Quatre questions sur l'étrange disparition de Meng Hongwei, le président d'Interpol

Il a "accepté des pots-de-vin", a annoncé Pékin, quelques heures après la démission subite du chef de l'organisation policière mondiale.

Le président d\'Interpol, Meng Hongwei, lors d\'un congrès internationnal sur la cybersécurité à New York, le 6 juillet 2018.
Le président d'Interpol, Meng Hongwei, lors d'un congrès internationnal sur la cybersécurité à New York, le 6 juillet 2018. (VALERIY MELNIKOV / SPUTNIK / AFP)

Un temps introuvable, l'ex-patron chinois d'Interpol a "accepté des pots-de-vin", a annoncé Pékin lundi 8 octobre, quelques heures après sa démission subite. Une enquête pour disparition avait été ouverte, en France, pour tenter de retrouver la trace du Chinois Meng Hongwei, qui dirige l'organisation internationale de coopération policière. Sa famille n'avait plus de nouvelles depuis son départ pour la Chine, à la fin septembre. C'est son épouse qui a signalé sa disparition aux autorités françaises en faisant part de son inquiétude, selon une source proche du dossier, confirmant une information d'Europe 1. Une affaire qui soulève plusieurs questions.

Qui est Meng Hongwei ?

Meng Hongwei, 64 ans, a été élu le 10 novembre 2016 à la tête d'Interpol (dont le siège est situé à Lyon) lors de sa 85e assemblée générale annuelle à Bali (Indonésie). Il remplaçait ainsi la Française Mireille Ballestrazzi, devançant largement un unique concurrent namibien. Son mandat court jusqu'en 2020.

Avant sa nomination, il exerçait en Chine comme vice-ministre de la Sécurité publique et y dirigeait le bureau national d'Interpol. Il faisait également partie des poids lourds du Parti communiste chinois. Durant sa carrière de policier, il a travaillé dans des unités de lutte contre le trafic de drogue, dans l'antiterrorisme et a dirigé les gardes-côtes chinois, selon sa biographie sur le site d'Interpol.

Le responsable des gardes-côtes Meng Hongwei (à droite) et son homologue indonésien, le 22 novembre 2016 à Pékin (Chine).
Le responsable des gardes-côtes Meng Hongwei (à droite) et son homologue indonésien, le 22 novembre 2016 à Pékin (Chine). (XINHUA / AFP)

Cette première nomination d'un Chinois à ce poste avait été critiquée par des organisations de défense des droits de l'homme. La Chine a longtemps utilisé Interpol "pour arrêter des dissidents et des réfugiés à l'étranger", s'était inquiétée notamment l'ONG Amnesty International (en anglais).

L'organisation policière s'en était défendue en rappelant que le président d'Interpol n'intervient pas dans son quotidien opérationnel et en soulignant que l'article 3 de ses statuts lui interdit toute ingérence en matière politique.

Comment a-t-il disparu ?

"Il n'a pas disparu en France", a précisé une source proche du dossier. Selon le quotidien de Hong Kong South China Morning Post (en anglais), qui cite une source anonyme, Meng Hongwei fait l'objet d'une enquête dans son pays. Il a été "emmené" par les autorités "dès son atterrissage" la semaine dernière, affirmait le journal. La famille de la personne interpellée et son employeur doivent être avertis dans les 24 heures suivant une arrestation, ajoute le quotidien, en vertu de la loi chinoise sur la surveillance.

Visiblement, cela n'a pas été le cas. La disparition soudaine de hauts dignitaires chinois est devenue chose courante sous la présidence de Xi Jinping, qui mène depuis plusieurs années une campagne anticorruption soupçonnée de servir de purge politique, en Chine comme à l'étranger.

L'enquête a été ouverte à Lyon, siège mondial de l'organisation et lieu de résidence de Meng Hongwei et de sa famille. Elle a été confiée à la police judiciaire. "Cette affaire concerne les autorités compétentes en France et en Chine", s'est borné à commenter Interpol dans un communiqué, en soulignant que c'est l'Allemand Jürgen Stock, son secrétaire général, et non Meng Hongwei, qui est chargé de la conduite de l'organisation au quotidien.

Comment Pékin explique cette disparition ?

Meng Hongwei "a accepté des pots-de-vin et est soupçonné d'avoir violé la loi", a annoncé dans un communiqué le ministère de la Sécurité publique, lundi 8 octobre, sans fournir de précisions sur ces accusations. Ce communiqué est présenté comme un compte-rendu d'une réunion organisée dans la cellule du Parti communiste chinois (PCC) du ministère. 

Le texte ne précise pas si les accusations imputées à Meng Hongwei relèvent de ses fonctions ministérielles ou bien de celles qu'il exerçait à Interpol. Il n'est pas non plus précisé s'il a ou non été placé en détention. L'enquête "illustre clairement la détermination du camarade Xi Jinping", le président chinois, à combattre la corruption, précise le ministère.

Pourquoi cette disparition pose-t-elle question ?

Comme le fait remarquer la BBC (en anglais), les proches de responsables disparus contactent rarement les autorités étrangères, de peur d'aggraver les sanctions. Par ailleurs, Pékin voyait d'un bon œil la position de Meng Hongwei à la tête d'Interpol. "S'il a vraiment disparu au sein de l'appareil d'Etat chinois, qui a-t-il fâché ? écrit Celia Hatton, responsable de la zone Asie pour la BBC. Ou qu'a-t-il pu faire pour que Pékin renonce volontairement et publiquement à conserver un poste de premier plan au sein d'Interpol ?"

Interpol permet de favoriser les échanges entre les polices de ses 192 pays membres, grâce à des bases de données répertoriant par exemple les passeports déclarés volés. L'organisation est connue pour sa diffusion des "notices rouges", présentées souvent – à tort – comme des mandats d'arrêt internationaux : elles informent en réalité les pays membres d'Interpol de la délivrance d'un mandat d'arrêt par l'autorité judiciaire de l'un d'eux, sans obligation d'arrestation ni d'extradition.