Reportage "L'A69 va dans le mur" : dans le Tarn, des milliers de militants écologistes déterminés à barrer la voie au projet d’autoroute

Article rédigé par Thomas Baïetto - Envoyé spécial à Saïx (Tarn)
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min
Les manifestants venus protester contre le projet d'autoroute reliant Castres à Toulouse ont érigé un petit mur au milieu de la route à coups de parpaings, le 22 avril 2023 à Soual (Tarn). (THOMAS BAIETTO / FRANCEINFO)
Plusieurs milliers de personnes ont défilé samedi, dans le calme et la bonne humeur, pour protester contre l'autoroute A69, qui doit relier Castres à Toulouse en 2025.

Les parpaings passent de main en main. Les coups de truelles sont rapides et précis. Au milieu de la RN126, des manifestants masqués élèvent un petit muret. "Et tout le monde, avec les maçons", scande la foule rassemblée sur la 2x2 voie à hauteur de Soual (Tarn), samedi 22 avril. "L'idée, c'est de dire que l'A69 va dans le mur", commente Gilles Garric, membre de La Voie est libre. Avec les Soulèvements de la Terre, la Confédération paysane et Extinction Rebellion, ce collectif d'opposants locaux est à l'initiative de cette manifestation contre le projet d'autoroute A69.

>> Crise climatique : entre Toulouse et Castres, la lutte s'organise contre l'autoroute A69, jugée "anachronique"

Dans leur viseur, 53 km d'asphalte qui doivent relier en 2025 la ville de Castres (Tarn) à la métropole régionale, Toulouse (Haute-Garonne), avalant au passage les portions modernisées de la route nationale actuelle, comme le tronçon où le mur a été érigé à la hâte. "Ce projet est archaïque et inutilement destructeur de l'environnement, estime Aline, membre de La Voie est libre. C'est un symbole de la fuite en avant de nos décideurs et de leur inaction climatique". Ses défenseurs, comme le député Renaissance Jean Terlier, évoquent à l'inverse la nécessité d'une route qui serait une "question de survie économique" pour le sud du Tarn, et dont l'impact environnemental serait limité.

"Merci à Gérald Darmanin pour le succès de ce week-end !"

Sur la table depuis les années 1990, ce projet est contesté de longue date localement pour ses conséquences sur l'environnement et le "racket" que constitueraient les 17 euros de péage prévus pour effectuer l'aller-retour. Le collectif La voie est libre propose à la place un réaménagement de la route existante. Leur lutte a pris une ampleur nationale ces dernières semaines avec le soutien des Soulèvements de la Terre, mouvement écologiste menacé de dissolution, et les déclarations du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui a fait de cette contestation le deuxième point chaud du moment après la "méga-bassine" de Sainte-Soline (Deux-Sèvres).

Les organisateurs, qui ont revendiqué la participation de 8 200 personnes à leur défilé (la préfecture en a dénombré 4 500), ont d'ailleurs malicieusement salué le gouvernement pour le coup de projecteur donné à leur combat. "Je voudrais remercier notre attaché de presse, Gérald Darmanin, qui a une grande part dans le succès de ce week-end", a souri Gilles Garric lors d'une conférence de presse en fin de matinée.

Des manifestants défilent dans le Tarn pour dénoncer le projet d'autoroute A69, censée relier Castres à Toulouse, le 22 avril 2023. (THOMAS BAIETTO / FRANCEINFO)

Les opposants ont également enregistré des soutiens de poids. Climatologue et co-auteur du dernier rapport du Giec, Christophe Cassou est venu de Toulouse apporter son "soutien moral" au mouvement. Une décision motivée par "l'urgence" et la "gravité" du moment, que le scientifique n'a "pas prise à la légère". En France, les transports, en particulier routier, sont la première source de gaz à effet de serre, le moteur du réchauffement climatique. Aujourd'hui, "la France n'est pas dans les clous de ses objectifs climatiques, avec 2 postes qui ne baissent pas, l'agriculture et les transports", rappelle-t-il, avant de lâcher :

"Construire une autoroute alors qu'on doit baisser massivement les émissions de gaz à effet de serre des transports, c'est un non-sens."

Christophe Cassou, climatologue

à franceinfo

Le scientifique insiste par ailleurs sur le fait que les politiques actuelles nous conduisent vers un réchauffement de +4°C en France vers 2080. Dans ce scénario, l'été 2022, marqué par la sécheresse et les incendies, sera un "été froid". "Comme scientifique, on sait ce qui va se passer, on a l'impression d'être impuissant", témoigne-t-il.

"Nous serons là, derrière chaque brin d'herbe"

Plusieurs responsables politiques nationaux, comme Manuel Bompard, député et coordinateur de La France insoumise, ou Sandrine Rousseau, députée Europe-Ecologie-Les Verts, ont également fait le déplacement dans le Tarn. "On a une urgence, c'est de prendre en compte la contrainte climatique. On fait croire aux gens qu'ils pourront continuer à prendre leur voiture comme avant, c'est dystopique", a expliqué l'élue devant la presse.

Après une marche au milieu de la réserve naturelle régionale de Cambounet-sur-le-Sor (Tarn), les manifestants ont rejoint la RN126, jusqu'au contournement de Soual. Malgré la présence dans le cortège de blacks blocks, aucun affrontement n'a éclaté samedi après-midi avec les forces de l'ordre, discrètes tout au long du parcours. "Le préfet a tenu parole", apprécie Thomas Digard, membre de La Voie est libre. Contrairement à Sainte-Soline, la manifestation de Saïx était déclarée et l'itinéraire négocié avec la préfecture.

Dans leur communiqué final, les organisateurs se félicitent de "la réussite d'une mobilisation historique". Ils promettent de ne "pas s'arrêter là", avec le dépôt d'un recours en annulation de l'autorisation environnementale accordée au projet. A la tribune, un représentant d'Extinction Rébellion a prévenu : "Nous serons là, derrière chaque brin d'herbe, chaque platane et chaque machine". Le week-end de mobilisation se poursuit dimanche 23 avril avec des tables rondes et des ateliers pour créer un jardin maraîcher.

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