Incendies en France : "Notre stratégie évolue face à la nécessité d'économiser de l'eau", explique un représentant des pompiers

Les sécheresses favorisent les feux tout en diminuant le stock d'eau disponible. Face à ces enjeux, les secours s'adaptent.
Article rédigé par Camille Adaoust - Propos recueillis par
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 2 min
Des pompiers luttent contre un incendie à Cerbère (Pyrénées-Orientales), le 17 avril 2023. (LORENA SOPENA / ANADOLU AGENCY / AFP)

En plein mois d'avril, près de 1 000 hectares ont brûlé dans les Pyrénées-Orientales. Un violent incendie s'est déclaré entre Cerbère et Banyuls-sur-Mer, dimanche 16 avril, dans un contexte de forte sécheresse. Un incendie de cette ampleur s'avère particulièrement précoce à cette période de l'année.

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Avec le changement climatique, les conditions favorisent les départs de feux. "Avant, on avait une saison de feux de forêts. Maintenant, c'est sur toute une année", alerte Aurélien Manenc, représentant de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, affilié au département de l'Hérault. Il explique à franceinfo comment les secours adaptent leur action en conséquence.

Franceinfo : Avec le changement climatique, est-ce que la saison des feux s'est étendue ? 

Aurélien Manenc : On a l'habitude des feux pendant la période hivernale. Mais au mois d'avril d'habitude, la végétation est plus verte. Là, ce qu'on constate, c'est que c'est très sec et que des incendies éclosent un petit peu partout. Avant, on avait une saison de feux de forêts. Maintenant, c'est sur toute une année. On pressent qu'à l'avenir, il y en aura un petit peu tout le temps. 

Devez-vous adapter les moyens mis en place pour lutter contre les incendies ? 

Notre stratégie évolue face à la nécessité d'économiser de l'eau. Historiquement, les pompiers utilisaient les poteaux d'incendie dans les communes. Il y a quelques années, on s'est rendu compte que prendre l'eau potable pour éteindre les feux n'était pas une bonne chose. Les massifs ont donc été aménagés avec des citernes, contenant entre 30 et 60 m3 d'eau, placées à proximité et à l'intérieur des forêts. On a aussi commencé à recenser tous les points d'eau naturels en surface (rivières, fleuves, lacs...). On a également des lances qui diffusent des gouttes plus fines.

Avec les sécheresses, le niveau du stock d'eau est-il inquiétant ? 

On sait que les cours d'eau et les lacs, par endroits, ont de moins en moins d'eau. Par exemple, 40% des points d'eau naturels recensés dans les Pyrénées-Orientales sont à sec actuellement. On adapte notre dispositif de lutte au fur et à mesure. On fait une mise à jour quotidienne pour savoir où aller en cas d'incendie. 

On mène aussi un gros travail avec les propriétaires forestiers pour les équiper en moyens de lutte : accès, réserves en citernes, zones de coupe-feu... L'aménagement global de la forêt est à repenser à la lumière du changement climatique. 

Les feux s'étalent dans l'année, mais aussi dans l'espace. On voit de plus en plus d'incendies dans la partie nord de la France. Comment faites-vous face à cette évolution ? 

Traditionnellement, les feux touchent en effet le sud du pays. Mais l'an dernier, on a eu des feux dans le Jura, en Bretagne... Or d'habitude, les moyens venaient du Nord pour renforcer le Sud en saison des feux. On atteint les limites de notre capacité à répondre.

Il faut donc renforcer les moyens matériels et humains. Cette année, après l'appel des sapeurs-pompiers, le gouvernement a annoncé des moyens supplémentaires. On a des recrutements sur l'ensemble des départements et des moyens en hausse. C'est nécessaire pour se préparer à faire face. 

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