Cet article date de plus d'un an.

Energie : quatre questions sur le projet de terminal méthanier flottant au Havre qui suscite les critiques de la gauche et des écologistes

L'installation d'un terminal méthanier dans le port normand doit permettre de diversifier les sources d'approvisionnement de la France, mais fait craindre à ses opposants le recours au gaz de schiste américain. 

Article rédigé par franceinfo - Marine Cardot
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min
A gauche, le terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) le 12 avril 2022.  (SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP)

Une première en France qui inquiète. Un terminal méthanier flottant devrait voir le jour d'ici septembre 2023 au Havre (Seine-Maritime) afin d'acheminer du gaz dans l'Hexagone. Une mesure de "souveraineté énergétique" votée par l'Assemblée nationale en première lecture du projet de loi pouvoir d'achat, vendredi 22 juillet, mais qui fait bondir les députés écologistes. Franceinfo répond à quatre questions sur ce projet très critiqué.

1A quoi servira ce terminal méthanier flottant ? 

L'objectif du terminal méthanier flottant du Havre est de diversifier les sources d'approvisionnement en gaz de la France face à la menace russe de fermer le robinet d'hydrocarbures. Il permettra de faire passer le gaz importé par voie maritime de l'état liquide à l'état gazeux, afin de l'injecter ensuite dans le réseau de distribution français, explique France 3.

Pour l'heure, la France compte quatre terminaux méthaniers terrestres, qui permettent d'importer du gaz naturel liquéfié (GNL) : deux à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), un à Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) et un autre à Dunkerque (Nord). L'avantage d'un terminal sur l'eau plutôt que sur terre ? Son installation peut être provisoire et il pourra être déplacé si besoin.

2Que prévoit le projet de loi voté par l'Assemblée nationale ?

Pour accélérer le déploiement de ce terminal, le projet de loi introduit des dérogations au Code de l'environnement. Le texte prévoit ainsi la "possibilité d'une exonération d'évaluation environnementale" de ce projet, qui sera exploité par TotalEnergies, et de "réaliser une partie des travaux de façon anticipée, sans attendre l'autorisation de l'ensemble du projet". Un amendement socialiste a toutefois limité la durée d'exploitation de ce terminal à cinq ans et tout renouvellement devra passer "par la loi". Le texte doit encore être approuvé par le Sénat.

La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a justifié ces mesures par la nécessité de se "préparer au scénario du pire". "Nous sommes dans une course contre la montre pour sécuriser nos approvisionnements en énergie pour l'hiver prochain", a-t-elle défendu lundi à l'Assemblée nationale. Selon elle, le projet de méthanier flottant est "nécessaire pour remplacer le gaz russe". L'exécutif assure que le cap de la neutralité carbone d'ici à 2050 n'a pas changé. "Je tiens à réaffirmer l'ambition climatique du gouvernement", a martelé Agnès Pannier-Runacher, qui a redit sa volonté de "libérer les Français des énergies fossiles"

3Pourquoi le projet est-il critiqué par la gauche et les écologistes ?

"Ce n'est pas en se donnant les moyens d'importer plus d'énergies fossiles que l'on en sortira !" a dénoncé d'emblée Greenpeace France. La fédération des Amis de la terre, de son côté, accuse les députés d'avoir voté "au mépris du climat ; contre le droit environnemental ; en créant de nouvelles dépendances ; en ignorant les alternatives".  

Sans surprise, les députés de gauche étaient également vent debout contre cette proposition. "Je suis atterrée de devoir, avec mes collègues, nous battre contre la relance des énergies fossiles", a déclaré la députée LFI Aurélie Trouvé à l'Assemblée. "Vous êtes en train de vous asseoir sur le Code de l'environnement en catimini", a renchéri sa collègue Clémentine Autain.  

La rapporteuse de la loi, Maud Bregeon, s'est défendue en interpellant les députés de la Nupes : "Vous allez aller voir les 12 millions de ménages français qui se chauffent au gaz pour leur expliquer que l'hiver prochain, vous les mettez en risque sur leur approvisionnement ?" a-t-elle lancé dans l'hémicycle.

4Le terminal du Havre ouvre-t-il la porte au gaz de schiste américain ?

C'est la crainte principale des défenseurs de l'environnement. "L'extension de ce terminal ouvre en effet la porte à l'importation de gaz de schiste américain", écrit Greenpeace. En France, son extraction est interdite. "Une partie du gaz importé sera produit aux Etats-Unis, où on autorise l'exploitation du gaz de schiste par la technique de la fracturation hydraulique, explique la responsable énergie du Réseau Action Climat, Zélie Victor. 

Le risque est bien réel. Aux Etats-Unis, le gaz de schiste est mélangé au gaz exploité grâce aux procédés conventionnels. Le ministère de la Transition énergétique confirme donc à franceinfo qu'il sera impossible de s'assurer que la France n'importe pas de gaz de schiste via le terminal du Havre. 

"C'est quelque chose qu'on a interdit sur notre territoire, et qu'on va importer alors qu'on sait que c'est désastreux pour l'environnement", regrette Zélie Victor. Du gaz de schiste en France ? Une telle décision est "suicidaire", a tonné la députée écologiste Delphine Batho.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.