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"Un jour, c'est nous qui jugerons les auteurs du massacre" : 30 ans après Tiananmen, un opposant chinois publie un nouveau recueil de témoignages

"Les acteurs du massacre de la place Tiananmen ne pourront jamais reconnaître leurs crimes", estime Liao Yiwu, qui est surnommé le "Soljenitsyne chinois".

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Radio France
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La place Tiananmen sous surveillance le lundi 3 juin 2019, à la veille des 30 ans du printemps chinois, le 4 juin 1989. (NICOLAS ASFOURI / AFP)

Trente ans après la répression du printemps chinois et le massacre de la place Tiananmen, au matin du 4 juin 1989, le poète et opposant chinois Liao Yiwu, surnommé le "Soljenitsyne chinois", vient de publier un nouveau livre, Des balles et de l'opium, aux éditions Globe.

Torturé, emprisonné, contraint au silence, à la marginalisation par les autorités chinoises, Liao Yiwu avait été condamné à quatre ans de bagne pour avoir écrit un poème dénonçant ce massacre. Il vit maintenant en exil à Berlin et publie cette fois des témoignages de ceux qui, comme lui, ont subi la répression du pouvoir chinois après l'écrasement de Tiananmen. Ceux qui témoignent sont des oubliés du massacre, des militants, famille de militants, témoins directs ou indirects. Ces témoignages ont été recueillis avec des difficultés, parfois longtemps après les événements, quand Liao Yiwu était encore en Chine.

"La majorité des gens que j'ai rencontrés n'a pas voulu témoigner parce qu'ils me disaient 'À quoi bon témoigner ? Ça sert à quoi ? Est-ce que tu penses que ça va améliorer notre sort d'aujourd'hui ?' Et la conclusion c'était non. Mais une petite partie d'entre eux a effectivement accepté de raconter tout ce qui s'était passé pour eux, tout ce qu'ils avaient vécu. Mais il est certain qu'aucun d'entre eux n'a imaginé que ce livre serait publié dans cinq langues différentes puisqu'il paraît maintenant en anglais, français, allemand, japonais et il est édité en chinois".

Pour Liao Yiwu, la Chine est l'une des pires dictatures du monde

Le livre a été édité à Taiwan et quelques exemplaires circulent clandestinement en Chine. Mais l'écrivain affirme être très pessimiste sur l'avenir de son pays, qu'il considère être l'une des pires dictatures au monde. "Le gouvernement chinois gouverne actuellement par la terreur et la haute technologie, avec une surveillance absolue et de chaque instant. Moi aussi je sors de cet univers, mais j'ai décidé de ne pas oublier. C'est ce qui me redonne de l'espoir."

Je me dis que tout ce travail aura servi à quelque chose et réveillera la conscience de mes compatriotes.

Liao Yiwu

à franceinfo

Liao Yiwu estime également que la répression sanglante ne sera jamais reconnue comme telle par les dirigeants chinois. "Les acteurs du massacre de la place Tiananmen ne pourront jamais reconnaître leurs crimes. Quant à réhabiliter les activistes de la place Tiananmen, c'est à peu près impensable sauf s'ils en ont absolument besoin pour des raisons politiques. Mais quoi qu'il en soit, nous n'avons pas besoin qu'ils nous réhabilitent."

"Un jour, c'est nous qui les jugerons et c'est nous qui montrerons la noirceur de cleurs crimes", poursuit-il. "À ce moment-là, j'espère que mes livres, ou moi-même si je peux retourner à Pékin, seront des pièces à conviction pour dénoncer leurs turpitudes, leurs violences et toutes les injustices qu'ils ont commises."

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