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Quatre questions sur les missiles balistiques intercontinentaux que teste la Corée du Nord

Pyongyang affirme avoir réussi, mardi, un test "historique" : celui du Hwasong-14, un missile balistique intercontinental capable, théoriquement, de parcourir plus de 6 000 km.

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Un missile balistique Hwasong-12 tiré le 14 mai 2017 depuis la Corée du Nord. (KCNA VIA KNS / AFP)

Ce serait une percée majeure dans les efforts déployés par la Corée du Nord pour menacer les Etats-Unis du feu nucléaire. Pyongyang a affirmé, mardi 4 juillet, avoir testé avec succès un missile balistique intercontinental. Le jour même de la fête nationale américaine. Une annonce qui a renforcé l'inquiétude du Japon, de la Corée du Sud et des Etats-Unis face au potentiel arsenal militaire de la Corée du Nord. Franceinfo se penche en quatre questions sur ces missiles à longue portée.

Qu'est-ce qu'un missile balistique ?

Un missile balistique ressemble à une fusée, comme celles envoyées dans l'espace. La tête renferme la ou les ogives, le carburant est stocké dans le corps et, à la base, se trouvent les moteurs qui le propulsent dans les airs. 

Le fonctionnement est le suivant : propulsé, le missile prend de l'altitude et, une fois la phase de propulsion terminée, il se sépare en deux. Le ou les ogives retombent alors sur terre, attirées par la gravité. La trajectoire décrit une courbe en cloche, jusqu'à la cible. Le principe est peu ou prou le même que celui d'un javelot. Plus on lance vite, plus le missile va loin. 

Il existe quatre catégories de missiles balistiques : à courte portée (800 km), à moyenne portée (entre 1 000 et 3 000 km), à portée intermédiaire (entre 2 400 et 6 400 km) et à longue portée ou intercontinental (entre 6 000 et 13 000 km).

Photo d'un test de missile balistique diffusée le 30 mai 2017 par l'agence officielle nord-coréenne KCNA. Le lieu exact de ce décollage est inconnu. (STR / KCNA VIA KNS)

De quels types de missiles disposent la Corée du Nord ?

Dès la fin des années 1970, la Corée du Nord a développé son arsenal de missiles en copiant des modèles soviétiques. Des années 1980 aux années 1990, Pyongyang n'a eu de cesse de tenter d'augmenter leur portée : Scud-B (300 km), Scud-C (500 km), Rodong-1 (1 300 km), Taepodong-1 (2 500 km), Musudan-1 (3 000 km) et le Taepodong-2 (6 700 km). Le Musudan-1 n'a toutefois jamais été testé et les trois essais du Taepodong-2 ont échoué.

Un missile balistique intercontinental KN-08, présenté lors d'une parade militaire à Pyongyang, le 10 octobre 2015. (JOERN PETRING / DPA)

Pendant les années 2000, la Corée du Nord a poursuivi ses tirs d'essai de missiles, malgré un bref moratoire décrété dans le cadre de négociations avec les Etats-Unis et en dépit d'une succession de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies demandant l'arrêt du programme de missiles balistiques nord-coréen. 

A partir de la fin des années 2000, la Corée du Nord a commencé à lancer des fusées spatiales, notamment l'Unha-3. Selon Pyongyang, il s'agissait à chaque fois de mettre sur orbite un satellite. Mais pour la communauté internationale, ces tirs étaient des tests de missiles balistiques à longue portée. Le régime nord-coréen a également procédé à des tests de missiles de portée de plus en plus longue : le Pukguksong-2 (2 000 km environ) et le Hwasong-12 (4 500 km)

>>Quelle est la véritable capacité militaire de la Corée du Nord ?

Pourquoi l'arsenal nord-coréen fait-il si peur ?

Les missiles balistiques de la Corée du Nord –même à courte portée– sont une menace directe pour les pays voisins, à commencer par la Corée du Sud dont la capitale, Séoul, n'est qu'à 120 km environ des pas de tirs nord-coréens. Mais en augmentant la portée de ses armes, Pyongyang a peu à peu étendu sa menace au reste du monde : Pékin est à 800 km à vol de missile, Tokyo à 1 000 km environ. Le nombre total de missiles dont dispose le pays est estimé à plusieurs centaines voire à un peu plus d'un millier.

>> CARTE. Quels pays sont à portée des missiles nord-coréens ?

Dès avril 2009, la Corée du Nord est en outre parvenue à lancer une fusée à longue portée qui a survolé le Japon, avant de tomber dans le Pacifique. En août 2016, pour la première fois, Pyongyang a tiré un missile balistique dans les eaux japonaises. Et en mai dernier, un missile nord-coréen a parcouru 700 km avant de tomber en mer du Japon. Les experts pensent que ce projectile a une portée potentielle de 4 500 km et peut donc atteindre les bases américaines de Guam, dans le Pacifique.

Le missile tiré mardi 4 juillet, présenté comme un modèle Hwasong-14, est allé encore plus loin : 930 km. Les experts pensent même que sa portée est de 6 700 km. Il pourrait donc atteindre une cible aussi éloignée que l'Alaska, l'Australie, l'Inde ou la Russie occidentale. 

L'objectif du régime nord-coréen est de disposer d'un missile balistique intercontinental qui mettrait la côte nord-ouest des Etats-Unis et l'Europe –au moins jusqu'au sud-ouest de la France– à portée de tir.  Mais pour l'heure, les analystes doutent de la maîtrise réelle par Pyongyang de la technologie de rentrée dans l'atmosphère nécessaire à un missile intercontinental.

Photo non datée, diffusée par l'agence officielle nord-coréenne KCNA le 30 mai 2017, montrant un test de missile balistique. (STR / KCNA VIA KNS)

Les missiles nord-coréens ont-ils des ogives nucléaires ? 

Pour un Etat, les missiles balistiques à longue portée sont l'un des éléments-clés de la dissuasion nucléaire. Leur tête peut en effet contenir une ogive nucléaire. Et ces missiles vont surtout plus vite, plus haut et plus loin qu'un missile nucléaire tactique ou qu'une bombe nucléaire larguée depuis un avion. Ils peuvent donc atteindre des cibles très éloignées et sont difficiles à intercepter.

Mais pour tenir dans une ogive, placée dans la tête d'un missile balistique, une arme nucléaire doit être miniaturisée. Or, les experts doutent que Pyongyang ait atteint ce degré d'avancée technologique. Tous s'accordent en revanche sur les progrès remarquables des programmes balistique et nucléaire de l'un des Etats les plus isolés au monde, depuis l'arrivée de Kim Jong-un au pouvoir, fin 2011. 

"Ils ont procédé à cinq essais, donc on peut dire qu'ils disposent de la capacité de faire une détonation nucléaire", assure à franceinfo Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique. "Mais on ne sait pas s'ils savent miniaturiser l'arme pour la placer sur un missile." Or "c'est la condition à ce qu'elle soit utilisée concrètement. Aujourd'hui, on ne peut plus imaginer larguer une bombe nucléaire par avion". 

Si la Corée du Nord réussissait à relever ce défi technique, elle serait en mesure de procéder à un bombardement nucléaire. 

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