Chute de l'extrême droite, percée des Verts... Quatre enseignements à tirer des élections législatives en Autriche

Le chancelier sortant Sebastian Kurz voit son parti conservateur ÖVP renforcé par les législatives. Mais il ne dispose pas seul de la majorité.

Le chef du Parti du peuple autrichien (ÖVP, conservateur) salue ses partisans pendant un meeting de son parti à Vienne, la capitale de l\'Autriche, le 29 septembre 2019. 
Le chef du Parti du peuple autrichien (ÖVP, conservateur) salue ses partisans pendant un meeting de son parti à Vienne, la capitale de l'Autriche, le 29 septembre 2019.  (JOE KLAMAR / AFP)

Il a toujours le vent en poupe. A 33 ans, Sebastian Kurz, le chancelier sortant et chef de file des conservateurs autrichiens, voit son parti progresser dans les urnes. Crédité d'au moins 71 sièges et en nette progression, le Parti populaire autrichien (ÖVP) n'obtient toutefois pas à lui seul la majorité (92 sièges sur 183) du Nationalrat, la chambre basse du Parlement autrichien. Sebastian Kurz devra donc résoudre l'épineuse question des alliances, quatre mois après la chute de sa coalition avec le parti d'extrême droite FPÖ. Voici les premiers enseignements que l'on peut tirer des élections législatives du dimanche 29 septembre en Autriche.

1Sebastian Kurz est conforté par les urnes

Première leçon, le chancelier sortant se voit conforté par les urnes. Ce jeune homme pressé, qui manie à merveille les réseaux sociaux, a remercié dès dimanche soir ses électeurs sur Twitter.

Comme l'annonçaient les sondages, le surdoué de la politique est sorti avec une popularité inaltérée de la tempête qui a emporté, en mai, son premier gouvernement, formé avec le parti d'extrême droite FPÖ, à l'issue des législatives du 15 octobre 2017."Il remporte son deuxième scrutin législatif en moins de deux ans, en mettant en avant sa jeunesse, son image de gendre idéal et un programme ultraconservateur", analyse Le Monde.

Sebastian Kurz est même parvenu à améliorer nettement son score. Dès dimanche soir, les premières projections de la télévision publique autrichienne montraient que le parti populaire arrivait largement en tête avec au moins 71 députés (soit au minimum 11 de plus qu'en 2017) et une progression d'au moins 6 points, à plus de 37% des suffrages.

Mais ce succès incontestable cache les embûches à venir. L'Autriche connaîtra dans le courant de la semaine les résultats définitifs du scrutin, qui doivent encore intégrer l'important vote par correspondance. Sebastian Kurz, selon toute probabilité, sera ensuite chargé par le chef de l'Etat de trouver un partenaire pour gouverner. Et les difficultés vont commencer.

2L'extrême droite est la "grande perdante"

Important échec pour le "Parti de la Liberté" (FPÖ), qui a fait campagne avec virulence contre l'islam et contre l'immigration. Avec quelque 16% des voix, le parti d'extrême droite enregistre une baisse d'environ dix points par rapport à 2017. Alors qu'il y a deux ans, la coalition autrichienne droite-extrême droite s'affichait en modèle à suivre pour les conservateurs européens, le FPÖ est aujourd'hui "le grand perdant" du scrutin, selon le politologue Peter Filzmaier, cité par l'AFP. Le vote-sanction est particulièrement net, après le scandale nommé "Ibizagate", qui a mis fin à la coalition droite-extrême droite au pouvoir, en mai 2019.

L'affaire a éclaté quand deux journaux allemands, le Süddeutsche Zeitung (SZ) et Der Spiegel, ont révélé une vidéo tournée en caméra cachée à Ibiza. On y voyait l'ex-chef des nationalistes et numéro deux du gouvernement, Heinz-Christian Strache, proposer des marchés publics à une fausse oligarque russe en échange de fonds occultes. Heinz-Christian Strache y racontait aussi son désir de mettre au pas les médias de son pays. Après cet "Ibizagate", le premier gouvernement Kurz a implosé, après 18 mois de mandat.

Dans les derniers jours de la campagne pour les législatives, le FPÖ a en outre été soupçonné de détournements de fonds au sein du parti. Crédité de 30 sièges environ, il en a perdu au moins 20 par rapport à 2017 et enregistre son plus faible score depuis 2002. Le parti est "à reconstruire", a ainsi estimé son nouveau chef Norbert Hofer. Il n'est "pas en position" de gouverner, a-t-il ajouté. "Dérouté, son électorat a préféré soutenir Sebastian Kurz, qui a fait campagne en promettant une lutte impitoyable contre 'l’immigration illégale' et 'l’islam politique', le cœur du programme de l’extrême droite autrichienne", estime Le Monde.

3Les Verts font une percée

Portés par la mobilisation internationale sur le climat, les Verts figurent parmi les grands gagnants de ces législatives autrichiennes. Alors qu'ils n'avaient pas franchi la barre des 4% nécessaires pour entrer au parlement en 2017, le parti écologiste a recueilli cette fois 14% des voix (environ 26 sièges). Pour souligner ce succès, le chef des "Grünen" autrichiens, Werner Kogler, a retweeté dimanche soir un message de l'écologiste allemand Ludwig Hartmann. Celui-ci rappelle qu'il s'agit du "meilleur résultat de l'histoire des Verts en Autriche".

Les Verts sont donc théoriquement en situation de former une majorité avec Sebastian Kurz. "Le plus vraisemblable est un gouvernement turquoise [couleur de l'ÖVP] - vert", affirme un éditorial du quotidien de centre-gauche Kurier. Mais le parti écologiste ne compte pas faire de cadeau au chef des conservateurs, qui a imposé une ligne dure sur l'immigration et refuse la création d'une taxe carbone, défendue par les Verts.

Seuls 32% des électeurs des Verts sont d'ailleurs favorables à une coalition avec l'ÖVP, qui serait inédite en Autriche. Les partisans de ce mariage sont encore moins nombreux dans le camp conservateur (20%). Le chef des "Grünen", Werner Kogler, a averti qu'il n'envisageait un pacte avec Sebastian Kurz que si ce dernier opérait "un changement politique radical". Il réclame plus d'engagements sur les questions d'environnement, mais aussi sur "la lutte contre la corruption" et contre "la pauvreté". Pendant la campagne électorale, les questions climatiques ont éclipsé la thématique de l'immigration, chère au chancelier sortant, et qui avait assuré sa victoire en 2017.

4Le SPÖ réalise un score médiocre

Certes, les sociaux-démocrates du SPÖ sont arrivés en seconde position du scrutin, avec environ 22% des suffrages (soit une quarantaine de députés). Mais avec un retard de quinze points sur la droite, ils réalisent leur pire performance de l'après-guerre, perdant au moins 5 points par rapport aux élections de 2017.

Autant dire que pour redorer leur image auprès de l'électorat de gauche, ils ne se montrent pas particulièrement enthousiastes à l'idée de partager le pouvoir avec un Sebastian Kurz très droitier, qu'ils accusent de dérive populiste. En outre, une grande coalition centriste sur le modèle de celle qui a gouverné l'Autriche durant 44 ans n'est guère populaire auprès des électeurs, qui ne veulent plus en entendre parler. La chef du SPÖ, Pamela Rendi-Wagner, s'est cependant dit prête à discuter avec les conservateurs.

Reste l'option d'un gouvernement minoritaire. Au vu des résultats, cette variante "est devenue très, très tentante", estime le politologue Johannes Huber. "Bien sûr, à un moment donné, il y aura une motion de défiance contre M. Kurz et finalement de nouvelles élections. Mais ce ne sera pas rapide. Dans un avenir prévisible, le FPÖ est en soins intensifs et les sociaux-démocrates aux abonnés absents."