Témoignage Camps pour Ouïghours en Chine : "Nous attendions de mourir, devenir fous ou perdre la santé", atteste une musulmane rescapée

Sayragul Sauytbay a passé plusieurs mois dans l'un des "camps de rééducation" pour Ouïghours mis en place par le régime chinois. "Il y avait beaucoup de torture physique dans ces camps", raconte-t-elle à franceinfo.

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Radio France
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Un mirador sur une installation de haute sécurité près de ce que l'on pense être un "camp de rééducation" pour Ouïghours mis en place par le régime chinois dans la région du Xinjiang, le 31 mai 2019. Photo d'illustration. (GREG BAKER / AFP)

"Les gens, dans ces camps de concentration, attendent de savoir quelle direction ils vont prendre parmi celles-ci : mourir, devenir fou ou perdre la santé", témoigne vendredi 14 mai sur franceinfo Sayragul Sauytbay, auteure du livre Témoignage d’une rescapée de l’enfer des camps chinois, après avoir passé plusieurs mois dans les "camps de rééducation" pour Ouïghours mis en place par le régime chinois. "C’est affreux. Là-bas, nous manquions de sommeil, nous manquions de nourriture. Il y avait beaucoup de torture physique dans ces camps", ajoute-t-elle, tout en affirmant qu’elle reçoit encore aujourd’hui des "menaces" du gouvernement chinois, alors qu’elle s’est réfugiée en Suède.

franceinfo : En novembre 2017, vous êtes emmenée par les policiers chinois. Quel était votre crime ?

Sayragul Sauytbay : Je n’avais commis aucun crime. Je travaillais légalement comme une fonctionnaire. Au Turkestan oriental les Kazakhs, les Ouïghours, toutes les ethnies minoritaires sont les principales cibles de discrimination de la part du gouvernement chinois. Là-bas, nous étions sous classés. Sous classés à cause de notre ethnie. Malgré cette discrimination, nous restions dans le silence. Toute ma famille est partie avant 2017. Moi, j’étais obligée de rester parce que mon passeport était confisqué par le gouvernement chinois.

Et vous terminez dans ces camps, que l’on appelle des camps de rééducation dans la langue du régime chinois. Plus d’un million de personnes vivent dans ces camps d’internement. À quoi ressemble le quotidien dans ces camps ?

Les gens, dans ces camps de concentration, attendent de savoir quelle direction ils vont prendre parmi celles-ci : mourir, devenir fou ou perdre la santé. Je ne sais pas vraiment comment vous décrire cette situation, ce lieu dans lequel j’étais. C’est affreux. Là-bas, nous manquions de sommeil, nous manquions de nourriture.

"Il y avait beaucoup de torture physique dans ces camps. Nous entendions des cris, partout. Et cela malgré les caméras de surveillance. Les endroits où nous sommes torturés, nous les appelions : ‘les chambres noires’."

Sayragul Sauytbay

à franceinfo

Je ne pense pas avoir déjà perdu espoir. Pour mes enfants, déjà. Ils me manquaient énormément. Et partant du principe que je n’avais commis aucun crime, je n’avais pas de raison de perdre l’espoir de revoir la lumière. En mars 2018, on m’a libérée et j’ai repris mon travail. Cependant, j’étais surveillée. On m’a rappelé de faire profil bas, ils me menaçaient. Je pense que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre conscience que l’une de mes missions serait de faire entendre la voix de toutes celles et tous ceux qui sont ou ont été dans ces camps. De faire entendre cette voix dans les démocraties du monde entier.

Avez-vous l’impression d’avoir totalement échappé au régime chinois ?

Je sens encore que le gouvernement chinois est derrière moi, même à distance. Ils font pression sur moi, par toutes les manières. Je reçois très régulièrement des appels de Pékin pour que je ne parle pas. Je reçois aussi des visites. Tout ça pour que je me taise.

"Nous attendions de mourir, devenir fous ou perdre la santé" : le témoignage de Sayragul Sauytbay
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