Fichage Monsanto : "Il faut continuer à réglementer cette stratégie d'influence de l'industrie" estime Générations Futures

Le directeur et porte-parole de l'association dénonce le système de fichage mené pour Monsanto par des agences de communication sur des centaines de personnalités et leur opinion sur le glyphosate.

François Veillerette, directeur et porte-parole de l\'association Générations Futures, le 20 septembre 2018.
François Veillerette, directeur et porte-parole de l'association Générations Futures, le 20 septembre 2018. (DANIEL FOURAY / MAXPPP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

"Il faut continuer à réglementer de manière encore plus stricte cette stratégie d'influence de l'industrie", a réagi vendredi 10 mai sur franceinfo François Veillerette, le directeur et porte-parole de l'association Générations Futures, après la révélation jeudi 9 mai par L’œil du 20h de France 2 et le journal Le Monde que des centaines de scientifiques, politiques et journalistes ont été secrètement fichés par des agences de communication qui travaillent pour l’entreprise américaine Monsanto.

Générations Futures "fait l'objet d'une fiche très détaillée" assure François Veillerette, sur sa "capacité à être sensible aux arguments de Monsanto".
"L'association envisage de porter plainte", précise le porte-parole de l'ONG qui n'exclut pas d'en porter une en son nom propre.

franceinfo : Génération Future est également fichée par Monsanto ?

François Veillerette : On fait l'objet d'une fiche très détaillée sur notre engagement, sur les pesticides, les OGM. On a la note la plus faible sur notre capacité à être sensible aux arguments de Monsanto. Par contre, on a la note la plus élevée possible sur notre détermination et notre crédibilité sur la question de l'environnement et des pesticides. On a été choqué d'apprendre qu'il y avait un fichage systématique de données concernant l'association. On voit très bien qu'on a un plan de bataille pour essayer d'influencer au maximum des acteurs de la société pour emporter la décision d'homologation du glyphosate au niveau européen. Mon nom est cité dans la fiche de l'association en tant que directeur. L'association envisage de porter une plainte. Il n'est pas exclu que j'en porte une moi-même en mon nom propre.

Est-ce que ce lobbying est efficace ?

Ce lobbying a une certaine efficacité. Le glyphosate a été ré-homologué pour cinq années supplémentaires au niveau européen. La victoire n'a pas été totale pour Monsanto. L'essentiel pour eux était que le produit reste sur le marché et ils espèrent bien gagner la bataille dans quelques années quand le produit va revenir à ré-homologation dans trois ans au niveau européen.

On voit que la partie est totalement disproportionnée. Ce ne sont pas les ONG qui ont les moyens d'employer des officines pour faire de l'influence. Nous ne sommes que quelques individus à essayer de manière ouverte et sans moyens financiers importants d'informer les décideurs sur la dangerosité du glyphosate. La partie est totalement déséquilibrée en termes financiers et en termes de nature des moyens qui sont employés.

Ce sont des stratégies politiques d'accaparement de la décision publique. Ces stratégies de lobbying sont toujours à l'œuvre. C'est la façon de faire de ces multinationales. Elles ne travaillent que comme cela, en créant du doute.

Est-ce que c'est aux autorités administratives et judiciaires de s'en saisir ?

Il y a un double problème. Il y a un problème politique car on ne va pas laisser un tel lobbying disproportionné perdurer en France et en Europe. Il faut continuer à réglementer de manière encore plus stricte cette stratégie d'influence de l'industrie. Il y a aussi une question juridique. On va déposer une plainte au plus vite pour faire valoir le droit sur cette façon de ficher les opinions de personnes.