Corée du Nord : la menace nucléaire est-elle à prendre au sérieux ?

L'armée nord-coréenne affirme que les Américains seront "écrasés" par des "moyens de frappe nucléaire". Mais selon plusieurs spécialistes, il s'agit avant tout d'un vaste bluff.

Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un, entouré de responsables militaires, le 29 mars 2013.
Le dictateur nord-coréen Kim Jong-un, entouré de responsables militaires, le 29 mars 2013. ( MAXPPP)

Jour après jour, l'escalade verbale de la Corée du Nord contre celle du Sud et contre les Etats-Unis se poursuit. Dernière provocation en date : l'armée de Pyongyang a annoncé, mercredi 3 avril, qu'elle avait reçu l'approbation finale des autorités du pays pour déclencher des opérations militaires contre les Etats-Unis, y compris d'éventuelles frappes nucléaires. Mais cette menace est-elle à prendre au sérieux ?

Que dit exactement l'armée nord-coréenne ? 

Dans un communiqué, l'état-major général de l'armée nord-coréenne déclare informer officiellement Washington que les Américains seront "écrasés" par des "moyens de frappe nucléaire". "L'opération impitoyable" des forces nord-coréennes "a été définitivement examinée et ratifiée", affirme l'armée, selon qui une guerre pourrait éclater "aujourd'hui ou demain".

"Les Etats-Unis feraient mieux de réfléchir sur la grave situation actuelle", ajoute-t-elle, jugeant que les vols de bombardiers B-52 et B-2 américains au-dessus de la Corée du Sud étaient à l'origine de l'aggravation de la crise.

La Corée du Nord peut-elle atteindre les Etats-Unis ?

Malgré l'essai considéré comme réussi d'un tir de missile en décembre, la Corée du Nord n'est pas considérée à ce stade capable de frapper directement le territoire américain.

"La plupart des experts balistiques ou en armement nucléaire estiment qu'ils n'ont pas les moyens de frapper l'Amérique continentale. Pour Hawaï, c'est peu probable. Cette fois, ils ont rapproché les cibles en citant l'île de Guam et le sud-est de l'île d'Okinawa, au Japon. Mais les Nord-Coréens savent qu'ils seraient immédiatement vitrifiés après une attaque contre les Etats-Unis", analyse l'historien Pierre Rigoulot, dans un entretien à francetv info.

Comment réagit Washington ?

"Nous avons vu aujourd'hui une nouvelle déclaration de la Corée du Nord, qui brandit encore une fois une menace non constructive", réagit, côté américain, la porte-parole du Conseil national de sécurité, Caitlin Hayden, parlant d'"une nouvelle déclaration provocante qui isole encore un peu plus la Corée du Nord du reste de la communauté internationale".

"La Corée du Nord devrait arrêter ses menaces provocantes et plutôt essayer de se conformer à ses obligations internationales", ajoute Caitlin Hayden. Peu avant cette annonce de l'armée nord-coréenne, diffusée mercredi après-midi aux Etats-Unis, le Pentagone a annoncé l'envoi d'une batterie antimissile THAAD sur l'île de Guam, d'où décollent les B-52 qui ont survolé la Corée du Sud. Cette défense s'ajoute à deux destroyers antimissile américains déployés dans le Pacifique occidental.

Pourquoi Pyongyang brandit-il ces menaces ?

Pour l'historien Pierre Rigoulot, le dictateur Kim Jong-un "cherche peut-être à montrer qu'il est capable de diriger l'armée, de prendre la suite de son père et de son grand-père". Auteur des Aquariums de Pyongyang, l'historien se demande aussi "pourquoi il y a une telle insistance sur le rôle de l'armée. (...) Peut-être faut-il montrer ses muscles, avec une volonté de faire la part belle à l'armée ?"

Dans un entretien au site MyTFNews, Olivier Guillard, directeur des recherches Asie à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), juge qu'il s'agit aussi pour Pyongyang "d'instiller le doute dans l'esprit des Etats-Unis, mais aussi de la Chine ou de la Russie". "A force d'entendre le régime de Pyonyang affirmer qu'il va attaquer, ils pourraient finir par penser qu'il va réellement le faire un jour, analyse-t-il. Cela ressemble à un pari des deux côtés. Mais il est plus difficile à assumer par celui qui pourrait être attaqué."