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Reportage Avant la COP26, la jeunesse tient sa propre conférence-climat à Glasgow et somme les dirigeants de lui "laisser un avenir"

Article rédigé par Camille Adaoust - envoyée spéciale à Glasgow
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Des activistes et des membres de Youngo discutent lors d'une session de la conférence-climat de la jeunesse, avant la COP26 à Glasgow (Ecosse), le 29 octobre 2021. (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

La Conférence de la jeunesse (COY) réunit des jeunes âgés de moins de 30 ans, venus du monde entier pour s'accorder sur des demandes à transmettre aux dirigeants. Franceinfo s'y est rendu.

Julieta Marino, 24 ans, a grandi à Misiones, en Argentine, "près de la forêt tropicale". "Au cours de ma vie, j'ai vu le paysage changer, j'ai vu mon environnement être dévasté", raconte-t-elle. Amalen Sathanantar, 28 ans, est malaisien. "La maison de ma famille à Kuantan est au bord de la plage. Je ne pourrai jamais en hériter à cause de la montée des eaux", regrette-t-il. D'ordinaire séparés par le Pacifique, ces deux jeunes militants se sont retrouvés à Glasgow (Royaume-Uni). Ils participent, jusqu'au dimanche 31 octobre, à la 16e Conférence de la jeunesse sur le climat (COY) des Nations unies, organisée en amont de la COP26.

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"Voir ces dégâts m'a poussée à m'impliquer, de plus en plus", explique Julieta Marino à franceinfo. Depuis un an, elle participe à l'organisation de l'événement. Ce vendredi, elle marche à toute allure dans les larges couloirs blancs du bâtiment d'architecture de l'université de Strathclyde, qui abrite la conférence. Elle est souvent interrompue dans sa course par des retrouvailles avec un autre membre de la conférence ou des indications à donner à un participant perdu.

"Un sentiment d'urgence que eux n'ont pas"

Direction le grand amphithéâtre 325 pour une visioconférence avec la ministre écossaise de l'Environnement, Mairi McAllan, dont le visage est projeté sur des écrans géants. Mesures de distanciation obligent, un siège sur deux est vide. Mais malgré les limites imposées par le Covid-19, les jeunes présents, comme ceux qui assistent à distance à l'événement, ne manquent pas de questions. "Comment faire quand nos gouvernements ne nous suivent pas ?" lui lance une jeune Mexicaine dans l'assemblée. "Je suis désolée que vous ressentiez ça", répond la ministre.

La ministre écossaise de l'Environnement Mairi McAllan s'exprime devant des délégués de la COY16 à Glasgow (Ecosse), le 29 octobre 2021. (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

Cette remarque sur l'inaction des dirigeants trouve écho dans les allées de la conférence, empruntées par la centaine de volontaires et les quelque 200 délégués nationaux de la COY. Lycéens, étudiants ou jeunes travailleurs... Ils n'ont pas plus de 30 ans, mais s'affirment : "Nous ne sommes pas des enfants qui crions juste fort. Nous sommes informés, nous suivons la science. Même si nous n'avons pas leurs années d'expérience, nous avons ce sentiment d'urgence que eux n'ont pas", défend Julieta Marino, étudiante en relations internationales.

"Nous voyons la réalité en face, c'est pourquoi nous attendons désespérément de vraies mesures."

Julieta Marino, porte-parole de la COY

à franceinfo

"Nous demandons aux dirigeants de nous laisser un avenir", surenchérit Xan Northcott, Londonien de 26 ans. Pour faire entendre sa voix à la COP26, il assiste dans une autre salle à un atelier sur le lobbying. L'ambiance est studieuse, telle un cours en travaux dirigés. Les participants travaillent en petits groupes sous les ordres des bénévoles de Youngo, la branche jeunesse de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui organise l'événement.

"Qu'est ce que le lobby et pourquoi en faire ?", se demandent les participants de la COY à Glasgow (Ecosse), le 29 octobre 2021. (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

Plus tard, les mêmes se retrouveront en salle 423 pour écouter une conférence sur la manière dont "la participation de la jeunesse à la politique peut aider à combattre le changement climatique". Pour Manon Frezouls, une Française de 26 ans, la réponse tient en quelques mots : "La détermination qu'on voit ici, c'est parce qu'on a compris qu'on n'a plus le choix. La différence [avec la COP], c'est que la jeunesse ne prend plus l'action comme une option." Si son emploi à l'Unesco touche aussi à l'articulation entre jeunesse et environnement, elle a voulu "en faire plus" en participant à la COY.

Une déclaration mondiale de la jeunesse

Bien convaincus d'avoir un rôle à jouer dans les négociations qui se dérouleront entre Etats à quelques kilomètres de là, ces jeunes sont réunis pour s'accorder sur une "déclaration mondiale de la jeunesse". Le document, objectif principal de cette conférence, comprend les demandes de jeunes des quatre coins du monde. "On a voulu être le plus inclusif possible, parce que tous ne peuvent pas venir jusqu'ici. On a donc collecté en amont la voix des jeunes de 140 pays sur le terrain", en passant par les universités et d'autres structures volontaires, expose Manon Frezouls, qui a participé à cette récolte. "Transports, déchets... Toutes les demandes convergent vers le même objectif : trouver rapidement des solutions pour contrer la crise climatique et rester en dessous du 1,5 °C de l'accord de Paris", poursuit Hélène, déléguée pour la France.

Le document a été remis en mains propres à Alok Sharma, président de la COP26, avant d'être présenté, le 5 novembre par Youngo, aux délégations du monde entier, lors d'une journée dédiée à la jeunesse à la COP. Leurs revendications y seront-elles entendues ? Amalen Sathanantar a des doutes. "Ils nous donnent un espace pour nous exprimer, mais à la fin de la journée, ce n'est que de la poudre aux yeux. Qu'est-ce qui résulte de nos discussions ? Ça reste assez flou", soupire cet étudiant qui en est à sa cinquième COY et se dit "désillusionné". Cette année, le rendu de la déclaration aura l'avantage d'être appuyé par une manifestation de la jeunesse à Glasgow. Le pays-hôte leur promet, par l'intermédiaire de sa ministre de l'Environnement : "Nous sommes tous derrière vous !"

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