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Mary-Françoise Renard : «L’économie chinoise a entamé une nouvelle étape»

Quels sont les enjeux de l’économie chinoise à la veille du 18e congrès du Parti communiste chinois, qui s’ouvre le 8 novembre prochain ? Nous avons posé la question à Mary-Françoise Renard, économiste et spécialiste de la Chine.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Quelle direction pour l'économie chinoise ? (AFP)

Mary-François Renard, professeur à l'Ecole d'économie et à l'université d'Auvergne, responsable de l'IDREC (Institut de recherche sur l'économie de la Chine) au CERDI, corresponsable du master Chine, pays émergents et mondialisation revient sur les changements à l’œuvre dans l’économie chinoise touchée par les crises des pays développés, l’Europe notamment.

L'économie chinoise est-elle aujourd'hui un «tigre en papier» ?
Le terme de «tigre en papier», parfois utilisé pour caractériser la Chine, relève de la même caricature que celle qui a consisté depuis quelques années à considérer que ce pays était «invincible», «tout puissant»...

Les faiblesses de l’économie chinoise sont structurelles et correspondent à son modèle de développement. Le fort taux de croissance s’est accompagné de distorsions des prix des facteurs de production, essentiellement le travail, le capital et la terre (en raison de l'existence de prix encore administrés dans certains secteurs). De plus, la réforme du système financier n’est pas achevée et le marché du crédit défavorise les PME et les particuliers, les entreprises d’Etat bénéficiant de l’essentiel des prêts.

Néanmoins, la transformation de ce modèle est en cours et les projets du gouvernement, notamment dans le cadre du 12e plan quinquennal (2011-2015), vont dans ce sens, même si la marge de manœuvre est assez étroite. On peut considérer que la Chine a entamé une nouvelle étape de ses réformes.

Tigre en papier (chose apparemment puissante, mais en réalité inoffensive) selon une expression de Mao (© AFP/ Miao jian)
 
L'économie chinoise peut-elle s'adapter à un monde en crise ?
La croissance chinoise a été principalement fondée sur l’investissement et le commerce extérieur. Cet état de fait a souvent conduit à préconiser un rééquilibrage de la croissance en faveur de la consommation intérieure. Le ralentissement des économies européennes (l’Europe est le premier partenaire commercial de la Chine) et américaine, explique largement la baisse du taux de croissance.

Le surplus commercial de la Chine a fortement chuté, ce qui n’implique pas pour autant que la croissance est moins déséquilibrée. La priorité à court terme est donc de soutenir la consommation intérieure. Même si celle-ci s’est accrue, elle est insuffisante et le taux d’épargne demeure très élevé, pour des motifs de précaution. Il faut donc améliorer la protection sociale pour atténuer cette pression sur l’épargne. La progression de la couverture universelle en matière médicale est un progrès certain mais encore très insuffisant. De plus, l’évolution démographique rend plus urgente la question des retraites.

Les niveaux de salaires ont fortement progressé ces dernières années et le 12e plan prévoit un accroissement du salaire minimum de 13% par an, mais les mesures de soutien à la consommation devront nécessairement inclure la poursuite des réformes du marché immobilier.

Les moteurs traditionnels de la croissance étant affaiblis, son taux va continuer à ralentir. L’adaptation se fera par la poursuite de réformes permettant une allocation plus efficace des facteurs (de production, capital, travail... NDLR) et par le développement de certains secteurs, essentiellement les services, ce qui participerait à la nécessaire amélioration de la productivité globale des facteurs. Cette évolution s’accompagnera d’une urbanisation accrue.

L'Etat investit dans l'immobilier pour garantir la croissance (AFP)

Quelles sont les réformes économiques en débat en Chine ?
Les débats sont actuellement assez nombreux en Chine, notamment au plan économique.

L’un des sujets les plus sensibles est relatif à la lutte contre la corruption. Quelques procès largement médiatisés ont visé à montrer la détermination du gouvernement sur ce point, mais il s’agit d’un vaste chantier. Cependant, le mécontentement de la population vis-à-vis de cette question est grand et la crédibilité du prochain gouvernement sera notamment liée à son aptitude à faire baisser la corruption. D’une façon générale, le développement doit devenir plus qualitatif et soutenable. 

Les effets de la pollution sur la santé publique sont dramatiques et la recherche d’un modèle de développement plus respectueux de l’environnement est actuellement un objet de préoccupation majeure. De plus, le développement plus «vert» est aussi une opportunité pour la Chine. C’est une source potentielle de croissance grâce à la recherche de nouvelles technologies dans lesquelles Pékin occupe désormais une place importante : éoliennes, voitures électriques… Le gouvernement central joue un rôle essentiel dans ce domaine et a défini sept secteurs prioritaires, tout en incitant au recyclage des déchets et à la réduction de la consommation d’énergie.

Ce développement de l’innovation est également indispensable à une montée en gamme de la production industrielle chinoise puisque la hausse des salaires pénalise la compétitivité.

D’autres questions émergent peu à peu : l’internationalisation du yuan, l’approfondissement de la réforme du système financier et celle du système fiscal. Cette dernière est indispensable à une meilleure redistribution des revenus. Les inégalités se sont beaucoup accrues en Chine et risquent de mettre à mal la stabilité sociale.

La réussite de ces réformes économiques aura bien sûr des implications sociales et elles ne sont pas indépendantes des réformes politiques qui devront probablement émerger.

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