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Chine: répression tous azimuts contre la minorité ouïghoure

La minorité ouïghoure, en grande majorité musulmane, subit une implacable répression de la part du pouvoir central à Pékin en raison d'attentats attribués à des extrémistes issus de ses rangs. Notamment celui de Bangkok en 2015 (20 morts) pour lequel deux suspects ouïghours sont jugés les 13 et 14 octobre 2016 dans la capitale thaïlandaise. Explications.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Policiers chinois à Urumqi, capitale du Xinjiang, le 29 juin 2013. (REUTERS - Kyodo)

La Chine a connu son 11-Septembre, et personne ne le sait en dehors de l’Empire du Milieu. Le 1er mars 2014, 29 Chinois sont égorgés à l’arme blanche dans la gare de Kunming, la capitale du Yunnan (sud). Une horreur. Un massacre. Cette date reste pour les Chinois celle de l’entrée de leur pays dans l’ère du «terrorisme international» sans vraiment convaincre hors de leurs frontières.

Deux mois et demi plus tard, un attentat à la bombe fait aussi une trentaine de morts dans un marché d’Urumqi, capitale du Xinjiang, la grande province (cinq fois la France) de l’extrême Ouest chinois. Un an plus tôt, une voiture piégée avait explosé au cœur de Pékin, place Tien An Men, à quelques mètres du célèbre portrait géant de Mao. A chaque fois, les autorités pointent du doigt les séparatistes ouighours.
 
Une minorité turcophone
Les Ouïghours, une des minorités reconnus par la République populaire de Chine. C’est la population originelle du Xinjiang. Les Ouïghours sont en grande majorité musulmans. Ils parlent une langue de la famille turcophone et sont physiquement beaucoup plus proches des populations d’Asie centrale que des Chinois. Cette région, autrefois appelée «Turkestan oriental», a été intégrée à l’Empire du milieu en 1759, mais a connu au XXe siècle deux brèves périodes d’indépendance plus ou moins tolérée par une Chine devenue républicaine, et d’innombrables révoltes plus ou moins violentes. Les actes de terrorisme ne sont pas nouveaux. Bien au contraire, ils font partie du paysage.
 
Musulmans en train de prier à Urumqi, capitale du Xinjiang, le 10 juillet 2009 (REUTERS - David Gray )

La situation cependant est nouvelle:
1/Depuis quelques années, les Ouïghours (entre 10 et 12 millions de personnes) sont minoritaires dans leur province : 45% environ. En 2009, une violente révolte anti-Han (l’ethnie majoritaire en Chine) a éclaté à Urumqi, la capitale du Xinjiang. Elle fut violemment réprimée, sans que cette répression ne règle quoi que ce soit. Reste que les Ouïghours se sentent dépossédés de leur terre et de leur culture par ce qu'ils appellent une politique de «colonisation rapide et massive»

2/Le développement du terrorisme islamique international, et particulièrement al-Qaïda. Un groupuscule ouïghour installé dans les confins pakistano-afghans, le TIP (parti islamique du Turkestan), revendique ses liens avec l’organisation fondée par Oussama Ben Laden. 22 Ouïghours avaient même été arrêtés en Afghanistan par l’armée américaine et détenus à Guantanamo. En 2009, le TIP appelle au djihad contre la Chine: «La cavalerie d´Allah ne tardera pas à vous tomber dessus… Ô braves moudjahidines… Tuez les communistes chinois où que vous les croisiez.» C’est à cette organisation que sont attribués les attentats au sabre de la gare de Kunming, le 1er mars 2014, et de Bangkok d'août 2015.

Des Ouïghours avec Daech?
D'après les autorités de Pékin, 300 Ouïghours auraient également rejoint Daech en Syrie/Irak (certains spécialistes du renseignement parlent de 4000 ou 5000). Plusieurs de ces «soldats» de l'EI auraient été exécutés alors qu'ils tentaient de fuir les rangs de l'organisation. Ils se plaindraient de «racisme» de la part de leurs compagnons de djihad.

Pour la première fois, un des médias de l'EI a diffusé des messages chantés en mandarin. Le choix de la langue nationale chinoise plutôt que le ouïghour (qui s'écrit en caractères arabes) pourrait signifier que Daech vise plus loin que les seuls Ouïghours et ciblerait également les autres communautés musulmanes chinoises, notamment les 12 millions de Huis, des Hans de confession islamique. On signale également, sans que cela soit prouvé, la présence de militants ouïghours en Afrique, en particulier dans les rangs des organisations djihadistes du Sahel. 

Quoiqu'il en soit, la propagande chinoise insiste sur ces liens réels ou supposés entre ces activistes ouïghours et les grandes organisations terroristes que sont Daech ou al-Qaïda. Cela fait du pays une victime du terrorisme international au même titre que, par exemple, la France. Et permet d'évacuer la responsabilité propre de la Chine et de sa politique de «colonisation» rapide du territoire traditionnel des Ouïghours. 

Modernisation et développement économique
La récente vague de terrorisme a provoqué une répression extrêmement sévère. Arrestations arbitraires, perquisitions violentes, «massacres» dénoncés par les organisations de défense des droits de l’Homme (comme cette opération de la police chinoise, en novembre 2015, au cours de laquelle 28 Ouïghours furent abattus, alors qu’ils étaient soupçonnés d’être responsables d'une agression mortelle dans une mine de charbon), méga-procès et exécutions publiques dans des stades, comme au bon vieux temps de la Révolution culturelle.
 
Répression culturelle aussi, contre certaines pratiques religieuses : le port du voile est «découragé», de même que le jeûne du ramadan (pour les fonctionnaires), démolition de quartiers traditionnels «insalubres», accélération de l’installation de Hans dans la province, etc. Le gouvernement de Pékin insiste sur l’incontestable et spectaculaire modernisation des infrastructures et sur le développement économique lié à la nouvelle «Route de la soie», mais la situation reste tendue… et sans témoins.

Cette répression, le renforcement de la surveillance policière et la très forte présence militaire dans la province ont pour conséquence de pousser les mouvements terroristes ouïghours à attaquer des cibles chinoises (ou «réputées» chinoises) à l’étranger… A Bangkok par exemple en 2015, ou plus récemment, contre l'ambassade chinoise de Bichkek, la capitale du Kirghizistan, le 30 août 2016. 
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