Environnement : en Pologne, la forêt pourrait avoir raison du projet de mur anti-migrants

Ce mur de 180 km de long le long de la frontière avec la Biélorussie, dont le chantier a déjà commencé, doit traverser la forêt primaire de Bialowieza. Mais la Commission européenne s'y oppose au nom de la préservation de la biodiversité.

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Radio France
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Une manifestation contre la construction d'un mur anti-migrants à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, à Cracovie (Pologne), le 6 janvier 2022. (BEATA ZAWRZEL / NURPHOTO)

Les défenseurs de l'environnement vont-ils réussir à faire échouer le projet de mur anti-migrants en Pologne, à la frontière avec la Biélorussie ? La commission environnementale de l'Union européenne a en tous cas demandé cette semaine des garanties au gouvernement polonais au sujet de ce mur qui doit traverser une forêt classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Alors que les travaux ont déjà commencé l’UE pourrait se servir des failles en matière de protection de la biodiversité pour bloquer le projet.

Une forêt proche de l'état naturel

La forêt de Bialowieza - à cheval sur la frontière entre la Pologne et la Biélorussie - est aujourd’hui difficile d’accès. Mais il est possible de suivre l'avancée du chantier grâce à des photos prises par des activistes. Elles montrent un mur de plaques de fer, hautes de cinq mètres, plantées dans le sol, dans une forêt de pins et de bouleaux. Bialowieza est une forêt primaire, un site exceptionnel en Europe affirme Laurent Simon, professeur émérite à l‘université paris 1 Panthéon Sorbonne : "Ce sont des forêts qui sont très proches de l'état naturel, de ce que seraient des forêts si l'homme n'était jamais intervenu. Ailleurs en Europe, les forêts ont été utilisées, exploitées. Elles ont été appauvries. Là, on est avec une forêt qui est tout à fait exceptionnelle du point de vue de sa flore et de sa faune."

"Vous avez à la fois des grands prédateurs, le loup, le lynx, des grands herbivores, les derniers grands bisons d'Europe qui, partout ailleurs, ont pratiquement disparu."

Laurent Simon

à franceinfo

Le projet de mur anti-migrants, long de 180 kilomètres, vient bouleverser cet éco-système. Le parlement polonais en avait définitivement approuvé la construction en octobre 2021 après un été marqué par l'arrivée de milliers de personnes fuyant le Moyen-Orient et l'Afrique à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie.

La Pologne déjà condamnée pour des coupes 

Près de 1 800 scientifiques ont fait part de leur opposition, à l'image de Maude Lelièvre, présidente du comité français de l’Union internationale pour la concervation de la nature (UICN) qui a accordé le statut de réserve à la forêt de Bialowieza : "On va avoir des dommages importants en matière de déboisement, mais aussi en matière de rupture de continuité écologique. Si demain on a une frontière, une barrière qui empêche les espèces de bouger, alors on aura des difficultés pour la migration des espèces et des conséquences directes."

La forêt de Bialowieza, située dans un parc national, est inscrite et protégée à plusieurs titres. L'Unesco l'a inscrite à son patrimoine mondial en 1979 et l'a aussi classée comme réserve de biosphère en 1976. C'est à ce titre que la Commission environnementale de l'Union européenne à demander des garanties à la Pologne de façon à stopper le chantier. Cette démarche arrive tardivement mais elle pourrait servir de levier pour faire condamner les autorités polonaises et obtenir la démolition du mur. En 2018 déjà, Varsovie avait été condamnée par la Cour de justice de l'Union européenne pour des coupes de bois dans la même forêt primaire.

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