Haut-Karabakh : "C'est un crime qui est commis par l'Azerbaïdjan", alerte Hovhannès Guevorkian, le représentant du Haut-Karabakh en France

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Article rédigé par France Info
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"Le Haut-Karabakh est abandonné et nous voyons le résultat", déplore également le représentant du Haut-Karabakh en France, Hovhannès Guevorkian.

"C'est un crime qui est commis par l'Azerbaïdjan", a déclaré ce jeudi sur franceinfo Hovhannès Guevorkian, représentant du Haut-Karabakh en France, alors que l'Arménie appelle la communauté internationale à "agir", face au "nettoyage ethnique", au Nagorny Karabakh et que l'exil se poursuit.

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franceinfo : Estimez-vous qu'un nettoyage ethnique est en cours ?

Hovhannès Guevorkian : Oui, un nettoyage ethnique est en cours. Nous parlons de 70 000 personnes qui ont déjà quitté le territoire du Haut-Karabakh sur une population de 120 000 personnes. Les Arméniens continuent à arriver en Arménie en espérant y trouver refuge et sécurité. Quand un départ forcé est aussi massif, plus de 60% de la population, c'est toute une culture, une civilisation qui va disparaître. Ces personnes-là souhaitent ne pas vivre séparées parce qu'elles parlent une langue, un dialecte arménien, qu'ils vont perdre. Ils vont perdre aussi leurs lieux de culte, leurs maisons, leurs champs, tout ce qui les lie à cette terre. C'est une épuration ethnique dans le sens premier du mot. Il ne s'agit pas seulement d'apporter une aide de plusieurs millions d'euros. C'est un crime qui est commis par l'Azerbaïdjan.

Pensez-vous que la volonté de l'Azerbaïdjan est de ne laisser aucune personne d'origine arménienne sur ces terres ?

Cette volonté est claire parce qu'elle résulte d'une politique qui ne date pas d'hier. Depuis 9 mois, cette population de 120 000 personnes est sous le blocus de l'Azerbaïdjan. Elle a été affamée, sans gaz, sans électricité. Des gens sont morts de faim. Cette population civile a été sous un blocus inhumain malgré les déclarations des chancelleries occidentales ou de la diplomatie russe ou la décision de la Cour internationale de justice qui demandait à l'Azerbaïdjan d'ouvrir le couloir de Latchine [la seule route reliant le Nagorny Karabakh à l'Arménie, rouverte dimanche par Bakou après des mois de blocus].

Vous sentez-vous abandonné ?

Evidemment. Le Haut-Karabakh est abandonné et nous voyons le résultat. 70 000 personnes sont arrivées en Arménie en quatre jours seulement parce qu'elles étaient dépourvues de toute protection internationale. Il s'agit d'un crime que l'Azerbaïdjan et son dictateur commettent.

Est-ce que des crimes de guerre sont commis ?

Déjà le blocus en soi est un crime contre une population civile, que plusieurs capitales ont condamné. Au-delà, c'est un crime parce que rien ne menaçait la population azerbaïdjanaise. L'Azerbaïdjan a tout de même décidé d'apporter ce coup de grâce en attaquant une fois de plus la population du Haut-Karabakh le 19 septembre dernier.

Quelle est la situation pour la population restée sur place ?

Elle continue à partir en Arménie. Plus d'une dizaine d'autocars sont partis aujourd'hui parce que tout le monde n'a pas de véhicule ou les moyens d'acheter de l'essence. C'est impossible de rester parce qu'il n'y a pas de protection. Les gens fuient, la peur au ventre, pour sauver leur vie et celle de leurs enfants.

Croyez-vous dans les promesses du président de l'Azerbaïdjan Ilham Aliev de protéger les habitants du Nagorny Karabakh qui restent ?

Comment puis-je croire en la promesse d'un président qui, il y a 3 ans, déclarait à son peuple qu'il chasserait les Arméniens comme des chiens ? Comment puis-je croire aux promesses d'un dictateur qui pendant 9 mois a affamé mon peuple ? La disparition du Haut-Karabakh signifie l'affaiblissement extrême de la République d'Arménie. Je ne peux pas croire qu'amputer l'Arménie de l'une de ses régions la renforce.

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