En images Cinq mois après avoir subi un "dôme de chaleur", l'ouest du Canada est ravagé par des inondations

Des précipitations exceptionnelles et prolongées ont provoqué des inondations dévastatrices en Colombie-Britannique, notamment le long du fleuve Fraser.

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Une zone de prairies inondées à proximité de la ville d'Abbotsford, en Colombie-Britannique (Canada), mercredi 17 novembre 2021.  (DON MACKINNON / AFP)

Après le "dôme de chaleur", place à la "rivière atmosphérique". A la mi-novembre, la province de Colombie-Britannique, dans le sud-ouest du Canada, a subi des précipitations hors du commun, entraînant des inondations, des glissements de terrain et l'évacuation de milliers de personnes. Ce phénomène météorologique extrême survient moins de six mois après la spectaculaire vague de chaleur qui avait fait grimper le thermomètre jusqu'à 49,5°C et provoqué des incendies destructeurs, comme celui qui a ravagé la petite commune de Lytton, dans la même province.

Comme ce fut le cas début juillet, l'état d'urgence y a été décrété, mercredi 17 novembre, et l'armée a été déployée dès le lendemain pour venir en aide aux habitants coincés par les intempéries. "Avec les changements climatiques, nous devons répondre à des urgences internes plus fréquentes et plus intenses", conduisant à une "forte demande" d'aide de la part de l'armée, a jugé le général Wayne Eyre, cité par l'AFP. 

Franceinfo revient en image sur ce passage d'un extrême à l'autre, "à 140 jours d'écart", comme l'a relevé sur Twitter un météorologue spécialiste de la région. 

Des records de pluviométrie

Plusieurs records de pluviométrie ont été enregistrés dimanche le long du fleuve Fraser, qui part de Vancouver et s'enfonce vers l'est avant de remonter vers le nord en direction de Lytton : la ville d'Abbotsford (150 000 habitants) a enregistré 100 mm de précipitations en une journée. Le précédent record, qui datait de 1998, était de 51 mm, détaille le géologue canadien John J. Clague, dans un article publié par The Conversation*. Le district de Hope (où a été tourné le film Rambo en 1981) a, quant à lui, reçu 174 mm en une journée, soit cinq fois la quantité reçue... durant toute l'année 2018. Un autre record a été battu dans la ville de Chilliwack : 154,6 mm. 

Face à ces données, la météorologue canadienne Armel Castellan, citée par Global News*, a trouvé le qualificatif adapté à la situation : "Ahurissant""Nous allons vraisemblablement analyser ces chiffres dans les jours et les semaines à venir car ils sont vraiment extraordinaires", a-t-elle ajouté. 

Vue aérienne de la ville d'Abbotsford, en Colombie-Britannique (Canada), mardi 16 novembre 2021.  (HANDOUT / CITY OF ABBOTSFORD)

Abbotsford se situe à 30 km de l'océan Pacifique. Une vidéo postée par une journaliste de la CBC, la télévision nationale, montre que des petites vagues se forment à la surface de l'eau. 

Ces pluies torrentielles sont le résultat d'une "rivière atmosphérique", un phénomène météorologique que le magazine Science et vie décrivait en 2019 comme un "monstre caché du climat". A savoir "des couloirs venteux gorgés de vapeur d’eau ultra­dense qui se déploient sur environ 400 km de largeur pour au moins 2 000 km de longueur, le tout suspendu vers 1,5 km d’altitude".

Selon une étude publiée en 2020* dans la revue Nature et citée par le site The Weather Network*, "la formation de rivières atmosphériques a augmenté depuis 1948, [ce qui] est possiblement lié au réchauffement de la température de la surface de la mer dans l'ouest du Pacifique, [lequel est] attribuable au changement climatique causé par l'activité humaine." Elle estime que le nombre de jours marqués par ce phénomène a augmenté de 20%

Des inondations et des destructions

Les inondations causées par ces pluies torrentielles sont visibles depuis l'espace, a tweeté (depuis la Terre), l'astronaute canadien Chris Hadfield, partageant des images de la Nasa. 

Les précipitations de ces derniers jours ont provoqué de nombreux glissements de terrains, barrant l'accès à des routes et des autoroutes. 

Une route détruite à l'est de la ville de Chilliwak, le long du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique (Canada), le 14 novembre 2021.  (BRITISH COLUMBIA MINISTRY OF TRANSPORTATION / AFP)

Fin juin et début juillet, la ville de Merritt avait accueilli des rescapés du village de Lytton, à 100 km plus à l'ouest, alors ravagé par les flammes. Cette fois, c'est au tour des 7 000 habitants de Merritt de devoir abandonner leurs domiciles, dès lundi, après que les inondations ont mis K.-O. l'usine de retraitement des eaux usées.

Les infrastructures ont particulièrement souffert aux abords de la commune. A plusieurs endroits, l'autoroute Coquihalla a été emportée, ont rapporté les services de la voirie de Colombie-Britannique. Les autorités ont relevé cinq secteurs particulièrement touchés rien qu'entre les villes de Hope et de Merritt, distantes d'une centaine de kilomètres. 

En août, ce tronçon d'autoroute qui relie Hope et Merritt avait déjà dû être fermé pour quelques jours. Trois mois avant que la zone ne soit frappée par les inondations et les coulées de boue, deux feux de forêts s'étaient rejoints de part et d'autre de cette voie très empruntée. Dans un article consacré aux intempéries, le géologue canadien John J. Clague établit un possible lien entre ce premier évènement exceptionnel et la gravité des dégâts observés cet été. Des sols carbonisés n'absorbent pas l'eau comme d'ordinaire, explique-t-il dans The Conversation*. "Il est possible que sur ces terres brûlées, le ruissellement ait été aggravé par ce phénomène d'hydrophobie des sols", écrit-il. 

Si les pluies torrentielles ont fait sortir les rivières de leurs lits, les météorologues locaux ajoutent que la pluie a également contribué à faire fondre la neige en altitude dans ces régions montagneuses, cette eau venant encore gonfler les cours d'eau. Enfin, la météorologue canadienne Armel Castellan, citée par Global News, rappelle pour sa part que d'abondantes précipitations observées depuis la mi-septembre ont contribué à saturer en eau les prairies, incapables d'absorber davantage.  

Des évacuations et des victimes

Jeudi, les secours étaient toujours à la recherche de trois personnes portées disparues près de Pemberton, au nord de Vancouver, touché par un glissement de terrain. A cet endroit, le corps d'une femme a été retrouvé.

Après l'évacuation des quelque 7 000 habitants de Merritt, lundi, 200 personnes ont pu être évacuées de Hope, grâce à un train spécialement affrété pour rejoindre la grande banlieue de Vancouver, alors que la localité était isolée par la montée des eaux et les glissements de terrain. A Abbotsford, près de 600 personnes ont également été évacuées sur les 150 000 habitants que compte la ville. 

Des images filmées à Abbotsford, mises en ligne mercredi, montraient des fermiers en train de secourir des bovins, parfois à l'aide de jet-skis. Dans cette région rurale, des éleveurs ont perdu toutes leurs bêtes. 

A Merritt, Global News a consacré jeudi un reportage au sauvetage de dizaines de chevaux, eux aussi prisonniers des champs inondés. 

Toujours à Merritt, l'Animal Lifeline Emergency Response Team, un service de secours spécialisé dans les animaux, est parvenu à mettre à l'abri 600 porcs, bloqués sur l'autoroute, a rapporté la presse locale

*Tous les liens signalés par un astérisque renvoient sur des articles en anglais.

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