Dordogne : un nid de frelons asiatiques détruit au fusil de chasse

Le maire de la commune  de Belvès a autorisé des chasseurs à tirer au fusil de chasse sur un nid difficile d'accès. Une méthode qui serait dangereuse et inefficace d'après des chercheurs et certains apiculteurs. 

Un nid de frelons asiatiques près de Toulouse, en 2009. 
Un nid de frelons asiatiques près de Toulouse, en 2009.  (MAXPPP)
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C'est l'ennemi numéro 1 des communes touchées. Le frelon asiatique agace les apiculteurs et terrorise les habitants. Pour mettre un terme à cette menace, la commune de Belvès (Dordogne) a pris une décision radicale. Le maire du village, Christian Leothier, a autorisé, mardi 28 juillet, des chasseurs à tirer au fusil sur un nid, raconte Sud Ouest. La demeure des hyménoptères était installée au-dessus du rucher municipal, fraîchement créé. Et les prédateurs s'attaquaient régulièrement aux abeilles qui logent dans les ruches. 

"Plusieurs chasseurs se sont mis en cercle au pied du nid et ils ont tiré trois fois", raconte Sylvie Braud, la présidente de l'association Terre en vert et responsable des ruches pédagogiques destinées aux enfants du secteur, jointe par francetv info. L'opération s'est déroulée à la tombée de la nuit, vers 21h30, au moment où "les frelons sont tous dans le nid".

La méthode du fusil fait débat

Mais la technique, quelque peu artisanale, fait débat. Des apiculteurs doutent de l'efficacité d'une telle méthode. "C'est assez inutile. Lorsqu'on pulvérise le nid à coups de fusil, le risque est de disperser les frelons asiatiques qui peuvent construire de nouveaux nids ailleurs. Je suis un petit peu étonné que la mairie ait donné l'autorisation, mais, après, chacun prend ses responsabilités", lâche Jean-Marc Maillon, le président de l'association L'Abeille périgordine, contacté par francetv info. 

Un constat partagé par Denis Thiery, chercheur à l'Inra de Bordeaux et spécialiste du sujet, interrogé par Sud Ouest : "Dans les nids qui deviennent très gros, il peut y avoir des milliers d'individus. On ne pourra jamais tous les tuer à coups de fusil. Quand on fait exploser une colonie, il y a plusieurs reines en devenir à l'intérieur qui vont pouvoir aller fonder de nouveaux nids. Il leur suffit d'un mois. Le cycle des frelons dure jusqu'en octobre." Par ailleurs, la méthode du fusil de chasse serait dangereuse. Des frelons asiatiques auraient pu s'attaquer aux organisateurs de cette intervention musclée. 

"Les tireurs sont courageux"

Sylvie Braud tient à rassurer tout le monde. La destruction du nid a été faite dans les règles de l'art. "La gendarmerie était au courant et les chasseurs portaient des tenues de protection. C'est un petit peu risqué comme opération, ils sont courageux", assure la présidente de Terre en vert. En revanche, il est possible que quelques frelons asiatiques aient réussi à survivre aux coups de fusil. "Peut-être que certains ont réussi à s'échapper... Mais ça m'étonnerait, le nid était complètement explosé", ajoute Sylvie Braud. 

Selon elle, les possibilités étaient réduites pour se débarrasser des bestioles tant redoutées. Les frelons asiatiques avaient trouvé refuge à 25 mètres au-dessus du sol et dans un terrain difficile d'accès. Une technique plus conventionnelle, et appliquée par le groupement de défense sanitaire des abeilles, prévoit de détruire les nids avec du dioxyde de soufre pulvérisé à l'aide d'une perche. Sauf que celle-ci est limitée à une hauteur de 16 mètres. La partie de chasse n'aura cependant pas permis de stopper les nuisances. "Je suis retourné aux ruches pédagogiques après la destruction du nid, mais j'ai encore vu des frelons tourner autour", se désole l'apicultrice de Terre en vert. La guerre engagée contre le terrible frelon asiatique est loin d'être gagnée à Belvès. Ces espèces sont très présentes dans le Périgord.