Liste des espèces en danger : "On peut vraiment faire revenir de la biodiversité si on prête un peu attention" plaide le président du Muséum National d'Histoire Naturelle

L’Union internationale pour la conservation de la nature a mis à jour ce jeudi 21 juillet sa liste des espèces menacées dans le monde. En 2022, sur près de 150 000 espèces étudiées, plus de 41 000 sont considérées en danger.



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Radio France
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Un papillon monarque dans la province de Puntarenas au Coasta Rica, en 2014. (LAUNETTE FLORIAN / MAXPPP)

La liste des espèces en danger de l'Union Internationale pour la conservation de la nature (UICN) a été mise à jour, et ce sont au total plus de 41 000 espèces qui sont classées en danger d'extinction cette année sur 150 000 étudiées, soit 3 000 de plus que l'année dernière. Parmi elles, l'emblématique papillon monarque en Amérique du Nord, migrateur infatigable atteint par la multiplication des feux de forêts et la destruction de son habitat. Bruno David est président du Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN), auteur avec Guillaume Lecointre du livre "Le monde vivant " (Grasset, mai 2022). S'il trouve cette situation "très triste", il note que les mesures de conservation fonctionnent quand elles sont appliquées, apportant une forme d'optimisme.

franceinfo : Qu'est ce qui menace l'espèce du papillon monarque aujourd'hui ?

Bruno David Il faut voir que sur le continent américain, 84% de sa population a disparu à l'est et 99,9% sur l'ouest. Il n'en reste presque plus. On est passé d'un million à un millier de papillons seulement alors qu'ils couvraient des arbres entiers. Ils se pendaient aux branches en d'énormes grappes de papillons absolument magnifiques en Californie ou au Mexique. Tout ça, c'est lié à différents facteurs : ne serait-ce que la petite plante sur laquelle ils pondent au Mexique qui ne se porte pas très bien. Il faut ajouter que les animaux migrateurs sont plus fragiles que les autres parce qu'ils ont besoin de pouvoir survivre tout le long de leurs couloirs de migration. Pour les monarques, c'est 4000 km. Il faut donc que les conditions soient bonnes sur ces 4000 km. Ils descendent en une génération vers le sud et après, il faut plusieurs générations pour remonter vers le nord, ce qui en fait une migration assez compliquée. Tout ça suppose que chacun des stades intermédiaires trouve un environnement qui convient à sa survie et c'est de moins en moins le cas. Il suffit que la chaîne soit coupée à un endroit et ça ne fonctionne plus.

Quelles autres espèces sont principalement menacées aujourd'hui ?

Si on prend par grandes catégories les espèces les plus menacées, chez les vertébrés ce sont les amphibiens : tous ceux qui dépendent beaucoup des milieux humides. Les grenouilles, les crapauds, les tritons, les salamandres, toutes ces espèces d'amphibiens sont globalement menacées. Après, on a quelques espèces de grands poissons. Je rappelle le cas de la spatule chinoise qui était le plus grand d'eau douce, qui pouvait faire jusqu'à sept mètres de long et 450 kilos et qui a été déclaré officiellement disparu en 2019. C'est un poisson qui vivait uniquement dans le Yang-tsé, en Chine, et Pékin n'en a interdit la pêche qu'en 2020. Il y a une forme de cynisme là, qui désespère un peu.

A l'inverse, on apprend que les tigres sauvages, eux, sont 40% plus nombreux dans le monde qu'on ne le pensait jusque là. Comment l'explique-t-on ?

C'est parce qu'on a des mesures de préservation. On peut vraiment faire revenir de la biodiversité si on prête un peu attention aux choses, si on fait attention à l'occupation des espaces, si on fait attention à la pollution, etc. Le réchauffement climatique nous échappe un peu, c'est plus global, mais si on fait attention à un certain nombre de facteurs qui exercent des pressions fortes sur la biodiversité, elle est résiliente et peut revenir. Ca doit donc nous rendre optimiste. Depuis quelques temps, l'UICN a d'ailleurs ajouté une liste verte à sa liste rouge, pour montrer les espèces qui sortent la liste rouge et qui sont de nouveau considérées comme étant moins en danger.

Ça veut aussi dire qu'il faut être optimiste parce que ça signifie que que si on fait attention, ça marche".

Bruno David, président du Muséum National d'Histoire Naturelle

franceinfo

Une espèce peut redevenir pérenne, tant qu'on n'a pas dépassé un seuil bas, évidemment. Si on descend en dessous d'un certain seuil, c'est plus possible : les individus ne peuvent plus se reproduire entre eux et donc on arrive à une extinction totale de l'espèce. Mais sinon oui, il y a toujours de l'espoir. On peut faire attention. C'est plus facile pour nous de s'occuper des grosses bêtes que des petites bêtes. Mais ce qu'il faut, c'est vraiment préserver les habitats, préserver les écosystèmes, parce qu'à ce moment là on sait qu'on préserve un petit peu tout le monde.

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