Démission de Nicolas Hulot : trois questions pour comprendre la réforme de la chasse qui a précipité le départ du ministre

Le prix du permis national de chasse sera bien divisé par deux, dans le cadre d'une plus vaste réforme de la chasse qui inquiète des associations de défense de l'environnement.

Une séance de formation suivie par des chasseurs qui viennent d\'obtenir leur permis de chasse, à Belval-Bois-des-Dames (Ardennes), le 22 août 2018. 
Une séance de formation suivie par des chasseurs qui viennent d'obtenir leur permis de chasse, à Belval-Bois-des-Dames (Ardennes), le 22 août 2018.  (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Cet été, déjà, le dossier de la chasse faisait sortir Nicolas Hulot de ses gonds : le sujet avait donné lieu à des échanges peu amènes avec Brigitte Bardot, fondatrice de l’association éponyme d’aide à la protection des animaux, qui l'avait accusé d'être un "trouillard" sur le dossier de la chasse et appelé à sa démission. C'est encore ce dossier qui a précipité la décision du ministre de quitter le gouvernement d'Édouard Philippe, mardi 28 août. Au micro de France Inter, il a expliqué avoir été heurté par la présence d'un lobbyiste, ancien conseiller d'Emmanuel Macron, lors d'une réunion consacrée à la réforme de la chasse.

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Lors de cette rencontre, Emmanuel Macron a notamment accepté de diviser par deux le prix du permis national de chasse, de 400 à 200 euros, ainsi que la mise en place d'une gestion adaptative des espèces chassables et d'une police rurale. On vous résume les décisions prises lors de cette réunion.

Qu'ont obtenu les chasseurs ? 

• La baisse du coût du permis de chasse. Elle concerne le permis national qui, contrairement au départemental, permet de chasser sur tout le territoire. Il n'est possédé que par environ 10% des quelque 1,2 million de Français qui pratiquent la chasse chaque année, selon la Fédération nationale des chasseurs (FNC). "Cela rendra plus mobiles les chasseurs, notamment pour aller prélever davantage de sangliers comme le recommandent de nombreux agriculteurs", indique Thierry Coste, conseiller politique pour le compte de la FNC, au FigaroCette baisse n'était pas vraiment une surprise, dans la mesure où le président avait donné en février son feu vert à une réflexion sur le sujet.

• Une nouvelle "gestion adaptative des espèces". C'est sur ce volet de la réforme que se focalisent les préoccupations des défenseurs de l'environnement. Elle vise à ajuster le plus finement possible les quotas de prélèvements des différentes espèces en fonction de leur population et des dégâts provoqués par ces animaux. Willy Schraen, président de la FNC, dans Le Figaro, y voit une mesure de "bon sens" pour développer une chasse moderne en allant vers davantage de souplesse.

• La mise en place d'une "police rurale". Elle répond à une préconisation de la FNC. "Il s'agirait d'un véritable gendarme de l'environnement aux compétences élargies au sein de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage. Il cumulerait les fonctions de protection de la biodiversité, de la politique de l'eau, des pesticides et de garde-pêche et bien évidemment de garde-chasse", explique Thierry Coste au FigaroL'exécutif se donne deux ans, soit à l’été 2020, pour achever une fusion des différents organismes publics chargés de la protection de la faune, du contrôle de la qualité de l’eau ou de la lutte contre les dépôts d’ordures sauvages, qui doit permettre de "mieux surveiller et d’encadrer les pratiques de la chasse", précise l’Élysée.

Pourquoi cette réforme suscite-t-elle les critiques de défenseurs de l'environnement ? 

Plusieurs associations de défense de l'environnement craignent que la réforme ouvre à la chasse des espèces aujourd'hui protégées. Elles souhaitent au contraire que la nouvelle formule ne puisse permettre que de diminuer des quotas de chasse existants.

"C'est du clientélisme pathétique", dénonce sur franceinfo Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux. À titre d'exemple, sur les "64 espèces d'oiseaux" chassées en France, "il y en a 20 qui sont sur la liste rouge des espèces menacées, qui sont en agonie et que, pourtant, on chasse". Il réclame leur retrait immédiat du "tableau de chasse""Taper sur des espèces qui sont déjà en déclin est inacceptable, poursuit-il. Par exemple, le président de la République veut autoriser le prolongement de la chasse aux oies et à d'autres espèces au mois de février. C'est inacceptable !"

Pourquoi cette réunion a-t-elle conduit à la démission de Nicolas Hulot ? 

"Ne pensons pas que ma décision vient simplement d'une divergence sur la réforme de la chasse", a assuré Nicolas Hulot sur France Inter. Mais c'est tout de même la présence d'un invité surprise qui a déclenché la colère du ministre. Pour Nicolas Hulot, cette réunion était l'occasion de discuter d'"une réforme importante pour les chasseurs, mais surtout pour la biodiversité". "Et j'ai découvert la présence d'un lobbyiste qui n'était pas invité à cette réunion", a-t-il expliqué sur France Inter. Il s'agit de Thierry Coste, qui fut conseiller d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. "C'est symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles de pouvoir", dénonce-t-il.

La réunion s'était pourtant "bien passée", "comme une réunion qui peut regrouper des chasseurs et leur ministre, devant le chef de l’État", commente pour franceinfo Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs. "Il n'y a pas eu de cris ou de bras en l’air, poursuit-il. Je n'ai pas compris son annonce ce matin qui dit qu’il y a une goutte qui a fait déborder le vase. (...) Thierry Coste n’a pas dit un mot hier ! Et il m’accompagne partout quand je rencontre le gouvernement. Ils se connaissent personnellement et se sont même serré la main." Il assure n'avoir pas senti Nicolas Hulot "sur la défensive" à cette occasion.