Interdiction du glyphosate : les agriculteurs européens divisés

Une quarantaine d'ONG européennes lancent mercredi une initiative citoyenne européenne pour demander l'interdiction du glyphosate. Le sujet divise les agriculteurs du continent.

Dans cette exploitation de Monthou-sur-Bièvre (Loir-et-Cher), photographié ici en février 2017, les vaches laitières sont nourries aux céréales et aux herbes sans glyphosate
Dans cette exploitation de Monthou-sur-Bièvre (Loir-et-Cher), photographié ici en février 2017, les vaches laitières sont nourries aux céréales et aux herbes sans glyphosate (RADIO FRANCE / ANNE-LAURE BARRAL)
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Dans son exploitation de Monthou-sur-Bièvre, au sud de Blois (Loir-et-Cher), Anne Martin n'utilise pas de glyphosate, ni pour cultiver ses 70 hectares de prairies ni pour produire les céréales qu'elle donne ensuite à manger à ses 35 vaches laitières. L'agricultrice fait partie des signataires de l'initiative citoyenne européenne (ICE) lancée mercredi 8 février par 38 ONG de quinze pays dans le but de changer les pratiques d'homologation des pesticides.

Enjeux sanitaires versus capacité de production

Classé comme "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le glyphosate est la molécule active du Roundup, le célèbre désherbant de Monsanto. La pétition se fixe pour objectif de recueillir un million de signatures au sein de plusieurs États membres de l'Union européenne avant le 31 janvier 2018. Mais Anne Martin en est consciente : le sujet divise le monde agricole. "Pour tous ceux qui pratiquent le non-labour, il est indispensable de prendre ce glyphosate", regrette-t-elle.

Le glyphosate est un poison, surtout quand il est combiné avec d'autres chosesAnne Martin, agricultrice du Loir-et-Cherà franceinfo

L'agricultrice fait visiter son exploitation à quatre agriculteurs belges et bulgares en quête de nouvelles pratiques. "Avec nos pratiques de rotation et du matériel spécifique, on peut tout à fait se passer de glyphosate", souligne-t-elle. "Et en plus on en vit bien".

À gauche, Jarno, un Belge, vient se renseigner sur les pratiques d\'agriculture biologique dans une exploitation de vaches laitières de Monthou-sur-Bièvre (Loir-et-Cher)
À gauche, Jarno, un Belge, vient se renseigner sur les pratiques d'agriculture biologique dans une exploitation de vaches laitières de Monthou-sur-Bièvre (Loir-et-Cher) (RADIO FRANCE / ANNE-LAURE BARRAL)

Mais difficile de convaincre Simeon, un éleveur venu de Bulgarie. Lui qui s'occupe d'arbres fruitiers, de céréales et de tournesols sur une surface de 300 hectares avoue qu'il lui "serait très difficile de faire sans glyphosate" pour ses cultures de blé : "Si je ne pouvais plus l'utiliser, je serais obligé de mettre davantage d'autres pesticides ou herbicides. Cela me coûterait beaucoup plus cher".

Je ne connais aucun agriculteur près de chez moi qui n'utilise pas de glyphosateSimeon, agriculteur bulgareà franceinfo

Simeon s'avoue toutefois intéressé par l'agriculture biologique et ses produits de qualité. Même discours chez Jarno, un étudiant en agronomie. Ce jeune Belge souhaite reprendre l'exploitation de son père, qui utilise déjà très peu de glyphosate... sauf "pour enlever les herbes sur le trottoir", confie-t-il en rigolant.

En France, la loi sur la transition énergétique interdira aux jardiniers amateurs d'utiliser du glyphosate au-delà du 1er janvier 2019. Les agriculteurs restent toutefois les plus gros utilisateurs de cet herbicide : ils en consomment 8 000 tonnes chaque année. En juin 2016, la Commission européenne a prolongé de 18 mois l'autorisation de vente du glyphosate.

Reportage d'Anne-Laure Barral dans une exploitation de Monthou-sur-Bièvre, qui n'utilise pas de glyphosate
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