Trop lourds, les SUV électriques risquent de causer des pénuries de métaux critiques, indispensables à la transition, alerte le WWF

La demande de ces métaux, qui existent en quantité limitée, pourrait être multipliée par 30 en 20 ans, portée par la production de gros véhicules, particulièrement gourmands.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Un SUV électrique, dans une usine Villingen-Schwenningen, en Allemagne, le 6 mai 2022. (SILAS STEIN / DPA / AFP)

Des voitures petites, c'est mieux, explique le Fonds mondial pour la nature (WWF). Si la France n'encourage pas la réduction de la taille et du poids des véhicules électriques, dont les ventes sont actuellement composées à 41% de SUV, le pays se retrouvera bientôt en pénurie de métaux dits "critiques", met en garde l'ONG, jeudi 9 novembre, dans une nouvelle étude. "La transition écologique a besoin du véhicule électrique, mais le problème, c'est sa taille", a déclaré le directeur du plaidoyer chez le WWF France, Jean Burkard. 

Or, "un gros SUV électrique consomme trois fois plus de cuivre et d'aluminium et cinq fois plus de lithium, nickel et cobalt qu'une petite citadine électrique", révèle l'étude. Ainsi, la demande de ces métaux, indispensables à toute la transition énergétique mais existant en quantité limitée, pourrait être multipliée par 30 en 20 ans. Puisqu'ils sont très peu produits en France, il faudra, en cas de pénurie, "choisir entre avoir des véhicules électriques, des éoliennes ou des réseaux électriques".

Pour remédier à ce problème, l'étude du WWF réclame, comme d'autres ONF environnementales, des politiques volontaristes incitant à réduire la taille des véhicules et la dépendance à la voiture. Elle appelle donc le gouvernement à instaurer "un malus poids spécifique" et, en miroir, "à réserver le bonus écologique aux seules voitures électriques pesant moins de 1,6 tonne", contre 2,4 actuellement.

Des politiques volontaristes

Quant au malus, il concerne pour l'instant les véhicules électriques de plus de 1,8 tonne et devra concerner, en 2024, ceux pesant plus de 1,6 tonne. L'association préconise ainsi d'"exiger des constructeurs automobiles la publication annuelle du poids moyen des voitures électriques immatriculées" et de créer une pénalité européenne de 5 euros par kilo dès que le seuil de 1,6 tonne est dépassé.

En 2020 déjà, les Français tirés au sort dans le cadre de la Convention citoyenne pour le climat avaient plaidé pour que le prix des véhicules grimpe progressivement dès lors qu'il dépasse 1,4 tonne, mais la mesure s'était heurtée aux freins du secteur automobile. Répondant par avance aux objections, le WWF met en avant une dérogation pour les familles nombreuses, obligées d'opter pour un gros véhicule, qui bénéficieraient d'un "régime particulier".

Si aucune mesure n'est prise, la France s'exposera à des "risques géostratégiques", selon Jean Burkard. La demande du pays en métaux "critiques" serait alors entre 5 et 15% trop importante "par rapport à son poids économique", a-t-il. A l'inverse, le scénario de la sobriété permettrait à la France d'exporter une partie de son lithium, un métal précieux dont le cours a flambé, passant de 13 000 à 70 000 euros la tonne entre 2020 et 2021. 

"Dé-SUViser le marché électrique" en empruntant la voie sobre "permettra déjà de réduire la demande [en métaux critiques] de 17% en 2035 par rapport à un scénario de laisser-aller", affirme le WWF dans le rapport.

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