Cent ans du Parti communiste : pour les Chinois, "le monde tout entier doit tendre vers l'idéal communiste", selon une sinologue

Cent ans et pas un doute ! La foi en "l'idéal communiste" reste intacte en Chine. Et "aucun signe d'ouverture ou de démocratisation du système politique actuel" n'est donné, souligne Alice Ekman.

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L’assemblée nationale populaire à Pékin (illustration). (DOMINIQUE ANDRÉ / RADIO FRANCE)

Alice Ekman, sinologue, auteure de Rouge vif – l’idéal communiste chinois aux éditions de l’Observatoire, a souligné jeudi 1er juillet sur franceinfo que le Parti communiste chinois qui célèbre son 100e anniversaire "est incontournable, omniprésent" et "s'est renforcé ces dernières années, notamment depuis l'arrivée de Xi Jinping". Pour les Chinois "l'idéal communiste doit rester un idéal vers lequel non seulement la Chine mais le monde tout entier doit tendre". Le leader chinois qui a renforcé la surveillance de son peuple devrait rester au pouvoir au moins jusqu'à 2027, selon la sinologue, et "ne donne aucun signe d'ouverture ou de démocratisation du système politique actuel", constate-t-elle.

franceinfo : Le Parti communiste chinois reste tout puissant ?

Alice Ekman : 95 millions de membres, mais c'est aussi 2 millions de nouvelles recrues par an en moyenne, avec une grande proportion de personnes de moins de 35 ans. C'est un parti qui est omniprésent dans la société chinoise, c'est-à-dire dans les universités, les hôpitaux, dans les comités de quartier qui existent toujours. Quel que soit votre domaine professionnel, votre activité, un moment ou un autre, vous avez affaire au Parti en Chine. Xi Jinping a renforcé le poids du Parti dans l'économie. Plus spécifiquement, il a renforcé l'existence de cellules du Parti dans les entreprises privées. L'État supervise de plus en plus l'économie dans certains secteurs, même les secteurs émergents, comme par exemple la blockchain et les cryptomonnaies. On voit que le Parti est incontournable, omniprésent. Il s'est renforcé ces dernières années, notamment depuis l'arrivée de Xi Jinping au pouvoir fin 2012.

La Parti communiste est-il aussi un outil de surveillance de la population chinoise ?

Xi Jinping a appelé au début de son mandat à renforcer la surveillance mutuelle. Il y a une atmosphère de surveillance mutuelle qui s'est renforcée au sein d'une société au sens large. Xi Jinping a remis au goût du jour les séances de critique et d'autocritique entre collègues et camarades dans les entreprises et les institutions publiques. C'était une pratique qui existait déjà sous Mao, qui n'a jamais totalement disparu. Xi Jinping a aussi mis en place une vaste campagne dite anticorruption sous l'égide de la Commission de la discipline et de l'inspection. Cette commission fait très peur parce que beaucoup de cadres, de membres du Parti et de fonctionnaires au sens large peuvent être mis sous enquête et parfois sur dénonciation.

"Il y a l'émergence d'une atmosphère qu'on pourrait qualifier de peur au sein d'une partie de la population, notamment la population qui est membre de l'élite du Parti."

Alice Ekman, sinologue

à franceinfo

J'ai vraiment vu l'évolution entre la période Hu Jintao qui était au pouvoir de 2002 à 2012 et la période Xi Jinping où clairement les interlocuteurs chinois s'expriment moins, se regardent mutuellement. Et en complément de la surveillance humaine, existe la surveillance technologique, puisque Xi Jinping a renforcé la présence des caméras de vidéosurveillance, l'utilisation des applications pour smartphones par les autorités de la sécurité publique.

 
Vous avez rencontré des centaines de personnes membres du Parti, chefs d'entreprise, étudiants. Est-ce que c'est un sujet que vous avez pu aborder avec eux tranquillement ?

Quand on me demande si la Chine est communiste, ce n'est pas du tout un sujet tabou. Au contraire, les langues se délient. Tout dépend de votre interlocuteur, mais au sein de l'école du Parti, parmi certains diplomates, des chercheurs affiliés au ministère, on considère que la Chine n'est qu'à la première étape du socialisme et que l'idéal communiste doit rester un idéal vers lequel non seulement la Chine, mais le monde tout entier doit tendre. Alors ça, c'est de la rhétorique marxiste, mais qui est toujours très prégnante parce qu'elle façonne les esprits. Elle fait partie de la formation classique de la fonction publique en Chine. Il faut l'avoir en tête parce que, certes, l'expression est limitée sur le sujet aujourd'hui en Chine, mais certains témoignent une certaine ferveur idéologique qu'il ne faut pas sous-estimer.

"Certains entrent au Parti comme on entre en religion. Ils parlent de foi, de pureté idéologique.

Alice Ekman

à franceinfo

Et le vocabulaire peut être à la fois assez éloquent et en même temps assez violent, parce que Xi Jinping a dit, par exemple, qu'il fallait 'rogner l'os jusqu'à la moelle', c'est-à-dire se débarrasser des impuretés des camarades qui ne seraient pas assez purs.

 
Peut-on imaginer une forme de perestroïka à la chinoise ?

Pas sous Xi Jinping. Il restera probablement au pouvoir après le 20e congrès qui va se tenir à l'automne 2022, c'est-à-dire très rapidement. C'est pour cela que ce centenaire du Parti est important parce qu'il permet de consolider encore un peu davantage le pouvoir Xi Jinping. Il pourrait rester après 2022, encore cinq ans au pouvoir, jusqu'à 2027, voire 2032. Il a amendé la Constitution en 2018 pour pouvoir rester au pouvoir. En tout cas, lui-même ne donne aucun signe d'ouverture ou de démocratisation du système politique actuel.

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