Election présidentielle au Brésil : ce qu'il faut retenir des résultats serrés entre Lula et Bolsonaro au premier tour

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France Télévisions
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Les candidats à l'élection présidentielle brésilienne Jair Bolsonaro et Luiz Inacio Lula da Silva, respectivement le 23 août 2022 et le 26 septembre 2022 à São Paulo (Brésil).  (MIGUEL SCHINCARIOL / AFP)

L'ancien dirigeant de gauche Lula est arrivé en tête du premier tour du scrutin dimanche, avec 48,43% des voix. L'écart avec son rival d'extrême droite Jair Bolsonaro, arrivé deuxième avec 43,20% des voix, est bien plus serré que prévu. 

En route vers le second tour. Au Brésil, l'ancien président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva a devancé de cinq points le dirigeant sortant d'extrême droite Jair Bolsonaro, lors du premier tour de l'élection présidentielle, dimanche 2 octobre. Lula a recueilli 48,43% des votes, contre 43,20% pour son rival, d'après les résultats quasi définitifs du Tribunal supérieur électoral* (TSE), lundi matin. 

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L'écart entre les deux rivaux est sensiblement plus serré que celui prédit par les sondages. Aucun candidat n'ayant obtenu 50% des voix, un second tour très disputé se profile donc pour le dimanche 30 octobre. "Cela va être très long, c'est une nouvelle campagne qui démarre", commente auprès de franceinfo Christophe Ventura, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et auteur de Géopolitique de l'Amérique latine (éditions Eyrolles). "On ne peut pas exclure que les tensions puissent provoquer des violences ou des confrontations directes entre militants" des deux finalistes, ajoute-t-il. 

Voici ce qu'il faut retenir des résultats du premier tour, où plus de 30 millions de Brésiliens, parmi les 156 millions d'électeurs appelés aux urnes, se sont abstenus malgré le caractère obligatoire du vote. 

Un écart bien plus serré que prévu 

Depuis plusieurs mois, les sondages donnaient Lula largement en tête, faisant espérer au candidat du Parti des travailleurs une victoire dès le premier tour du scrutin. Comme le souligne The Economist*, l'écart d'intentions de vote entre l'ex-président et le chef d'Etat sortant était souvent supérieur à dix points depuis le début de l'année : près de 20 points d'écart début janvier, 12 points d'écart début mars, 13 points au début de l'été, puis dix points il y a un mois. Dans la plupart des sondages, Jair Bolsonaro n'atteignait pas 40% des intentions de vote. 

Samedi soir, un dernier sondage de l'institut de référence Datafolha* faisait état de 50% d'intentions de votes pour Lula, loin devant Jair Bolsonaro (36%). Un avantage de 14 points, qui ne s'est finalement pas confirmé lors du premier tour dimanche. "Personne ne peut cacher sa surprise, il ne s'agit pas des résultats prévus par les sondeurs, qui sont une nouvelle fois défaits", commente Christophe Ventura. Ce dernier souligne aussi le rôle de l'abstention, qui a pu bénéficier au chef d'Etat et à son mouvement populiste. 

Jair Bolsonaro obtient plus de 40% des voix

Le président sortant a obtenu ses meilleurs scores dans les régions du centre-ouest, du sud et du sud-est, note le journal brésilien Folha de São Paulo*. Dans l'état de Roraima, au nord-ouest du pays, Jair Bolsonaro a recueilli 69,6% des voix. "Bolsonaro est assez fort dans le sud du pays, une région blanche qui est le cœur de la ruralité brésilienne, avec de grands exploitants agricoles conservateurs et très attachés à la propriété"développe Christophe Ventura.

Le spécialiste de l'Amérique latine note les bons scores du président-candidat à São Paulo, cœur économique du Brésil ainsi qu'à Rio de Janeiro. Selon ce dernier, cela peut traduire le vote d'une partie du centre-droit et de la droite traditionnelle en faveur de Jair Bolsonaro, malgré les positions plus centristes de Lula pendant la campagne et le choix de Geraldo Alckmin, ténor de la droite, comme colistier. Le front républicain brésilien contre l'extrême droite n'a pas réussi à totalement convaincre. 

Avec plus de 40% des voix, le président d'extrême droite "n'a pas été sanctionné sévèrement pour son bilan" et "a fait la démonstration de sa puissance", poursuit Christophe Ventura. Jair Bolsonaro "est une force politique très importante, une culture sociale, une manière de vivre", énumère-t-il. "C'est une réalité de la société brésilienne, très individualiste, qui considère que les problèmes du pays sont liés à des ennemis de l’intérieur et que les institutions sont corrompues."

Une avance en demi-teinte pour Lula 

Contrairement à Jair Bolsonaro, le score de l'ancien métallo et président de 2003 à 2010, qui a passé 580 jours en prison, est plutôt conforme aux prévisions des sondeurs. Un score "décevant" à mesure qu'une victoire au premier tour se profilait, "mais Lula a réalisé ce qu'il devait faire", tempère Christophe Ventura. Ce résultat "le laisse en position avantageuse pour le second tour", mais il faudra pour l'emporter capter des voix parmi l'électorat des candidats Simone Tebet et Ciro Gomes. La candidate de centre-droit et son rival de centre-gauche sont respectivement arrivés troisième et quatrième, avec 4,16% et 3,04% des voix. "C'est là que cela va se jouer. Lula va devoir négocier avec eux", pointe le chercheur de l'IRIS. 

Comme pour Jair Bolsonaro, l'ancien président de gauche a "fait fort là où il devait faire fort", soit dans la région du Nordeste, plus pauvre et rurale. Lula réalise son meilleur score (74,2%) dans l'Etat du Piauí, relève le journal brésilien Folha de Sao Paulo*. 

"La lutte continue", déclare Lula, Bolsonaro prêt à "jouer la deuxième mi-temps"  

Dimanche soir, les deux candidats arrivés en tête ont réagi à l'issue des résultats. "C'est juste une prolongation. Je peux vous dire que nous allons gagner cette élection (...) La lutte continue, jusqu'à la victoire finale", a déclaré Lula. L'ancien président, s'adressant à ses soutiens avenue Paulista à São Paulo, s'est déclaré "absolument certain que la justice divine va nous permettre de gagner ces élections, pour recouvrer la dignité du peuple brésilien". Et le candidat d'ajouter : "C'est comme si le destin aimait que je travaille un peu plus." 

"Nous avons vaincu les mensonges" des sondages, a à son tour réagi son rival d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui n'a cessé, pendant la campagne, de laisser entendre qu'il pourrait contester les résultats du scrutin. Le président sortant s'est déclaré optimiste pour "jouer la deuxième mi-temps" de l'élection présidentielle. Comme le relève le Guardian*, il s'est également engagé, dimanche soir, à mieux convaincre les Brésiliens les plus défavorisés qu'ils bénéficieraient davantage de son programme. "Je comprends qu'il y a eu beaucoup de votes en lien avec les conditions de vie des Brésiliens, qui sont touchés par l'inflation, notamment des produits de première nécessité. Je comprends que de nombreuses personnes aient envie de changement mais parfois, certains changements peuvent être pour le pire", a-t-il déclaré. 

Les électeurs ont aussi élu des députés, des sénateurs et des gouverneurs des régions

L'élection présidentielle n'était pas le seul scrutin organisé au Brésil dimanche. Les électeurs étaient également appelés aux urnes pour élire les gouverneurs de 27 Etats, dont le district fédéral de Brasilia, les 513 députés du pays et un tiers des 81 sénateurs, en parallèle des assemblées législatives des Etats. 

Ces élections ont offert au camp bolsonariste une série de victoires notables. Comme le rapporte Associated Press*, le Parti libéral (PL) du président d'extrême droite devrait devenir la principale force politique au Sénat, ainsi qu'à la Chambre des députés (avec 99 députés). Deux anciens ministres de Jair Bolsonaro entrent également au Congrès : l'ancien ministre de l'Environnement Ricardo Salles et l'ex-ministre de la Santé Eduardo Pazuello. Même si Lula parvient à remporter le second tour de l'élection présidentielle le 30 octobre, il devra composer avec une Chambre des députés très conservatrice, détaille El País*, et il lui extrêmement difficile de trouver une majorité.

*Ces liens renvoient vers des pages en portugais, en anglais ou en espagnol.

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