Christina, Irakienne de 3 ans, prisonnière des djihadistes

Les djihadistes de l'Etat islamistes ont expulsé vendredi la dernière poignée de chrétiens qui étaient demeurés à Qaraqosh après la chute de la ville. Des familles dépouillées de leurs biens et à qui on a pris les femmes et les filles.

(L'offensive lancée le 9 juin par les djihadistes de l'Etat islamique a forcé des millions de Chrétiens et de Yézidis à fuir © REUTERS/Rodi Said)

Une quarantaine de réfugiés chrétiens d’Irak ont été accueillis en France. Ils ont été chassés de leurs foyers  par les djihadistes de l'Etat islamique au début du mois. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a annoncé que plusieurs centaines d'autres refugiés pourraient être accueillis. Mais en Irak l'exode se poursuit. 

REPORTAGE - Eric Biégala | Irak : Christina, 3 ans, prisonnière des djihadistes
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Il restait une centaine d'habitants à Qaraqosh. Une centaine de chrétiens, les plus âgés, les personnes malades ou handicapées, qui n'avaient pas pu fuir quand les djihadistes de l'Etat islamique se sont emparés de la principale ville chrétienne d'Irak - 50 000 habitants - le 7 août dernier.

Ce vendredi, l'État Islamique les a finalement expulsés de Qaraqosh. Embarqués dans deux bus, les derniers chrétiens de Qaraqosh ont été contraints de terminer leur périple à pieds pour parvenir aux premières lignes kurdes, près du village de Khazir. Il fait près de 50° C. En nage, les yeux creusés par la fatigue, Shehmon Berber et sa femme Shirma viennent d'arriver au premier check-point kurde. "On a beaucoup marché. Beaucoup ! Et pour finir, quand on est arrivés à Khazir, il a fallu qu'on traverse la rivière, à pieds. On avait de l'eau jusqu'à la taille ", raconte-t-il.

Pillages et enlèvements

Avant de laisser partir les chrétiens de Qaraqosh, les djihadistes leur ont tout pris. "Tout ce qu'on avait : l'argent, les objets en or, même nos cartes d'identité. Je n'ai plus que les vêtements que je porte. Ils m'ont autorisé à garder seulement 25 000 dinars ! C'est tout ce qui me reste ! ", poursuit Shehmon Berber. 25.000 dinars, c'est à dire l'équivalent d'une quinzaine d'euros, c'était la règle : impossible d'emmener plus. Ephraïm a 74 ans. "Ils m'ont tout pris, tout ! Moi je suis fermier et ils ont pris mes moutons, j'en avais 500. Ils ont pris le tracteur, le générateur électrique et en ville ils ont pillé tous les magasins ", témoigne le vieil homme.

"Ils ont pris ma fille !"

Pour Toba Hreler Azor et sa femme Aïda la perte est encore pire. "Ça s'est passé ce matin. Quand ils nous ont mis dans le bus, ils ont vu qu'on avait notre fille avec nous... et ils l'ont prise ! Je les ai suppliés, suppliés pour qu'ils me laissent ma fille, mais il y en a un qui m'a dit : "Non !  Et si tu dis un mot de plus, je te tranche la gorge et on tue aussi ton mari"... Et ils ont emporté ma fille. Je ne sais pas pourquoi. Elle n'a que trois ans ! Aucun être humain ne peut faire ça ! " s’effondre Aïda.

L'enlèvement des filles issues des minorités - chrétienne ou yézidi - semble être devenu quasi systématique. La communauté yézidi estime que près de 2.000 de leurs filles ou épouses seraient ainsi détenues par l'Etat islamique. Aujourd'hui dans Qaraqosh, il ne reste plus un seul chrétien, à part Christina Hreler Azor, prisonnière des djihadistes. Elle a trois ans.

Reportage d'Eric Biegala, envoyé spécial de France Info au Kurdistan irakien. Publié par Cécile Mimaut