Hong Kong : "Les manifestants savent qu'ils ont une carte à jouer par l'internationalisation et la médiatisation de leur action"

"La Chine vit un moment important de son histoire, un moment clé de sa relation avec l'extérieur", décrypte le chercheur Philippe Le Corre à propos de la grave crise politique que vit le territoire de Hong Kong.

Les manifestants tiennent des pancartes à l\'aéroport de Hong Kong, à la suite d\'une manifestation, le 12 août 2019.
Les manifestants tiennent des pancartes à l'aéroport de Hong Kong, à la suite d'une manifestation, le 12 août 2019. (PHILIP FONG / AFP)

"On peut voir là un point de non-retour", estime Philippe Le Corre, chercheur spécialiste de la Chine et de Hong Kong mardi 13 août sur franceinfo, alors que la cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam a déclaré que la violence poussera la ville vers "un chemin sans retour". "Les manifestants savent qu'ils ont une carte à jouer, par l'internationalisation, la médiatisation de leur action". "On ne peut pas dire que la communauté internationale soit prête à affronter la Chine sur ce sujet", a ajouté Philippe Le Corre.

franceinfo : Que faut-il comprendre dans ce message de la cheffe de l'exécutif hongkongais ?

Philippe Le Corre : Je pense qu'on peut voir là un point de non-retour, dans la mesure où des troupes de la police militaire chinoise sont en train de se regrouper de l'autre côté de la frontière avec Hong Kong. Cela ne veut pas dire qu'elles vont intervenir, mais en tout cas, politiquement, vous avez eu plusieurs messages de la part des autorités chinoises, vous en avez un maintenant de la cheffe de l'exécutif. Disons que l'ordre doit être rétabli.

L'aéroport a été fermé hier, donc la place financière d'Hong Kong est touchée par ce qu'il se passe. En même temps, les manifestants savent qu'ils ont une carte à jouer, par l'internationalisation, la médiatisation de leur action. Mais les manifestants jouent leur va-tout, dans une situation où ils ont peu de chances d'être gagnants face à l'armée chinoise, qui est de plus en plus infiltrée à l'intérieur de Hong Kong, y compris parmi les manifestants. C'est une situation qui est un peu explosive.

Que pense l'opinion chinoise de ce mouvement, au sein de ce territoire rétrocédé à la Chine en 1997 ?

La population chinoise est très discrète dans son soutien à ce mouvement de Hong Kong. On sent une sorte d'ambivalence, pour ne pas dire de mépris vis-à-vis des jeunes Hongkongais. Finalement, Hong Kong est une ville qui a profité de son statut autonome de colonie britannique, puis de région administrative spéciale pendant longtemps. Il faut dire que la propagande chinoise n'aide pas beaucoup à la compréhension de ce qu'il se passe dans ce territoire du sud de la Chine. La population chinoise ne soutient pas le mouvement dans sa majorité, même si l'information commence à circuler sous le manteau, malgré des médias chinois qui font une propagande ininterrompue, accusant des forces extérieures de manipuler le mouvement.

La communauté internationale va-t-elle intervenir ?

Le problème est que Donald Trump a dit que c'était une affaire intérieure à la Chine. Cela ne facilite pas l'action américaine. Ironiquement, la Chine accuse les États-Unis d'être derrière ces forces maléfiques. Les Britanniques subissent des problèmes de politique intérieure, donc Boris Johnson n'est pas vraiment en position de prendre parti. Bien sûr, il y a eu des actions, le Parlement européen a fait un communiqué, mais on ne peut pas dire que la communauté internationale soit prête à affronter la Chine sur ce sujet. La Chine vit un moment important de son histoire, un moment clé de sa relation avec l'extérieur.