Trois questions autour de l'espionnage du téléphone d'Angela Merkel

La chancelière allemande proteste contre la mise sur écoute présumée de son téléphone portable par les Etats-Unis. Mais cette affaire pose quelques questions.

La chancelière Angela Merkel, lors d\'une conférence de presse, le 25 octobre 2013 à Bruxelles (Belgique).
La chancelière Angela Merkel, lors d'une conférence de presse, le 25 octobre 2013 à Bruxelles (Belgique). (JOHN THYS / AFP)

Angela Merkel ne décolère pas après les révélations, transmises par l'hebdomadaire Der Spiegel mercredi 23 octobre, sur l'espionnage présumé de son téléphone portable par les services secrets américains. Les écoutes auraient été effectuées depuis l'ambassade des Etats-Unis à Berlin, ajoute vendredi le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. Francetv info répond aux questions qui se posent autour de cette affaire.

Qui s'intéresse à Angela Merkel ?

Le gouvernement allemand dit avoir "obtenu des informations affirmant que le téléphone portable de la chancelière pourrait être surveillé par les services américains". Le Süddeutsche Zeitung désigne clairement les responsables de ces écoutes. Il s'agit, selon le quotidien, d'un centre d'écoute secret situé à l'ambassade américaine à Berlin et placé sous la responsabilité conjointe de l'Agence américaine de sécurité nationale (NSA) et de la CIA.

Selon le porte-parole de la présidence américaine, Barack Obama a assuré à la chancelière, mercredi lors d'une conversation téléphonique, "que les Etats-Unis ne surveillent pas et ne surveilleront pas [s]es communications". Sur sa ligne de défense habituelle, la Maison Blanche a toutefois reconnu "que les Etats-Unis recueillent du renseignement, comme les autres pays le font".

Une déclaration alambiquée qui ne précise pas si les services américains se sont permis de le faire par le passé. Le Guardian (en anglais) renforce les soupçons jeudi, en révélant que la NSA aurait mis 35 dirigeants de la planète sur écoute, selon un document transmis par l'ancien consultant de l'agence Edward Snowden.

Comment les Européens réagissent-ils ?

Excédés par l'espionnage américain à leur encontre, les dirigeants européens ont manifesté leur courroux vendredi, à Bruxelles, sans aller jusqu'à suspendre les négociations commerciales en cours avec les Etats-Unis. La France et l'Allemagne ont lancé une initiative commune, soutenue par les autres membres du Conseil européen, pour essayer de trouver un terrain d'entente avec les Etats-Unis d'ici fin 2013. L'idée est de créer un groupe ouvert aux autres Etats membres pour trouver des règles communes sur le renseignement avec Washington.

"Il y a un coup d'arrêt à porter et des clarifications à exiger", a affirmé François Hollande lors du sommet. Le président français avait déjà demandé des explications à ses alliés américains, après les révélations du Monde sur l'espionnage massif des télécommunications dans l'Hexagone. De son côté, Angela Merkel a laissé transparaître son irritation : "L'espionnage entre amis, cela ne va pas du tout." Pourtant Angela Merkel avait tenté de faire profil bas au début du scandale de l'affaire Snowden, qui tombait en plaine campagne des législatives allemandes, comme le rappelle L'Opinion. Les services allemands avaient alors été accusés d'avori collaboré avec la NSA. 

Pourquoi les Allemands sont-ils si choqués ?

Les soupçons sur l'espionnage de la chancelière allemande par les Etats-Unis ont créé un choc en Allemagne. Le pays a été marqué par deux dictatures, le nazisme puis le communisme en ex-Allemagne de l'Est. Après la seconde guerre mondiale, la Stasi, la police politique de la RDA, avait systématisé l'espionnage des citoyens.

Depuis, les Allemands sont très attentifs à la protection des données personnelles et au respect de la vie privée, comme le montre un reportage de France 24 tourné en juin dernier au moment des premières révélations dans l'affaire Snowden. Une sensibilité qui pourrait expliquer la volonté des industriels allemands, comme le leader des télécommunications en Europe Deutsche Telekom, de mettre en place un "internet européen" réservé aux pays membres de l'espace Schengen, comme l'explique Myeurope.info.