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Brexit: le divorce entre l’UE et le Royaume-Uni s'annonce chaotique

L’Angleterre est une île et le restera, l’Europe n’aura été qu’une parenthèse de 40 ans pour le Royaume uni. Theresa May a promis d'engager la procédure de divorce avec l’UE, en mars 2017. Les deux parties devront alors détricoter quelques 8000 textes législatifs dérivés du droit européen. Une longue et très complexe séparation en perspective.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Deux activistes contre le Brexit  (Reuters/ Hannibal Hanschke)
 Après 40 ans d'une relation difficile avec l’Union européenne, le Royaume-Uni va quitter le marché unique, comme l’a annoncé mardi 17 janvier 2017 la Première ministre Theresa May. Londres avait adhéré au marché commun en 1973, mais pas à l’euro, ni à une Europe politique.  Après le divorce, il faudra établir un nouveau cadre pour les relations commerciales entre les deux parties. Une nouvelle donne semée d’embûches tant pour le Royaume-Uni que pour l’UE.

La principale raison invoquée de cette sortie, est la maîtrise de l’immigration. «Le Brexit doit permettre de contrôler le nombre d'Européens qui viennent au Royaume-Uni, et c'est ce que nous allons faire», a dit Mme May.

Procédure de sortie de l'Union européenne prévue par le traité de Lisbonne   (AFP)


Comme la libre circulation en Europe n’est pas négociable, le gouvernement britannique va devoir conclure un accord de sortie et détricoter tous les liens tissés avec ses voisins continentaux ces quarante dernières années: Coopération commerciale mais aussi judiciaire (Europol), échanges universitaires (Erasmus), recherche scientifique européenne.
«Ce que je propose ne peut pas signifier une appartenance au marché unique, qui nous empêcherait de négocier nos propres accords commerciaux», a déclaré Theresa May

Quel statut durant les négociations ?
Durant les négociations de sortie, la Grande-Bretagne reste un Etat membre comme un autre, appliquant les réglementations existantes et prenant part aux processus législatifs en cours. Pourtant on imagine mal les Britanniques continuer à voter au Parlement Européen sur des législations qui ne les concerneront bientôt plus. 
Jonathan Hill, le commissaire britannique à Bruxelles, a déjà tiré les conclusions de cette situation ubuesque en démissionnant.
« Quoi qu'il arrive, il est impensable qu'un éventuel commissaire britannique reprenne le portefeuille des services financiers tenu par Jonathan Hill jusque-là, ni même un autre poste prestigieux », souligne un officiel européen.

Au terme de ces deux ans (ou plus) de négociations, 1100 fonctionnaires britanniques employés à Bruxelles, vont perdre leurs emplois. Londres n’aura alors plus à verser sa contribution financière à l’UE, environ 13 milliards d'euros annuels et perdra les fonds européens reçus notamment au titre de la politique agricole commune (près de 6 milliards d’euros).
La sortie du Royaume-Uni impactera donc le budget européen. Elle entraînera un déficit de 10 milliards d’euros par an pour Bruxelles. «Avec quel argent les Européens vont-ils financer l’effort de défense qu’ils envisagent ou leur politique migratoire?» demande Cécile Ducourtrieux, correspondante du journal Le Monde à Bruxelles.

La City touchée, mais pas coulée
Si le Royaume-Uni quittait l’UE sans un accord commercial particulier, les produits échangés entre le Royaume-Uni et les pays de l’UE seraient à nouveau soumis des taxes douanières.
De plus, la perte du «passeport européen», qui permet aux financiers de la City de travailler dans l’ensemble de l’Union, va provoquer les transferts de milliers d’emplois. Le processus a déjà commencé, les banques HSBC et Goldman Sachs vont déménager près d’un millier d’emplois respectivement à Paris et Francfort.

Le Royaume uni a tout de même quelques cartes dans son jeu, puisqu'il importe (55%) plus qu'il n'exporte (45%) vers l'UE. Ce qui permet de peser dans les négociations. Les principaux partenaires commerciaux des Britanniques étant dans l'ordre d'importance l'Union Européenne, les Etats-Unis et la Chine.


L'appel du grand large
Londres compte surtout renouer avec le grand large, en déployant ses exportations vers l'Australie; l'Inde ou la Chine, mais aussi vers l'allié américain. Le Brexit a reçu le soutien appuyé de Donald Trump qui a proposé de signer rapidement un accord commercial privilégié.

Dans tous les cas, quelle que soit l'option choisie, la négociation s’annonce longue et ardue. L’ancien commissaire européen Michel Barnier, désigné pour négocier avec Londres a répété que l'UE ne laisserait pas le Royaume-Uni se concocter un Brexit à la carte durant la procédure de divorce. Pour ne pas donner des idées à d’autres pays européens.

Enfin, dernière situation surréaliste : la Grande-Bretagne est censée prendre la présidence semestrielle de l'Union à la mi-2017. Les Européens envisagent de demander à l'Estonie de commencer sa présidence six mois plus tôt que prévu.
De plus, il paraît inévitable que certains Parlements nationaux en Europe voudront se prononcer sur l'accord trouvé  avec Londres, sans parler du parlement britannique, de quoi encore compliquer les choses.
De son coté, Londres menace de devenir un paradis fiscal pour les entreprises si l’UE lui impose un accord trop punitif. Un divorce qui ne sera pas un long fleuve tranquille.

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