Qui est Niels Högel, l'ex-infirmier condamné pour 85 meurtres de patients en Allemagne ?

L'homme se vante d'être le plus grand criminel depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il a été condmané jeudi à la perpétuité par la justice allemande.

L\'ancien infirmier Niels Högel lors de son procès en Allemagne, le 30 octobre 2018.
L'ancien infirmier Niels Högel lors de son procès en Allemagne, le 30 octobre 2018. (JULIAN STRATENSCHULTE / DPA POOL / AFP)

"Je veux sincèrement m'excuser auprès de chacun pour tout le mal que je vous ai fait pendant toutes ces années", a-t-il déclaré, mercredi, à l'adresse des proches des victimes. L'ex-infirmier Niels Högel  a été reconnu coupable, jeudi 6 juin, d'avoir commis 85 meurtres dans des hôpitaux où il a travaillé dans le nord-est du pays entre 2000 et 2005. Le tribunal d'Oldenbourg l'a condamné à la perpétuité, assortie d'une période de sûreté.

Cet homme, aujourd'hui âgé de 42 ans, purge déjà une peine de prison à perpétuité depuis près de dix ans pour six crimes similaires. Franceinfo dresse le portrait de cet homme qui se vante auprès de ses codétenus d'être le plus grand criminel depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Il n'a pas le profil du tueur en série

Né le 30 décembre 1976 à Wilhelmshaven, en Basse-Saxe, Niels Högel était "un enfant apprécié, drôle, sympathique", "qui ne correspond en rien au stéréotype du tueur en série, potentiellement renfermé sur lui-même, timide, voire rejeté par ses camarades", raconte Le Figaro. Il grandit dans une famille catholique qu'il décrit comme "chaleureuse et stable". Le journal Nordwest Zeitung a collecté de nombreux témoignages d'anciens professeurs ou camarades de classe qui le qualifient de "sympathique, serviable, amusant", "en aucun cas un marginal", selon la longue enquête de ce quotidien local. "Un élève plutôt normal", plus intéressé par le foot que par les études.

A 19 ans, faute de résultats suffisants à l'école pour devenir médecin, le jeune homme devient infirmier, comme son père. Etudiant plutôt moyen, il décroche quand même son diplôme trois ans plus tard et reste travailler dans sa ville d'origine quelques années. Il laisse, là aussi, le souvenir de quelqu'un de "gentil". En 1999, il rejoint l'hôpital d'Oldenbourg dans l'unité des soins intensifs, puis début 2003 celui de la commune voisine de Delmenhorst.

Il devient "l'oiseau de mauvais augure"

La façade du "type sympa" se fissure à l'hôpital d'Oldenbourg. L'établissement a bonne réputation, mais il ne se sent pas à la hauteur, commence à boire trop d'alcool, et à développer des tendances dépressives conjuguées à une peur panique de la mort. Les réanimations – et les décès – aux soins intensifs se multiplient quand il est de service. "Durant les trois ans passés par Högel à l'hôpital d'Oldenbourg, le nombre de personnes décédées dans le service de chirurgie cardiaque a augmenté de 58%", rapporte Le Figaro. Il devient "l'oiseau de mauvais augure", avec qui on préfère ne pas travailler.

En réalité, Niels Högel provoque des arrêts cardiaques sur des dizaines de patients avant de tenter de les ramener à la vie, le plus souvent sans succès. Comment ? En injectant de fortes doses de Gilurytmal, qui régule l'arythmie cardiaque ou traite la tachycardie. Pas de préférence dans le choix des victimes, dont l'âge oscille entre 34 et 96 ans.

Il allait jusqu'à appeler deux apprenties infirmières – qu'il cherchait à impressionner – pour assister à une tentative de réanimation, selon des témoignages. Ses motifs : le désir de briller et "l'ennui", selon l'acte d'accusation du parquet. "Un pauvre mec qui s'est donné les pouvoirs de Dieu", enrage lors d'un entretien à l'AFP Christian Marbach, dont le grand-père a été tué par Niels Högel. La situation se tend avec ses collègues tandis que sa femme, une praticienne du même établissement, avec qui il a une fille, le quitte. Il est poussé à partir fin 2002, avec une lettre de recommandation dans laquelle ses supérieurs saluent sa faculté à "coopérer" dans des "situations critiques". "On apprendra plus tard qu'il est responsable de la mort d'au moins 35 patients dans cet établissement", note Le Parisien.

Il est pris en flagrant délit en juin 2005

En 2003, il débarque dans l'hôpital voisin de Delmenhorst où il continue son carnage. Il est même surnommé le "Rambo de la réanimation". En juin 2005, il est pris sur le fait par une collègue en train d'administrer une dose mortelle à un patient. Condamné en 2008 à sept ans de prison pour tentative de meurtre, il est incarcéré dans la foulée. 

Un deuxième procès suit en 2014 et 2015 sous la pression de proches de victimes présumées car le parquet de l'époque traîne des pieds. Niels Högel est reconnu coupable de meurtres et tentatives de meurtres sur cinq autres personnes, et condamné à la peine maximale. C'est alors qu'il avoue à son psychiatre au moins 30 meurtres de plus à Delmenhorst. Les enquêteurs étendent ensuite leurs recherches à l'hôpital de Oldenbourg.

"Nous ne pourrons jamais vraiment faire le compte" des victimes, admet Arne Schmidt, le chef de la commission d'investigation, en raison des nombreuses incinérations. Les enquêteurs les évaluent à plus de 200. Dans une longue expertise de 200 pages, le psychiatre Konstantin Karyofilis a confirmé que Niels Högel ne percevait pas les patients comme des "individus".