Attentat au camion : à Berlin "on en a vu d'autres, la vie continue"

De nombreux habitants de la capitale allemande se disent touchés par l'attentat. Mais ils ne souhaitent pas "donner ce qu'ils veulent aux terroristes" en cédant à la panique.

Des passants déposent des fleurs et des bougies près du lieu de l\'attaque au camion-bélier à Berlin (Allemagne), le 21 décembre 2016.
Des passants déposent des fleurs et des bougies près du lieu de l'attaque au camion-bélier à Berlin (Allemagne), le 21 décembre 2016. (CLEMENS BILAN / AFP)

Des dizaines de Berlinois marchent d'un pas pressé sur Kurfürstendamm, mardi 20 décembre. Ils finissent leurs emplettes de Noël sur cette avenue commerçante de l'ouest de la capitale allemande, les bras chargés de paquets. Mais à l'approche de l'église du Souvenir, ils s'arrêtent en silence. Moins de 24 heures plus tôt, un camion-bélier a foncé sur la foule du marché de Noël de Breitscheidplatz, avant de finir sa course folle au pied du monument. Douze personnes ont été tuées et 48 autres blessées.

Berlin est frappée en plein cœur, mais refuse de céder à la panique. La sécurité a été renforcée dans certains lieux sensibles, comme autour de l'église du Souvenir, où des dizaines de policiers armés de fusils d'assaut montent la garde. Mais les forces de l'ordre n'ont pas été postées à l'entrée de tous les lieux publics. Les militaires n'ont pas été déployés dans les rues, comme c'est le cas à Paris, dans le cadre du plan Vigipirate. Les marchés de Noël de la capitale allemande ont bien été fermés, mais seulement pour la journée d'hier, en hommage aux victimes.

"Je ne vais pas arrêter de vivre à cause des attentats"

Eren, un vendeur de currywurst de Kurfürstendamm, est déjà de retour dans son échoppe. Le jeune homme était là au moment de l'attentat. Situé de l'autre côté de la place Breitscheid, il n'a rien vu. "J'ai entendu un grand bruit, se remémore-t-il. Puis des gens se sont mis à courir en hurlant. Ils m'ont dit que des personnes avaient été écrasées par un camion." Eren a aussitôt fermé la boutique et appelé sa mère pour la rassurer, avant de se rendre sur le lieu du drame. Vingt-quatre heures plus tard, il prépare à nouveau le plat typique de saucisses au curry. 

C'est triste et révoltant que des gens aient été tués ici. Ça me met en colère, mais je n'ai pas peur.Eren, vendeur sur la Breitscheidplatzà franceinfo

Même les touristes semblent avoir déjà dépassé leurs craintes. Thomas et Hayley étaient sur le marché de Noël de la Breitscheidplatz une heure avant l'attaque. "Je ressens du remords, par rapport aux victimes et à leurs proches, souffle Thomas. J'ai eu la chance de partir avant que le camion n'arrive, alors qu'eux sont morts parce qu'ils voulaient célébrer Noël." Le touriste britannique se refuse pourtant à rester cloîtré dans sa chambre d'hôtel. "Je ne vais pas arrêter de voyager, arrêter de vivre à cause des attentats : c'est exactement ce que les terroristes veulent."

"La vie continue"

Partout autour de la Breidscheidplatz, des petits tas de bougies et des fleurs apparaissent. Des passants, Berlinois ou touristes, laissent des messages en mémoire aux victimes, jusqu'au pied des vitrines des magasins. "Après Paris, Bruxelles ou Nice, nous savions qu'un attentat pouvait se produire en Allemagne, affirme Astrid, venue se recueillir près de l'église du Souvenir. La menace terroriste fait désormais partie de notre quotidien."

Astrid dépose une bougie en mémoire des victimes de l\'attentat de Berlin, près de l\'église du Souvenir, le 20 décembre 2016.
Astrid dépose une bougie en mémoire des victimes de l'attentat de Berlin, près de l'église du Souvenir, le 20 décembre 2016. (MARIE-VIOLETTE BERNARD / FRANCEINFO)

La journaliste ne redoute pourtant pas une nouvelle attaque. "Je crains plutôt que cet attentat renforce la peur des réfugiés et la montée de l'extrême droite, s'alarme Astrid. Certains accusent déjà Angela Merkel de négligence, mais qu'aurait-elle pu faire ? On ne peut pas totalement se protéger de personnes qui sont prêtes à donner leur propre vie pour faire un maximum de morts."

"On ne peut rien faire contre ces attaques, c'est notre époque qui veut ça", abonde Ulrike, une vendeuse de saucisse et de fromage sur le marché de Noël d'Alexanderplatz. Elle a rouvert son échoppe mercredi 21 décembre, comme les autres commerçants des weihnachtsmärkte [marchés de Noël] de Berlin. Quelques touristes déambulent entre les boutiques ou se réchauffent en buvant un chocolat. Aucun policier ne patrouille. Aucun contrôle de sécurité n'est effectué à l'entrée des lieux. Pas de quoi inquiéter Ulrike.

Les Berlinois n'ont pas peur. La guerre, la RDA, le mur... On a en vu d'autres. La vie continue.Ulrike, vendeuse du marché d'Alexanderplatzà franceinfo

"Les Berlinois sont des gens têtus"

Dans les allées du marché de Noël de Potsdamer Platz, Bettina regarde sa petite-fille faire des tours de manège. Lorsqu'ils ont appris qu'une attaque avait eu lieu, l'Allemande et son mari ont hésité quelques instants à venir avec l'enfant de 6 ans. "Nous avions prévu cette journée avec Emilie depuis longtemps, explique-t-elle. Nous nous sommes dit 'et zut, on y va quand même'."

Bettina relativise presque l'ampleur de l'attentat revendiqué par le groupe Etat islamique"Ce qui s'est produit lundi est terribleMais l'attaque a fait moins de morts que celle de Paris ou de Nice." La sexagénaire suppose que "c'est en partie pour cela que les Berlinois restent imperturbables". "Malheureusement, nous vivons désormais avec cette échelle de l'horreur, souffle Bettina. Mais, vous savez, les Allemands et les Berlinois sont des gens têtus. Nous ne nous laisserons pas intimider."