Reportage "La végétalisation est indispensable" : face au réchauffement climatique, une école de Nanterre adapte sa cour aux vagues de chaleur

Les enseignants constatent l'effet de la température sur la concentration des enfants. Franceinfo s'est rendu dans un établissement de banlieue parisienne qui se prépare à des travaux pour retrouver de l'ombre et de la fraîcheur.

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La cour de l'école Honoré de Balzac, le 16 juin 2022 à Nanterre (Hauts-de-Seine). (THOMAS BAIETTO / FRANCEINFO)

Yasmine Azzouz regarde le thermomètre qu'elle a fait installer dans sa classe. "28 °C, alors que je viens d'aérer et que les élèves ne sont pas là, c'est trop", tranche l'institutrice de CM1-CM2. En ce jeudi 16 juin, l'école primaire Honoré de Balzac, un établissement d'éducation prioritaire de 320 élèves à Nanterre (Hauts-de-Seine), est frappée par une vague de chaleur exceptionnellement précoce et intense, comme une grande partie du pays. "Quand il fait si chaud, ils ne sont pas du tout concentrés. J'ai changé le programme pour faire du travail manuel, mais même ça, c'est compliqué", témoigne-t-elle.

L'enseignante ne ménage pourtant pas sa peine pour soulager ses élèves : elle a installé son petit ventilateur personnel et acheté des brumisateurs pour faire redescendre la température. Dans sa classe, les stores fonctionnent, mais la partie haute des fenêtres n'est pas couverte. Des dessins d'enfants sur papier cartonné font donc office de volets. C'est encore pire dans la cour, où le thermomètre de franceinfo affiche, en quelques minutes d'exposition, un assommant 39,3 °C. "Il y a très peu d'ombre et c'est en plein soleil, constate Yasmine Azzouz. Quand ils remontent, ils sont morts".

Yasmine Azzouz, institutrice, le 16 juin 2022 dans sa classe de l'école Honoré de Balzac, à Nanterre (Hauts-de-Seine). (THOMAS BAIETTO / FRANCEINFO)

Les écoles françaises sont face aux vagues de chaleur comme notre société face au réchauffement climatique : elles n'ont pas été pensées pour les supporter et elles ne sont pas prêtes. En injectant à forte dose des gaz à effet de serre dans l'atmosphère pour se déplacer, construire, se nourrir ou fabriquer des objets, l'homme n'a pas inventé les canicules, mais il les a rendues plus intenses et plus précoces. Elles ne sont plus réservées aux mois d'été, pendant lesquels les écoles sont fermées. "Ces dernières années, nous avons eu des canicules sur le temps de classe, en mai, juin, septembre...", constate Eric Pateyron, directeur de l'école Honoré de Balzac depuis 1998.

La salle "froide et sombre" devient un atout

Face à cette situation, il faut s'adapter. Sous nos yeux, le directeur sermonne un groupe d'enfants qui courent après un ballon : "Allez vous mettre à l'ombre." "J'ai une casquette moi", tente un des élèves, sans succès. "Avec la chaleur qu'il fait, ça ne suffit pas", réplique le directeur. Au rez-de-chaussée, une autre classe bouquine dans la fraîcheur d'une salle exposée plein nord et protégée par les arbres de la rue voisine. "Avant, on n'y mettait pas trop les élèves, on la trouvait trop froide et sombre. Maintenant, c'est un avantage", commente le directeur. Des bacs de verdure et des arbres ont été installés dans la cour ces dernières années, pour apporter un peu d'ombre.

Pour se préparer au climat qui vient, il faudra aller un peu plus loin que ces ajustements. Depuis le début de l'ère industrielle, la planète s'est réchauffée de 1,1 °C. Les engagements pris par les Etats dans le cadre de l'accord de Paris nous conduisent pour le moment vers un monde à +2,7 °C. Comme d'autres villes, Nanterre a décidé de végétaliser les cours de ses écoles, avec une enveloppe de 750 000 euros d'ici à 2026. Dans leur dernier rapport (lien PDF en anglais), les scientifiques du Giec insistent en effet sur les multiples bénéfices de l'eau et des arbres dans les villes : stockage du CO2, rafraîchissement de la température, amélioration de la qualité de l'air, et de la santé mentale et physique des habitants.

Jean-Pierre Bellier, maire-adjoint de Nanterre (à gauche), et Eric Pateyron, directeur de l'école Honoré de Balzac, dans le jardin pédagogique de l'établissement, le 16 juin 2022. (THOMAS BAIETTO / FRANCEINFO)

A l'école Honoré de Balzac, les travaux sont prévus pour cet été. La cour va être débitumée sur 30% de sa surface, pour y installer des arbres et de l'herbe. Une suite logique pour cet établissement qui compte déjà un petit jardin botanique, utilisé pour des activités pédagogiques. "La végétalisation n'est pas une option pour nous, elle est indispensable", martèle Eric Pateyron, en dessinant de la main les contours de la future zone arborée.

"Les arbres nous cachent de la chaleur"

Il suffit de pousser la porte d'à-côté pour saisir l'intérêt de la démarche. Le centre de loisirs Les Bizis, qui jouxte l'école, est doté d'un jardin de 3 600 m² depuis 2020. On y trouve un verger, des bosquets, une prairie non fauchée, un potager et toutes sortes de plantes, grâce la générosité d'un magasin de botanique qui donne gracieusement ses invendus. "Il y aurait pu y avoir une barre d'immeubles à la place", se rappelle Robert Ridel, le coordinateur du quartier. Voisine de Paris, la ville de Nanterre aiguise en effet les appétits immobiliers.

Dans l'herbe, il fait 30 °C, neuf de moins que dans la cour. "Les arbres nous cachent de la chaleur", résume rapidement Haroun, 9 ans, entre deux réponses aux questions précises de l'animatrice sur les plantes qui les entourent. "C'est une grande chance d'avoir cet espace", se félicite Morgane De Bernardi, directrice adjointe du centre. En poste depuis quelques mois, elle a quitté une école sans arbres pour ce jardin. "C'est beaucoup plus agréable de travailler ici", reconnaît-elle.

Morgane de Bernardi, directrice adjointe du centre de loisirs Les Bizis (à gauche), et Hyacinthe Jauniau, animatrice, le 16 juin 2022 dans le jardin de l'établissement. (THOMAS BAIETTO / FRANCEINFO)

Au-delà de la fraîcheur, le jardin a d'autres vertus sur les enfants, selon Hyacinthe Jauniau, l'animatrice. "Je le vois quand ils arrivent, ils sont plus calmes, observe-t-elle. Ils regardent les plantes, les insectes, et ils apprennent beaucoup mieux." L'adjoint au maire en charge de l'action éducative, Jean-Pierre Bellier, a une formule pour résumer les choses : "S'attaquer au climat météorologique, cela a un impact sur le climat scolaire". Dans sa salle de classe, Yasmine Azzouz attend avec impatience la fin des travaux : "Avec toute cette zone de pleine terre, ce sera génial". L'enseignante nous montre au mur une maquette de la cour idéale imaginée par ses élèves. Un rectangle d'herbe couvre une grande partie de l'espace.

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