En Pologne, une forêt classée au patrimoine mondial menacée par un mur anti-migrants

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En plus de la crise humanitaire à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, scientifiques et habitants de la zone tirent la sonnette d’alarme. La dernière forêt primaire d'Europe est menacée par la construction d'un mur anti-migrants.

Article rédigé par
Sarah Bakaloglou, édité par Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
La réserve de bison de Bialowieza en Pologne. (MAXPPP)

Après la crise migratoire de l’automne dernier, orchestrée par le président biélorusse Alexandre Loukachenko à la frontière entre son pays et la Pologne, Varsovie a décidé d’ériger un mur anti-migrants. La construction de l’édifice, d’un coût estimé à près de 353 millions d'euros, doit débuter cette semaine. Mais déjà les scientifiques protestent car elle va mettre en danger la dernière forêt primaire d'Europe, la forêt de Bialowieza, classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

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Car cette forêt est un sanctuaire de la biodiversité, vieille de plus de 10 000 ans. On y trouve la plus grande population de bisons d’Europe, mais aussi des loups, ou encore des lynx. Guy Debonnet, chef de l’unité patrimoine naturel à l’Unesco, craint que la construction de ce mur de 180 kilomètres de long et cinq mètres de haut ait des conséquences désastreuses.

"C’est clair que c’est une barrière écologique où plus rien ne pourrait passer."

Guy Debonnet, chef de l’unité patrimoine naturel à l’Unesco

à franceinfo

"Ce qui serait bien sûr une contrainte très importante pour la conservation de ce site, et surtout la conservation de certaines espèces comme le lynx, dont la population est déjà extrêmement réduite, explique-t-il. Il y a des estimations qui parlent d’une dizaine de lynx pour toute la forêt de Bialowieza. Si la forêt est divisée en deux parties, c’est vrai que la viabilité génétique de cette population pourrait être remise en question."

Un bison retrouvé mort

Et les dégâts sont déjà visibles, alertent les scientifiques et la société civile à cause des barbelés déjà installés le long de la frontière l’an dernier, face à l’afflux de migrants. "Ces barbelés ont déjà une influence désastreuse pour les animaux sauvages : nous avons reçu des informations ces derniers jours qu’un bison était mort à cause de ça, s’alarme Tomasz Pezold Knežević, spécialiste de la conservation de la biodiversité chez WWF. On sait aussi qu’ils veulent faire des coupes sur une largeur de 200 mètres à partir du mur ce qui aurait des conséquences terribles pour la forêt car cela veut dire couper environ 1 000 hectares." À cela s'ajoutent les dégâts occasionnés par la forte présence militaire ces derniers mois, notamment l’utilisation de véhicules lourds.  

Mais le gouvernement polonais fait la sourde oreille. Il a nié, il y a quelques jours, que la mort du bison à la frontière soit liée aux barbelés. Les gardes-frontières ont assuré de leur côté que 22 passages seraient créés pour permettre la migration des animaux. Mais il faut rappeler que la zone à la frontière est quasiment impossible d’accès aux ONG et aux journalistes. Donc il est difficile d’évaluer l’ampleur des dommages sur la forêt. Contacté par franceinfo, le ministère polonais de l’Environnement n’a pas souhaité répondre à nos questions. 

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