La Chine veut redevenir l’Empire du Milieu

La cour permanente d’arbitrage de La Haye a considéré le 13 juillet que Pékin n’avait «aucun droit historique» en mer de Chine. Un affront pour Pékin. Mais l’affaire est révélatrice des ambitions expansionnistes de la Chine, motivée par le «rêve chinois» de Xi Jinping qui veut (re)faire de son pays une superpuissance. A commencer par l’Asie-Pacifique.

Le rêve chinois a pour but de donner un renouveau à la nation chinoise. 
Le rêve chinois a pour but de donner un renouveau à la nation chinoise.  (Anthony Wallace/AFP)

«Quand la Chine s’éveillera … le monde tremblera*», ou plutôt «quand elle s'éveillera de nouveau». Car de 1500 au milieu des années 1800 la Chine était la puissance dominante à l’échelle mondiale. Un âge d’or qui s’est terminé par la guerre de l’opium opposant la Chine aux puissances occidentales. Le conflit qui s’étend de 1839 à 1860 est vu comme les prémices du déclin chinois. Avant cette guerre, l’Empire du Milieu représentait environ un quart du PIB mondial, contre 5% au milieu du 20e siècle. Cette période est désignée comme le «siècle de la honte». Dans l’imaginaire chinois, le déclin ne sera stoppé que par l’arrivée du pouvoir communiste en 1949.

La couverture du magazine «The Economist» de mai 2013. «Faisons la fête comme en 1793».
La couverture du magazine «The Economist» de mai 2013. «Faisons la fête comme en 1793». (The Economist)


«Le plus grand rêve des Chinois, c'est la renaissance de leur nation»
En 2012, encore Secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping esquisse les premières lignes de son concept : «Je crois que le plus grand rêve des Chinois, c’est la renaissance de leur nation dans les temps modernes.» Des mots prononcés au Musée national lors de sa visite de l’exposition permanente La Voie de la renaissance qui revient sur la guerre de l'opium et la colonisation en Chine. 


La chanson «Zhonguguo meng» (rêve chinois) interprétée par Cheng Sisi, chanteuse et colonel de l'armée chinoise. 
 
Le rêve chinois serait donc de remettre l’Empire du Milieu à «sa place», celle de première puissance mondiale. Le pari est en passe d’être tenu économiquement. Mais le rêve chinois est aussi celui de l’armée chinoise: «Ce rêve, on peut dire que c’est celui d’un pays puissant. Et pour ce qui concerne l’armée, c’est le rêve d’une armée forte», déclarait M.Xi en 2012. Pour parvenir à ses fins, la Chine veut rattraper son concurrent américain en termes de capacités militaires. Chaque année, le budget de l’armée chinoise augmente sensiblement à des taux de croissance à deux chiffres.

Surtout, la mer de Chine est devenue le théâtre des ambitions militaires de Pékin, soucieuse de devenir la puissance régionale. Au détriment de Washington : «Le rêve chinois revêt une dimension géopolitique forte : il indique une volonté de consolider rapidement la place de la Chine dans le monde par rapport aux puissances installées, et en premier lieu les Etats-Unis», confie à Geopolis Alice Ekman, responsable des activités Chine à l'Ifri (Insititut français des relations internationales).

Rêve chinois contre American dream
Les aspirations chinoises, qui effraient la région, sont si élevées qu’elles ont obligé les Etats-Unis à modifier leur politique étrangère. En 2012, Barack Obama lance la politique du pivot qui consiste à réorienter la politique extérieure américaine du Moyen-Orient vers l’Asie, pour contrer la montée en puissance de la Chine. C'est ainsi que les rivalités entre Pékin et Washington sont «renforcées» et «cristalisées en mer de Chine, dans la péninsule coréene ou encore dans le détroit de Taïwan», poursuit Alice Ekman.

Pourtant, le rêve chinois est très largement inspiré de son homologue américain. D'après Alice Ekman, il doit permettre «une augmentation du niveau de vie de la population et l'édification d'une "société d'aisance moyenne"», selon les termes officiels. Des objectifs qui doivent être atteint d'ici 2050, pour le centenaire de la création de la République populaire de Chine.


*Quand la Chine s’éveillera … le monde tremblera est un essai d'Alain Peyrefitte paru en 1973 (Fayard)