Vidéo Répression des Ouïghours par Pékin : Raphaël Glucksmann appelle les Occidentaux à "frapper au portefeuille"

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L'Europe, les États-Unis et le Canada ont pris des sanctions lundi contre la Chine pour violation des Droits de l'homme. Si elles sont "minimes", c'est une première, se réjouit le député européen qui a dénoncé ces crimes.

Les Européens, les États-Unis et le Canada ont sanctionné lundi des responsables chinois pour la persécution des musulmans Ouïghours dans la région du Xinjiang. "Ces sanctions sont minimes mais c'est la première fois que l'Union européenne le fait", a réagi le député européen Raphaël Glucksmann, co-fondateur de Place publique. Il figure lui-même sur une liste de personnalités européennes qui ne sont plus autorisées à entrer en Chine. "Si vous voulez vraiment faire peur aux dirigeants chinois et les faire changer de politique, il va falloir frapper au portefeuille", a-t-il affirmé.

franceinfo : Qu'est-ce que cela vous fait d'être sur cette liste ?

Raphaël Glucksmann : C'est une forme de reconnaissance du travail accompli. C'est ma Légion d'honneur à moi. Être sanctionné pour avoir défendu les droits humains, un peuple parqué dans des camps de concentration et qu'un gouvernement tyrannique vise à éradiquer, c'est une forme d'honneur. C'est un honneur que je partage avec neuf autres Européens qui se sont engagés pour dénoncer un crime qui jusque-là était noyé dans le silence des chancelleries et des diplomaties européennes. Il y a un jeu diplomatique qui s'est installé entre l'Europe, ses alliés et la Chine. On voit la différence entre une démocratie et une tyrannie. Les démocraties sanctionnent les auteurs de crimes contre l'humanité et les tyrannies sanctionnent ceux qui dénoncent ces crimes.

La Chine n'a pas apprécié d'être sanctionnée pour des violations des droits de l'homme. Est-ce que le combat commence à porter ses fruits ?

Bien sûr cela veut dire que le combat commence à porter ses fruits. Enfin, après quatre années d'un peuple parqué dans des camps de concentration au XXIe siècle, après quatre années d'oppression systématique, de stérilisation des femmes, de déportation, de travail forcé, l'Europe prend la première mesure concrète visant à faire pression sur Pékin pour empêcher le massacre des Ouïghours. Ces sanctions sont minimes mais c'est la première fois que l'Union européenne le fait. Le drame de l'Union européenne c'est qu'on est la première puissance commerciale du monde mais un nain politique parce qu'il n'y a pas la volonté politique de transformer notre puissance commerciale en puissance politique. Pour la première fois on fait un geste qui dit que nos paroles peuvent être accompagnées d'actes.

"L'enjeu n'est pas d'entrer en guerre contre la Chine, l'enjeu c'est de savoir qu'entre ne rien faire et entrer en guerre il y a tout un espace qui s'appelle la politique."

Raphaël Glucksmann, député européen et co-fondateur de Place publique

à franceinfo

Vous parlez de camp de concentration, de stérilisation, en avez-vous la preuve ?

Bien sûr. Il y a les témoignages qui existent des rescapés des camps. Il y a les photos satellites, les données officielles chinoises. On ne parle pas d'une nébuleuse terroriste. Le gouvernement chinois est ultra bureaucratique qui quantifie, codifie, l'ensemble de ses politiques. Il y a des preuves écrites des camps, des déportations, des stérilisations, mais aussi du travail forcé à l'échelle de centaines de milliers de personnes réduites en esclavage dont certaines marques internationales bénéficient.

La Chine met en avant des centres de formation, la lutte contre les terroristes ?

Les centres de formation vous pouvez en sortir. Mais là, vous êtes parqués à 50 par cellule, avec des viols systématiques des détenus, des grillages autour, vous n'avez pas le droit de sortir, vous n'avez pas de nouvelles à donner à vos familles. Tout est fermé. Ils utilisent l'argument de la lutte contre le terrorisme. Mais qui est terroriste aujourd'hui en Chine ? Si ce n'est pas le gouvernement qui décide d'organiser des viols publics, qui envoie ses agents dormir dans les maisons pour surveiller les pratiques religieuses et les discussions des gens. Le gouvernement chinois a une politique de terreur vis-à-vis d'une population civile dans son entièreté et le but est de casser un peuple et de remplacer une population. Il y a une volonté d'éradiquer un peuple et ça s'appelle le terrorisme.

L'ambassadeur de Chine en France, qui était convoqué par le ministère français des Affaires étrangères pour "des propos inacceptables, sous la formes d'insultes et de menaces contre des parlementaires et un chercheur français" ne "s'est pas rendu lundi" au ministère français, indique le compte twitter de l'ambassade. Un problème "d'agenda" est évoqué. Que pensez-vous de cette réaction de la Chine ?

C'est une façon de montrer sa toute puissance. Le comportement de l'ambassade de Chine en France montre qu'elle nous considère comme un paillasson, une serpillère. Ils se permettent d'insulter les élus de la République, les médias, les chercheurs et quand ils sont convoqués ils ne se rendent pas au rendez-vous. Il y a une forme de démesure, de toute puissance et ce qui va prévenir l'escalade c'est d'avoir des messages forts qui partent en direction de Pékin. Je pense que les autorités chinoises réfléchissent à leur attitude quand les Européens, les Américains, les Canadiens et les Anglais qui prennent des sanctions en même temps. Si vous voulez vraiment faire peur aux dirigeants chinois et les faire changer de politique, il va falloir frapper au portefeuille. Ce sont de mesures commerciales dont on a besoin.

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