Reportage Réchauffement climatique : à Montélimar, de nouveaux horaires de classe pour s'adapter aux canicules

Autrefois réservées aux vacances d'été, les fortes chaleurs frappent désormais en pleine année scolaire. Une conséquence du réchauffement climatique qui oblige les écoles à s'adapter. A Montélimar, de nouveaux horaires de classe sont testés tout ce mois de juin dans trois écoles.
Article rédigé par Thomas Baïetto - Envoyé spécial à Montélimar (Drôme), avec Marc Felix
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
L'école primaire du Bouquet, le 27 juin 2024 à Montélimar (Drôme). (FRANCE 3)

C'est l'une des premières choses qu'il fait en arrivant dans sa classe. Avant même de commencer la dictée, Aurélien Sauvêtre, instituteur, allume les trois ventilateurs au plafond. Ce jeudi 27 juin, il fait déjà 26°C à 8h. "C'est nouveau cette année et ça change pas mal la donne", explique-t-il. Dans cette école élémentaire du Bouquet, à Montélimar (Drôme), la chaleur est devenue un vrai problème, avec le réchauffement climatique.

Si cette fin d'année a été moins brûlante que les précédentes, le thermomètre peut facilement dépasser les 34°C dans ce bâtiment de béton, exposé plein sud. "Pour les élèves, c'est compliqué de se concentrer, on ne peut pas aborder de nouveaux apprentissages", témoigne l'enseignant. Quand il fait trop chaud, "on ne fait pas classe comme un jour normal".

Canicule : à Montélimar, de nouveaux horaires de classe pour s'adapter à la canicule

(SUJET : T. BAÏETTO / M. FELIX / E. PENOT)


Pour faire face à ce problème, l'école et la mairie ne se sont pas contentées d'installer des ventilateurs. Sous l'impulsion de l'équipe pédagogique, de nouveaux horaires de classe sont expérimentés depuis le 3 juin, comme dans deux autres écoles de la ville. Concrètement, l'école commence à 8h au lieu de 8h30. A midi, la pause déjeuner ne dure plus qu'une heure et les élèves sont libérés à 15h, une heure et demie plus tôt que d'habitude. La moitié rentre chez eux, les autres sont accueillis par le périscolaire, dans le réfectoire, seule pièce climatisée de l'école. "Il fallait trouver une solution qui permette à une partie de l'effectif de quitter les lieux (...) parce que la totalité ne peut pas être accueillie dans une salle rafraîchie", contextualise Françoise Etcheverry, la directrice du Bouquet.

Un bilan "positif" pour les enseignants

Pour la responsable de l'établissement, inquiète des canicules de plus en plus fréquentes et intenses, le bilan de cette expérimentation est "positif". "On a gagné une heure d'enseignement par rapport aux horaires classiques le matin", relève-t-elle, en soulignant que c'est un moment de la journée où les enfants sont "plus disponibles, plus concentrés et moins fatigués". Le maire, Julien Cornillet (Les Républicains), est, lui aussi, emballé par cette "grande première en métropole" et invite ses collègues à décliner la mesure chez eux. "Dans le sud de la France, les problèmes de chaleur commencent au mois de mai et ne s'arrêtent que fin septembre", rappelle-t-il.

A la sortie de l'école, les parents sont beaucoup plus critiques. "Je ne trouve pas ça très judicieux", euphémise Sonia Silvestre, mère de deux enfants de CP et CE2. Cette déléguée des parents d'élèves pointe les difficultés à réveiller les enfants le matin, le temps de pause-déjeuner trop court. "Certaines fois, ils mangent très peu et très rapidement. A 15h, quand on vient les chercher, ils sont affamés", témoigne-t-elle.

"Ça nous a mis dans une panade pas possible", résume Emilie Duroure. Son fils Sacha, scolarisé en CE2, présente des troubles du déficit de l'attention (TDAH) et de l'oralité alimentaire. Avec les nouveaux horaires de cantine, impossible de venir le chercher entre midi et deux. "Les premiers jours, il ne mangeait qu'un bout de pain", se souvient-elle. Grâce au directeur du périscolaire, elle peut désormais lui fournir un repas, mais "il est temps que l'année se termine".

"Un pansement sur une hémorragie"

A la maternelle du Bouquet, où les mêmes horaires sont appliqués, Emilie Surply, déléguée des parents d'élèves, raconte avoir reçu des "retours assez mitigés". Elle souligne que le problème n'est pas tout à fait réglé, parce qu'il peut faire très chaud de 13h à 15h dans les classes. "On a l'impression que c'est plus un pansement sur une hémorragie qu'une réelle prise en charge des conditions climatiques", regrette-t-elle. Gilles, papa d'une fille scolarisée en CP, estime que la solution devrait être "plus technique qu'humaine", avec, par exemple, l'installation de climatiseurs.

"On n'est absolument pas pour le tout-climatisé, parce que l'impact sur l'empreinte carbone est désastreux", répond Françoise Etcheverry, la directrice. Au milieu de la cour où quelques arbres percent timidement le bitume, le maire défend un "panel d'outils" pour lutter contre les canicules. "Ce n'est pas juste 'je change les horaires et tout ira bien', c'est 'j'aménage, j'investis dans mes écoles, je végétalise, je mets les outils pour rafraîchir les classes'", martèle Julien Cornillet, en précisant qu'il investit chaque année un million d'euros dans les 19 écoles de la ville. Un premier bilan de cette expérimentation doit être fait avant les vacances d'été, pour décider de l'avenir de ce dispositif.


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