Dix agents secrets installés aux Etats-Unis et travaillant pour Moscou ont été expulsés vers la Russie vendredi

En échange, Moscou a libéré quatre prisonniers condamnés pour contacts avec des services d'espionnage occidentaux. Il s'agit du plus grand échange d'espions entre les deux pays depuis la fin de la Guerre froide.Les dix suspects des USA ont plaidé coupable jeudi et reconnu être des agents secrets travaillant pour le compte de la Russie.

L\'avion de la Vision Airlines, supposé transporter les 10 espions russes à l\'aéroport de Vienne - 09/07/10
L'avion de la Vision Airlines, supposé transporter les 10 espions russes à l'aéroport de Vienne - 09/07/10 (AFP Dieter Nagl)

En échange, Moscou a libéré quatre prisonniers condamnés pour contacts avec des services d'espionnage occidentaux. Il s'agit du plus grand échange d'espions entre les deux pays depuis la fin de la Guerre froide.

Les dix suspects des USA ont plaidé coupable jeudi et reconnu être des agents secrets travaillant pour le compte de la Russie.

Ils ont atterri sur l'aéroport Domodedovo de Moscou vendredi après-midi, en provenance de Vienne. L'échange était intervenu sur le tarmac de l'aéroport de Vienne. Un appareil américain, venu de l'aéroport de New York-La Guardia, s'y était posé le matin à côté d'un avion officiel russe. Selon ces témoins, les agents secrets ont été transférés d'un appareil à l'autre à bord d'un petit car de couleur noire et aux vitres teintées.

Cet accord d'échange devrait mettre un terme à une affaire lancée le mois dernier avec l'arrestation par le FBI de dix personnes qui menaient une double vie, celle de citoyens ordinaires en même temps que celle d'agents secrets.

Le Kremlin et la Maison blanche se sont efforcés d'éviter que les arrestations n'aient des retombées négatives sur leurs relations, qui s'améliorent depuis l'arrivée de Barack Obama, lequel a décidé une "remise à plat" des rapports avec Moscou. Obama, qui a reçu le président russe Dmitri Medvedev en juin, a besoin de son appui dans ses efforts pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme atomique et pour maintenir les voies d'approvisionnement aux forces occidentales en Afghanistan. La Russie, de son côté, a besoin du soutien de Washington pour adhérer à l'Organisation mondiale du commerce.

Cinq des suspects installés aux USA ont révélé leur véritable identité pour la première fois publiquement et la totalité, sauf un - la journaliste péruvienne Vicky Pelaez - ont dit avoir la nationalité russe. Le couple connu sous les noms de Richard et Cynthia Murphy, par exemple, a dévoilé s'appeler Vladimir et Lidia Gouriev. Donald Howard Heathfield s'appelle en fait Andreï Bezroukov et Tracey Lee Ann Foley est Elena Vavilova. Julan Lazaro est Mikhaïl Anatololievitch Vassemkov. Vladimir Gouriev a déclaré devant la justice se trouver aux Etats-Unis depuis le début des années 1990.

Les dix suspects ont écopé d'une peine de réclusion d'une durée équivalant à ce qu'ils ont déjà purgé, à savoir 11 jours depuis leurs arrestations le 27 juin. Ils ont été par ailleurs blanchis des accusations de blanchiment d'argent qui avaient été retenues contre eux.

Le cas de Soutiaguine, un des 4 espions russes libérés par Moscou
Parmi les quatre Russes libérés par Moscou figure Igor Soutiaguine, un expert russe en armement stratégique condamné à 15 ans de camp en régime sévère en 2004 pour espionnage au profit des Etats-Unis. Ce chercheur a été gracié contre des aveux par le président russe Dmitri Medvedev dans la nuit de jeudi à vendredi. Mais il est "accablé" car il a été "contraint" à ces aveux alors qu'il a toujours clamé son innocence.

Un haut responsable américain a souligné, sous couvert de l'anonymat, que les quatre personnes "n'avaient eu d'autres choix" que de signer des aveux pour obtenir leur libération.

Amnesty a mis en cause vendredi la Russie, dénonçant "un exil forcé" pour Soutiaguine. "Tout accord sur la libération du chercheur Igor Soutiaguine, qui le contraindrait à quitter la Russie contre son gré, sera considéré comme un exil forcé, ce qui est interdit par les lois internationales", a déclaré dans un communiqué l'organisation de défense des droits de l'Homme.

Les trois autres Russes libérés par Moscou sont Sergueï Skripal, un ex-colonel du renseignement militaire condamné à 13 ans de détention pour avoir travaillé avec les services britanniques, et un ex-responsable du SVR, Alexandre Zaporojski condamné à 18 ans de camp pour avoir transmis des informations à la CIA. Le quatrième, Guennadi Vassilenko, est un ancien agent du KGB reconverti dans la sécurité privée. Officiellement, il a été condamné en 2006 à trois ans de prison pour des délits sans rapport avec l'univers du renseignement.

Ces agents secrets auraient atterri en Angleterre.