Comment la NSA a-t-elle pu écouter les plus hauts dirigeants français ?

Selon des documents WikiLeaks publiés ce mardi par Libération et Mediapart, les Etats-Unis ont espionné les trois derniers présidents français en les plaçant sur écoute. Mais comment la NSA a-t-elle pu écouter en toute tranquillité le sommet de l'Etat Français ?

(Des antennes de la NSA du centre de Fort Meade, dans le Maryland © MAXPPP)

François Hollande, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac ont été placés sur écoute par la NSA (National Security Agency) entre 2006 et 2012. Les communications téléphoniques des trois derniers présidents de la République française et de leurs proches collaborateurs ont été enregistrées, notées et conservées par les services d'espionnage américains. Un scandale, révélé mardi 23 juin par WikiLeaks et dévoilé dans les pages de Libération et Médiapart , qui pose une question : comment les appels de dirigeants si hauts placés ont pu être captés ? 

Plusieurs hypothèses crédibles

Les documents publiés restent très discrets sur les méthodes utilisées pour réaliser ces écoutes. Une seule certitude pour l'heure, il existe une liste de numéros de téléphone surveillés par la NSA. Selon Libération , cette liste de 2010, comporte le numéro de portable de Nicolas Sarkozy et celui de certains proches conseillers et ministres. En revanche, en ce qui concerne François Hollande et Jacques Chirac, il n'y a aucune précision. 

Des téléphones mal protégés L'une des hypothèses évoquées serait l'utilisation de téléphones du commerce qui ne permettraient pas de crypter efficacement les communications. Si les présidents disposent d'appareils sécurisés et de technologies avancées, ce n'est pas forcément le cas de leurs collaborateurs qui, pour certains, utilisent des smartphones classiques qu'il est beaucoup plus facile de pirater.

Selon Le Monde , dès 2010, Nicolas Sarkozy disposait d'un téléphone supposé être inviolable, conçu par Thalès et utilisé notamment par l'armée. Certaines retranscriptions d'entretiens de 2011, laissent croire que son code aurait été craqué par la NSA. 

Une ambassade aux grandes oreilles Autre piste évoquée par Libération , celle d'écoutes réalisées depuis l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Une ambassade située à quelques centaines de mètres de l'Elysée, place de la Concorde. Il existe au sein de la NSA et de la CIA des services d'écoutes disposant de matériel de pointe et nommés : "Special Collection Service". Ces services disposeraient de services détachés dans les ambassades.

En 2013, selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel , ce serait du toit de l'ambassade américaine à Berlin que les appels d'Angela Merkel auraient été interceptés. Der Spiegel a aussi publié un document révélant l'existence d'un centre d'écoutes en France. Il pourrait donc exister un étage dédié à l'espionnage dans l'ambassade, en plein coeur de Paris.

Laurent Fabuis, ministre des Affaires étrangères, a convoqué ce mercredi matin l'ambassadrice des Etats-Unis à Paris pour en savoir plus.