Corée du Nord : "La communauté internationale ne dispose pas d'un traitement face à ce genre de crise"

Pour le spécialiste des relations internationales Bertrand Badie, la communauté internationale ne peut pas grand chose face aux tirs de missiles nord-coréens et "n'a pas les moyens d'empêcher un Etat d'accéder au rang de puissance nucléaire".

Dans une rue de Séoul, en Corée du Sud, la télévision sud-coréenne annonce le nouveau tir de missile du régime nord-coréen, le 29 novembre 2017.
Dans une rue de Séoul, en Corée du Sud, la télévision sud-coréenne annonce le nouveau tir de missile du régime nord-coréen, le 29 novembre 2017. (JUNG YEON-JE / AFP)
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franceinfoRadio France

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La Corée du Nord a procédé à un nouveau tir de missile mardi 28 novembre. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un affirme que son nouveau missile intercontinental met "la totalité du continent américain" à sa portée. "La communauté internationale ne dispose pas d'un traitement face à ce genre de crise", explique, mercredi sur franceinfo, Bertrand Badie, politologue, spécialiste des relations internationales, professeur à Sciences Po.

franceinfo : Après ce nouveau tir de missile nord-coréen, Donald Trump a déclaré : "Nous allons nous en occuper". Qu'en pensez-vous ?

Bertrand Badie : Il y a un certain retrait par rapport aux formules extrêmement brutales qu'il avait employées lors du dernier épisode nord-coréen. C'est peut-être aussi l'expression d'un certain embarras. Le fond du problème est assez simple : la communauté internationale ne dispose pas d'un traitement face à ce genre de crise. Elle n'a pas les moyens d'empêcher un Etat d'accéder au rang de puissance nucléaire. L'erreur de Donald Trump est d'avoir trop parlé, de s'être trop avancé, d'avoir exprimé des menaces qui se retournaient contre lui. Maintenant, il est obligé d'admettre par des formules rhétoriques plus ou moins bien choisies qu'il ne peut pas grand-chose.

Pourquoi un tir maintenant ?

Il faut être attentif au timing. Si Kim Jong-Un a choisi ce moment pour réaliser ce nouveau test c'est parce que c'était au moment où Donald Trump avait tourné les talons en vantant sa tournée en Asie et en considérant que celle-ci avait été prometteuse pour l'avenir. À peine rentré chez lui, Kim Jong-Un se rappelle à son bon souvenir. C'est une façon de dire : "Vous ne pouvez rien et même si vous vous entendez avec les puissances internationales vous ne pourrez pas grand-chose contre moi".

L'ONU peut-elle faire plier la Corée du Nord ?

Non. Le Conseil de sécurité ne dispose d'aucun moyen. Depuis la chute du Mur [de Berlin] et la bipolarité, on a cru que l'on avait trouvé la panacée face aux déviants. C'était soit la mesure radicale, qui était l'intervention militaire, soit les sanctions que l'on a déployées contre à peu près tout le monde et dans des directions extrêmement variables. Le résultat a toujours été nul. Nous sommes dans un système international où maintenant le petit et surtout le déviant disposent d'une capacité d'autonomie contre les superpuissances qui ne peuvent pas grand-chose.