Allemagne : sept anecdotes qui prouvent qu'Angela Merkel n'est pas que "la chancelière de fer"

La chancelière allemande, en lice pour décrocher un quatrième mandat en cas de succès de son parti, la CDU, le 24 septembre, véhicule une image de dirigeante sérieuse et austère. Mais la réalité est plus nuancée.

La chancelière allemande, Angela Merkel, avant un Conseil des ministres, à Berlin, le 29 septembre 2015.
La chancelière allemande, Angela Merkel, avant un Conseil des ministres, à Berlin, le 29 septembre 2015. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

Record de longévité en vue ? Au pouvoir depuis novembre 2005, la chancelière Angela Merkel, 63 ans, semble bien partie pour exercer un quatrième mandat, à l'issue des législatives du 24 septembre  en Allemagne. Son parti, la CDU (Union chrétienne démocrate), est donné largement gagnant dans les sondages, avec une avance de dix à quinze points sur le SPD (parti social-démocrate) de Martin Schultz. Mais que sait-on de la personnalité de la chancelière, qui se livre le moins possible sur sa vie privée ? Réponse en sept anecdotes.

1Elle fait ses courses elle-même (et a une recette secrète de soupe de pomme de terre)

Quel autre grand dirigeant affiche des goûts aussi austères ? Ayant toujours "refusé d'habiter la chancellerie", Angela Merkel vit "dans un appartement tout simple et à peine surveillé (...) au bord de la Spree", rapporte sa biographe Marion Van Renterghem (Angela Merkel, l'ovni politique, éd. Les Arènes-Le Monde). Et on peut l'apercevoir le vendredi soir faire ses courses au supermarché du coin.

"C'est ce train de vie très modeste, très nature, qui lui a valu le surnom de 'Mutti', la bonne mère de famille, même si elle n'a pas d'enfants", analyse Blandine Milcent, la correspondante de la radio Télévision suisse à Berlin, contactée par franceinfo.

Une image de parfaite ménagère qu'elle sait, le moment venu, exploiter à destination d'un public féminin très ciblé, rappelle sur son blog le correspondant de France 2 à Berlin, Amaury Guibert. A la fin août, en pleine campagne électorale, la chancelière livrait ainsi au populaire magazine Bunte sa recette secrète de soupe de pommes de terre, pour ne rien perdre des précieuses tubercules.

J'écrase moi-même les pommes de terre avec un pilon et non pas un presse-purée. Cela permet de conserver de petits morceaux.Angela Merkelau magazine allemand féminin "Bunte"

Angela Merkel remue un ragoût dans la cuisine d\'un service de protection civile, à Bonn (Allemagne), le 19 août 2014.
Angela Merkel remue un ragoût dans la cuisine d'un service de protection civile, à Bonn (Allemagne), le 19 août 2014. (OLIVER BERG / DPA)

2Elle porte souvent les mêmes vêtements

"Que fait Martine Aubry de ses vieux vêtements ? Elle les porte." En France, cette plaisanterie douteuse lancée un jour par Anne Roumanoff vise à ridiculiser la maire de Lille. En Allemagne, c'est plutôt un compliment pour Angela Merkel qui porte souvent les mêmes vêtements. "C'est presque devenu une blague, s'amuse Michaela Wiegel, correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung jointe par franceinfo. Sur ses photos de vacances dans le Tyrol italien, elle porte chaque année la même tenue, le même chemisier, le même pantalon et les mêmes chaussures de randonnée. Ça rassure les Allemands. Ça leur dit qu'elle n'est pas dépensière, et qu'elle est soucieuse de son budget". 

Tant mieux, car la chancelière se moque fondamentalement de son apparence. "Pas de temps à perdre avec ça, elle va au plus simple : un pantalon, un collier ras du cou, des mocassins plats, écrit Marion Van Renterghem. Pour le haut, elle a trouvé un jour son bonheur dans un magasin de Hambourg avec une veste à boutons sans col. Elle en a acheté quelques dizaines du même modèle de toutes les couleurs imaginables, du beige fade au vert pétant..."

Et même au très chic festival de Bayreuth (Bavière), elle arbore encore, sur sa robe de soirée, sa sempiternelle veste courte à boutons, juste un peu plus scintillante que d'habitude. 

3Ce n'est pas la dernière à raconter des blagues

Vue de France, Angela Merkel est souvent réduite à une image d'austérité et de sérieux. Mais la réalité est plus contrastée : "La chancelière est plutôt marrante. Elle a beaucoup d'humour, le sens de la répartie, et fait toujours rigoler son auditoire", raconte Blandine Milcent. Et de citer cet exemple, qu'elle avait relaté dans L'Express : "Des militants du SPD avaient un jour tenté de perturber l'un de ses meetings en lâchant dans le ciel des ballons rouges. Réaction de la chancelière ?  Elle s'interrompt et lance avec malice : 'Moi qui ai les pieds sur terre, j'aime voir voler dans le ciel les baudruches des sociaux-démocrates !'" Et d'ajouter, lorsque le premier ballon éclate : "Pof ! Et voilà ce qui arrive à leurs idées !"

"C'est vrai, elle est rigolote, confirme à franceinfo Marion Van Renterghem. Elle rit de bon cœur devant l'émission satirique 'Heute Show', qui se moque de ses discours soporifiques." Mais elle aussi sait manier la satire.

Elle adore (...) raconter des blagues et surtout dire des méchancetés sur ses copains du Conseil européen et du G8, tous ces mâles importants qu'elle imite à son tour sans pitié.Marion Van Renterghemdans "Angela Merkel, l'ovni politique"

Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, aux côtés d\'Angela Merkel, le 16 octobre 2014, à Milan (Italie).
Le Premier ministre italien, Matteo Renzi, aux côtés d'Angela Merkel, le 16 octobre 2014, à Milan (Italie). (DANIEL DAL ZENNARO / POOL)

4Elle est accro aux SMS

"Son assiduité à la chose devient comique", décrit Marion Van Renterghem. Angela Merkel, en grande technophile (elle est titulaire d'un doctorat en physique-chimie, rappelle Arte), a été très tôt accro aux messages téléphoniques, au risque d'en submerger ses interlocuteurs. "Un blague circule sur cette manie : les SMS sont rebaptisés 'Short Merkel Services'", assure sa biographe. Elle est aussi particulièrement attentive au fil de dépêches par SMS –70 par jour en moyenne– que le service de presse du Bundestag envoie aux membres du gouvernement. 

Une addiction qui traduit surtout une façon de procéder. "Son truc, affirme Marion Van Renterghem, ce n'est pas de s'imposer. Elle n'a n'a ni charisme, ni voix qui porte. Rien n'est spectaculaire dans sa manière de fonctionner. Elle procède autrement, en tête-à-tête, par apartés, ou par SMS." 

Résultat ? Solutions, décisions, tout est ficelé à l'avance, très en amont des réunions et des comités. La contacter par texto était d'ailleurs le meilleur moyen de la joindre, expliquait Slate en 2013, étant donné que sa messagerie vocale est désactivée depuis des années –par crainte de rater un message ou d'oublier d'y répondre– et que, pour des raisons de sécurité, elle n'envoie pas de courriels. 

Angela Merkel consulte son téléphone au Bundestag, l\'Assemblée allemande, à Berlin, le 15 octobre 2015.
Angela Merkel consulte son téléphone au Bundestag, l'Assemblée allemande, à Berlin, le 15 octobre 2015. (HANNIBAL HANSCHKE)

5Elle a une phobie des chiens

Gravement mordue au genou par un chien de chasse lors d'une randonnée dans sa jeunesse, comme le rappelle le New York Times, Angela Merkel est victime depuis de cynophobie, soit la peur des chiens. En 2006, le président russe Vladimir Poutine exploite cette aversion pour instaurer un rapport de forces. Il invite deux fois la chancelière cette année-là. La première fois, à Moscou, il tient compte des consignes de la chancellerie, et ne laisse pas son animal domestique favori approcher de l'invitée.

La seconde fois, dans sa résidence de Sotchi, il oublie, ou feint d'oublier, la consigne. Et son labrador noir, Koni, vient saluer "affectueusement Angela, laquelle, le visage crispé, s'incline discrètement en arrière pour l'éviter, tandis que Poutine savoure le spectacle", résume Marion Van Renterghem. Dans l'attitude du chef de l'Etat, la dirigeante allemande reconnaîtra les méthodes d'intimidation  "typiques" du KGB : "Se renseigner sur les faiblesses de quelqu'un et les utiliser."

La chancelère allemande, Angela Merkel, rencontre le président russe, Vladimir Poutine (et son chien Conni), dans la résidence d\'été du dirigeant, à Sotchi (Russie), le 21 janvier 2007.
La chancelère allemande, Angela Merkel, rencontre le président russe, Vladimir Poutine (et son chien Conni), dans la résidence d'été du dirigeant, à Sotchi (Russie), le 21 janvier 2007. (FABRIZIO BENSCH / REUTERS)

6Elle a pratiqué le naturisme dans sa jeunesse

Sur le cliché en noir et blanc, publié par Téléstar, elle est jeune, mince et nue, la taille bien dessinée. Sur un ponton au bord de la mer, en compagnie de deux amies, Angela Merkel, qui s'appelait encore Kasner (son nom de jeune fille), fixe en souriant l'objectif. La photo est ressortie en 2015, publiée par le magazine Vanity Fair.

L'image "était –très étrangement– sortie en 2013 en pleine campagne électorale allemande alors qu'Angela Merkel briguait un troisième mandat", note Téléstar. Mais la photo n'a pas empêché la chancelière d'être réélue sans problème. Car que montre-t-elle ? Elle a été prise en ex-Allemagne de l'Est, où Angela Merkel a grandi. La future dirigeante faisait partie d'un mouvement de jeunesse populaire. Et elle pratiquait, comme beaucoup d'Est-allemands, le naturisme. En 1990, rappelle ainsi Le Monde, 68% des jeunes d’Allemagne de l’Est interrogés dans le cadre d’une étude de l’université de Merseburg s’étaient déjà baignés nus dans des lieux publics.

7Elle a été confrontée "aux quolibets machistes"

En Allemagne de l'Est, où elle a grandi, la scientifique Angela Merkel n'a pas souffert de la misogynie dans sa carrière professionnelle. Ce n'est que plus tard, dans les milieux politiques ouest-allemands, qu'elle a été confrontée "aux quolibets machistes", selon Marion Van Reterghem. Comment y a-t-elle fait face ? "Contrairement à Hillary Clinton, elle ne thématise jamais le fait qu'elle est une femme. Elle n'en fait pas un combat, expose Blandine Milcent. Elle s'y prend autrement, en encaissant très bien les humiliations."

Symptomatique de cette attitude, le débat du 18 décembre 2005 entre Gerhard Schröder et Angela Merkel. Furieux que la CDU menée par sa rivale ait devancé d'un point son parti, le SPD,  le chancelier sortant se montre méprisant, grossier et machiste.

Lorsque Gerhard Schröder lui lance 'Est-ce que vous pouvez imaginer que je serai votre vice-chancelier ?', elle répond à peine.Blandine Milcent, correspondante de la RTS à Berlinà franceinfo

On connaît la suite : Angela Merkel prend le poste, et se passe de Gerhard Schröder. "Et des années après, on se rend compte que lui a disparu du paysage politique et qu'elle, elle est toujours là", poursuit la journaliste.