison de la crise : 4 100 euros chez Daimler, 7 600 euros chez Porsche, 7 650 euros pour les ouvriers spécialisés de BMW. Audi fait mieux : ses 45 000 employés vont toucher en moyenne 8 251 euros chacun, du jamais vu.

Des bonus qui tombent à pic. A l'orée d'importantes négociations salariales, ces primes sont les bienvenues pour les constructeurs. "Ne pas verser tous ses bénéfices aux actionnaires, c'est une façon d'envoyer un signe pour la paix sociale", juge Ferdinand Dudenhöffer, professeur à l'Université de Duisburg-Essen.

A l'approche de ces discussions, le syndicat allemand IG Metall réclame 6,5% d'augmentation de salaire pour les 3,4 millions de salariés du secteur de la métallurgie cette année, comme le rappelle Le Figaro. Très revendicatifs ces deux dernières années, les syndicats allemands ont déjà négocié des hausses de salaires notables dans plusieurs branches de l'économie. L'an dernier, comme le souligne Challenges, le coût du travail horaire a connu une augmentation de 3,2 %, sa plus forte augmentation depuis 15 ans.

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