Espionnage américain : par quels moyens la NSA a-t-elle écouté les responsables français ?

Les documents de WikiLeaks établissent que l'Agence de sécurité américaine s'intéressait aux conversations de responsables français, mais en disent peu sur les méthodes utilisées.

Le toit de l\'ambassade américaine, à Paris, soupçonné par \"Libération\" d\'abriter une station d\'espionnage des télécommunications.
Le toit de l'ambassade américaine, à Paris, soupçonné par "Libération" d'abriter une station d'espionnage des télécommunications. (BERTRAND GUAY / AFP)

Des responsables français, dont les trois derniers présidents, espionnés par les services de renseignements américains entre 2006 et 2012 : les révélations publiées par Mediapart et Libération, mardi 23 juin, en collaboration avec WikiLeaks, ont provoqué la colère de la France. Mais que révèlent les documents sur les moyens utilisés par la NSA (l'Agence de sécurité américaine) pour procéder à ces écoutes ?

Cibler des "sélecteurs", dont le portable de Sarkozy

Les documents révélés par WikiLeaks sur l'espionnage de la France sont, pour l'essentiel, des notes rendant compte du contenu des écoutes, contrairement, par exemple, aux documents techniques révélés par Edward Snowden, qui décrivaient les méthodes de la NSA. Mais un document permet d'en savoir plus sur les moyens employés par l'agence. Cet extrait d'une base de données liste des "sélecteurs", c'est-à-dire, explique Libération, des numéros de téléphones attribués à des personnalités et qui peuvent être ciblés par des écoutes.

On y trouve ainsi les numéros de portable de Nicolas Sarkozy, seul président français mentionné, de ses secrétaires d'Etat de l'époque, Jean-Pierre Jouyet et Pierre Lellouche, mais aussi de cibles moins évidentes, comme Claude Guéant, alors qu'il était secrétaire général de l'Elysée, ou un conseiller diplomatique des présidents Chirac et Sarkozy, Jean-David Levitte. Le document n'est qu'un extrait de cette base de données, qui n'est probablement pas exhaustif, et daterait de 2010, selon Libération. On n'y trouve pas de numéros attribués à Jacques Chirac ou à François Hollande, mais la précision des comptes-rendus les concernant suggère que la NSA a eu "un accès de première main à leurs échanges", estime Le Monde.

Le journal avance également que les responsables politiques français sont d'autant plus vulnérables à ces écoutes que beaucoup rechigneraient à utiliser les téléphones cryptés fournis par l'Etat, moins faciles d'utilisation que des smartphones.

Installer une station d'écoutes sur le toit de l'ambassade américaine à Paris ?

L'ambassade américaine à Paris est "surmontée d’une station d’espionnage des télécommunications du Special Collection Service (SCS), une unité commune à la NSA et à la CIA", d'où la NSA aurait mené ces écoutes, affirme Libération. Le SCS avait déjà été mis en cause, fin 2013, dans l'affaire des écoutes d'Angela Merkel, explique Le Monde. Le quotidien allemand Der Spiegel avait alors révélé que la NSA captait les communications depuis un abri situé sur le toit de l'ambassade à Berlin, et disposait de 80 antennes similaires dans le monde. Dont une à Paris.

Un blogueur spécialisé dans le renseignement s'était justement intéressé, en 2013, à des travaux effectués entre 2004 et 2005 pour installer un abri sur le toit de l'ambassade américaine à Paris. Une construction qui semble correspondre à ce qui est décrit dans les documents publiés par Der Spiegel : des abris faits de panneaux qui laissent passer les signaux électromagnétiques, et peints en trompe-l'œil pour ressembler au reste du bâtiment. Le tout place de la Concorde, à quelques centaines de mètres de cibles de choix : l’Elysée, les ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères et de la Défense, l’Assemblée nationale, ainsi que plusieurs autres ambassades.