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Tribune "Monsieur le Président, éteignez les écrans" : des associations interpellent Emmanuel Macron sur les publicités lumineuses

Le décret qui prévoit l'interdiction les écrans de publicité lumineuse entre 1 heure et 6 heures n'est pas suffisant, selon un collectif d'associations. Face à "l'urgence écologique et sociale, dans un contexte de crise énergétique et d’incitation à la sobriété", elles en appellent à leur extinction définitive.

Article rédigé par France Info
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Action contre la publicité sur écrans lumineux à Lyon, en 2018. (NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO VIA AFP)

Les associations Résistance à l’agression publicitaire, Greenpeace, Alternatiba, Plein la Vue, réunies en collectif, alertent une nouvelle fois sur les écrans de publicités lumineuses et dans un texte publié mardi 13 septembre par franceinfo, elles interpellent le président de la République. Elles pointent le caractère énergivore de ces écrans, alors que les prix de l'électricité et du gaz flambent à des niveaux historiques en Europe depuis le début de la guerre en Ukraine et que la France se prépare à mettre en œuvre des mesures de sobriété énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique. Les associations réclament, pétition à l'appui, "l'extinction définitive" de ces écrans numérique publicitaires, "une mesure d’urgence, juste socialement et écologiquement", alors qu'un décret en préparation ne prévoit qu'une interdiction des publicités lumineuses entre 1 heure et 6 heures du matin.


Au cœur de l’été, le gouvernement a annoncé un grand plan de sobriété énergétique en réponse à la grave crise énergétique que traverse l’Europe. Les mesures adoptées doivent renforcer notre indépendance énergétique et faire baisser nos consommations de 10% d’ici 2024. Par cette pétition, nous défendons une mesure d’urgence, juste socialement et écologiquement : éteindre définitivement les écrans numériques publicitaires.

"Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance”, déclarait le président Emmanuel Macron dans un discours le 19 août dernier. Les écrans publicitaires en sont le symbole : ils contribuent au gaspillage d’énergie et de ressources, sont néfastes pour la santé et la biodiversité, prolifèrent dans les centres commerciaux, les gares, les transports en commun, les espaces publics et les vitrines des magasins, soumettant les citoyens à toujours plus de pression publicitaire. Ils incitent à la surconsommation, contribuent à la pollution lumineuse et servent essentiellement aux grandes entreprises, au détriment du commerce de proximité. Dans un rapport publié en 2020, l’ADEME estimait la consommation d’un écran de 2m2 à 2 000 kWh/an, soit quasiment l’équivalent de la consommation annuelle d'un ménage (hors chauffage et eau chaude). Les écrans publicitaires apparaissent ainsi comme une véritable incohérence dans une société toujours plus marquée par l'urgence écologique et sociale, dans un contexte de crise énergétique et d’incitation à la sobriété.

Depuis plusieurs années, des voix se sont élevées pour réclamer leur interdiction :

• En février 2020, une tribune signée dans le JDD par 160 personnalités, parlementaires et scientifiques, demandait au gouvernement d’interrompre leur prolifération.
En juin 2020, la Convention citoyenne pour le climat faisait figurer leur interdiction parmi ses 149 propositions - qui n’a pas été retenue dans la loi climat et résilience.
En juin 2022, le rapport Futurs énergétiques 2050 de RTE – gestionnaire du réseau d’électricité – appelait à “la disparition progressive des écrans publicitaires” pour économiser l’énergie et limiter les incitations à la consommation.

L’extinction nocturne des enseignes et publicités lumineuses, décidée par le gouvernement (2), est une réponse nécessaire mais dérisoire, qui ne permet pas de libérer définitivement nos espaces publics, gares et transports en communs des écrans publicitaires.

Nous attendons d’un plan de sobriété énergétique qu’il prenne des mesures structurelles, qu’il cible les usages définis collectivement comme accessoires ou néfastes. Nous attendons d’un plan de sobriété qu’il soit guidé par un impératif de justice sociale et de transition écologique.

Il est temps d’agir vraiment, monsieur le Président : éteignez les écrans.

Collectif portant la pétition : Résistance à l’agression publicitaire, Greenpeace, Alternatiba, Plein la Vue.


(1) Dans son rapport Futurs énergétiques 2050 publié en février 2022, Réseau de transport d’électricité (RTE) indiquait que 9 000 écrans environ étaient installés en 2019 avec une augmentation de 20% par an.

(2) Le décret à paraître doit “[généraliser] l'interdiction des publicités lumineuses quelle que soit la taille de la ville, entre 1 heure et 6 heures du matin, sauf rares exceptions comme les gares et les aéroports qui ne ferment pas la nuit”. Or, le décret paru à la suite de la loi Grenelle prévoit déjà ces horaires d’extinction dans la plupart des villes, et n’est pas aujourd'hui pleinement appliqué. En outre, l'extinction nocturne ne répond pas au problème des pics de consommation le midi et en soirée.

Premiers signataires

Charlotte Ribaute, co-présidente de Résistance à l'agression publicitaire 
Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France 
Anthony Geoffroy, co-président du collectif Plein la vue
Eric Piolle, maire EELV de Grenoble
Morgane Créach, directrice générale du Réseau Action Climat 
Emma Tosini, porte-parole ANV-COP21  
Alex Montvernay, porte-parole Alternatiba 
Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France 
Juliette Franquet, directrice de Zero Waste France 
Nicolas Guilbaud, président d’I-buycott
Raphaël Pradeau, porte parole d'Attac
Claire Morcant, membre de la Convention citoyenne pour le Climat
Thomas Wagner, fondateur du média Bon Pote
Maxime Combes, économiste
Corinne Morel Darleux, autrice
Dominique Bourg, philosophe
Julien Bayou, député écologiste
Cyrielle Chatelain, députée écologiste
Mathilde Panot, députée La France Insoumise
François Ruffin, député La France Insoumise
Dominique Potier, député socialiste
Thomas Dossus, sénateur écologiste
Manon Aubry, eurodéputée La France Insoumise
David Cormand, eurodéputé écologiste
Camille Etienne, activiste pour la justice sociale et climatique
Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre

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