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Doit-on vraiment craindre le frelon asiatique ?

Article rédigé par Julie Rasplus
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Vue macro d'un frelon asiatique, photographié en train de manger un fruit, en France.  (OLIVIER MINIATO / BIOPHOTO / GETTY IMAGES)

Alors que les campagnes de piégeage de l'hyménoptère recommencent, francetv info répond aux cinq idées reçues sur cette espèce invasive arrivée en France il y a dix ans.

Son épaisse silhouette noire et jaune en fait sursauter plus d'un. Et l'entendre bourdonner n'est jamais très rassurant. Avec les beaux jours, le frelon asiatique refait parler de lui. Sa période de piégeage, qui débute au printemps, mobilise déjà certains apiculteurs bien décidés à protéger leurs ruches contre cet amateur d'abeilles, note Sud Ouest, dimanche 2 mars.

Est-il aussi dangereux qu'on le pense ? Que sait-on vraiment de lui ? Francetv info dénoue le vrai du faux sur cet insecte.

1Le frelon asiatique ressemble aux autres frelons

FAUX. Le frelon asiatique, ou Vespa velutina (sous-espèce nigrithorax), se distingue bien de son congénère occidental, le frelon européen (Vespa crabro). Il est plus petit que lui (entre 17 et 26 mm à l'âge adulte, contre 19 à 30 mm contre le frelon européen). Son thorax (la partie où sont attachés les ailes) est noir, alors que celui du frelon européen est brun-roux, comme le détaille le site de l'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), planches à l'appui. Quant à son abdomen, il est noir avec un seul segment jaune (le dernier), décrivent des chercheurs dans la revue Insectes (PDF, 2006), contrairement au frelon européen, dont l’abdomen est jaune rayé de noir.

La tête du frelon asiatique est noire, sa face orangée et l'extrémité de ses pattes jaune. Autre particularité, le frelon asiatique fixe souvent son nid en hauteur dans les arbres, ce qui n'est pas le cas du frelon européen. 

Cliché d'un nid de frelons asiatiques accroché en hauteur dans un arbre, dans les Landes. (PAUL BRACQ / BIOPHOTO / AFP)

2Il va envahir toute la France

VRAI. Le frelon asiatique est arrivé en 2003 ou 2004 en France, de manière accidentelle, en étant transporté dans des poteries venant de Chine. Cette espèce invasive, découverte dans le Lot-et-Garonne, y a trouvé un climat propice à son développement, notamment autour de Bordeaux et sur la côte basque. "Il n'aime pas les étés trop secs, ni les gelées tardives de l'hiver", explique à francetv info Quentin Rome, entomologiste au Muséum national d'histoire naturelle de Paris (MNHN).

Depuis, "son front d'invasion progresse de 100 km par an". Aujourd'hui, plus de la moitié de l'Hexagone est envahie par l'hyménoptère, comme on le voit sur cette carte mise à jour en temps réel grâce aux fiches de signalement de nids que l'on peut remplir pour aider le Muséum. Il est désormais présent à l'ouest d'une ligne Seine-Maritime – Alpes-de-Haute-Provence, en passant par l'ouest de la région parisienne. C'est toutefois sur la côte atlantique et dans le Sud-Ouest que ses concentrations sont les plus importantes, indique cette vue.

Son expansion n'est pas près de s'arrêter."Cela va continuer. A terme, le frelon asiatique sera partout, de façon plus ou moins dense, assure Quentin Rome. Ce sont des insectes qui ont une capacité de reproduction très importante. Si le climat est favorable, il y en a plein."

3Il s'attaque aux abeilles et les affaiblit

VRAI et FAUX. Le frelon asiatique raffole de nos abeilles domestiques, davantage que le frelon européen, qui s'y attaque de façon plus ponctuelle, précise Quentin Rome. Les apiculteurs s'inquiètent de sa présence et déplorent, chaque été, les attaques contre leurs ruches. En 2012, le ministère de l'Agriculture a classé le frelon asiatique comme danger sanitaire de deuxième catégorie (en PDF).

"On a localement des ruches qui sont attaquées, avec un impact important, où les abeilles ne sortent plus, confirme Quentin Rome. Certaines réagissent plutôt mal à sa présence, stressent et ne récoltent plus de pollen. Mais il ne faut pas généraliser." Le chercheur souligne ainsi que certaines ruches, qualifiées d'"en bonne santé", ne semblent pas pâtir du frelon asiatique.

"Notre ressenti est qu'il s'agit d'un facteur d'affaiblissement", comme les pesticides ou d'autres parasites, poursuit Quentin Rome. Encore faut-il le prouver. Aucune étude scientifique ne vient pour le moment démontrer ce lien présumé entre présence du frelon et déclin des abeilles. "On n'a pas de chiffres, mais des impressions", résume Jean Haxaire, entomologiste et codécouvreur de l'espèce lors de son arrivée en France, contacté par francetv info. L'étude d'impact lancée en 2013 par le MNHN permettra peut-être de trancher. Résultats attendus d'ici deux à trois ans.

4Il est particulièrement dangereux pour l'homme

FAUX. La mort de Français piqués par des frelons et le cas spectaculaire de 42 morts en Chine victimes d'une attaque de frelons asiatiques ne font qu'accroître le sentiment de peur vis-à-vis de cet insecte. A tort ? Un peu, rétorquent scientifiques et médecins.

Jean Haxaire est formel : non, le frelon asiatique n'a pas un dard plus long que l'européen ; non, son venin n'est pas différent ; et non, il n'est pas plus agressif. "Il y a un danger si on s'approche du nid, à deux mètres par exemple, mais c'est comme pour tous les hyménoptères", indique-t-il. Les nids se trouvant plutôt en hauteur, il est rare d'en croiser. "Les risques sont faibles par rapport aux autres guêpes ou abeilles", renchérit Quentin Rome, précisant encore que les frelons asiatiques ne volent pas la nuit, contrairement à leurs cousins européens.

Sa piqûre est plus douloureuse, concède toutefois Claire Villemant, spécialiste de l'espèce interrogée par L'Express. Pour le docteur Stéphane Guez, responsable de l'unité des maladies allergiques du CHU de Bordeaux, cité par Reuters, rien ne sert de paniquer : "Une piqûre de frelon asiatique n'est pas plus dangereuse que celles d'autres insectes de ce type." A condition de ne pas être allergique ou piqué sur les muqueuses. Dans ce cas, filez aux urgences. Sinon, la chaleur peut soulager.

5Il est difficile de s'en débarrasser

VRAI. Cela relève même de l'impossible. Les pièges censés neutraliser la bête ne servent à rien, tranche Quentin Rome. Pire, "plus on essaie de le piéger, plus on multiplie sa capacité de nuisance", estime Jean Haxaire, qui rappelle qu'"un insecte, on ne s'en débarrasse pas. Pour ça, il faudrait une chape chimique au-dessus de tout le territoire."

Les deux chercheurs se montrent très critiques à l'égard des pièges posés au printemps, consistant souvent en une bouteille coupée en deux et remplie de liquide sucré. Selon les observations des deux chercheurs, ces pièges, censés tuer les reines de frelons asiatiques, tuent seulement "1% de frelons", les 99% restants étant d'autres insectes, notamment des papillons, des abeilles et des guêpes.

Dès lors, comment se débarrasser de la bestiole ? Les scientifiques espèrent la mise au point d'un appât sélectif, visant seulement les frelons asiatiques, afin de ne pas attaquer la biodiversité. En attendant, les apiculteurs font avec les moyens du bord. Certains, comme cet apiculteur du Pays basque, font patrouiller des poulets, amateurs de frelons. Une solution plutôt "sérieuse" pour Jean Haxaire. 

D'autres testent des drones pour éliminer les nids dans les Landes, rapporte 20 Minutes. Désormais, les professionnels de la désinsectisation peuvent aussi pulvériser du dioxyde de soufre contre les nids. L'utilisation de ce gaz, moins nocif que les autres pour l'environnement, a été autorisé en septembre 2013.

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