Coupe du monde 2022 : De Socrates à Neymar, la longue tradition de la politisation du football au Brésil

Au Brésil, les stars de l'équipe affichent leurs préférences politiques depuis de nombreuses années. Chaque jour, dans le monde est foot, Jean-Marc Four donne un coup de projecteur sur les liens entre politique et ballon rond
Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
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Temps de lecture : 3 min.
Socrates( à gauche) lors de la Coupe du monde du football 1986 au Mexique et Neymar au Mondial au Qatar en 2022. (VIRGINIE LEFOUR / BELGA MAG / Belga via AFP et AFP PHOTO/JORGE DURAN)

Le Brésil affronte lundi 5 décembre dans la soirée la Corée du Sud en huitièmes de finale de la Coupe du monde. Et au Brésil, le football c’est très politique. Les stars de l’équipe prennent d’ailleurs position, en commençant par Neymar. L'attaquant du Paris Saint-Germain ne cache pas ses sympathies politiques.

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Fin septembre, il a ouvertement pris position trois jours avant la présidentielle, pour le président d’extrême droite Jair Bolsonaro qui briguait un second mandat. Neymar, sur son compte TikTok, a publié une vidéo où il mimait la chanson de soutien à Jair Bolsonaro, et où il faisait le signe 2/2 avec les doigts. Pourquoi 2/2 ? Parce que 22 c’était le numéro du bulletin Bolsonaro. Et ce n’était pas la première fois que la star brésilienne soutenait le président d’extrême droite, finalement battu par le candidat de gauche Lula. Jair Bolsonaro, d’ailleurs, en contrepartie, avait effectué un déplacement de campagne à la fondation de Neymar qui aide des enfants des quartiers défavorisés à Sao Paulo.

Des joueurs proches des églises évangélistes 

Neymar est très suivi sur les réseaux sociaux, 180 millions d’abonnés sur son compte Instagram. 
Et ce soutien apporté à Jair Bolsonaro ne fait pas l’unanimité. De nombreux supporters de la sélection brésilienne expriment leurs critiques, en dénonçant aussi le côté bling-bling et macho de Neymar. Ce n’est pas le seul footballeur brésilien à soutenir l’extrême droite ! Ils sont même très nombreux. Plusieurs stars du passé : Ronaldo, Ronaldinho, Kaka, Dani Alves, Romario élu récemment sénateur du parti bolsonariste. Et aussi beaucoup de joueurs actuels, comme Lucas Moura qui affirme "oui je suis un conservateur de droite, Lula est une menace, c’est le communisme."

Ces prises de position de joueurs souvent métis peuvent surprendre vu que Jair Bolsonaro a régulièrement des propos aux accents racistes. L’explication de ce soutien est donc ailleurs. Il y en a deux en fait. D’une part ces joueurs sont souvent très croyants, à porter des T-shirts style "100% Jésus"  et nombre d’entre eux sont proches des églises évangéliques. Ces églises, qui ont le vent en poupe au Brésil, soutiennent l’extrême droite. D’autre part, le programme économique de Jair Bolsonaro est plus favorable aux grandes fortunes et aux millionnaires que sont ces footballeurs. Le résultat, c’est que pendant la campagne de l’automne dernier, Jair Bolsonaro s’est approprié le maillot officiel de l’équipe du Brésil comme une oriflamme politique. Et il a fallu attendre le premier match du Brésil au Mondial pour voir la gauche, et donc Lula, se réapproprier le maillot.

Socrates et l'autogestion

C’est une évolution récente parce qu’historiquement, dans le football brésilien, il y a surtout de grandes figures de gauche ! À gauche, il y a deux anciennes stars du PSG et de l’Olympique Lyonnais : Raï et Juninho. Et surtout, il y a la figure tutélaire emblématique : Socrates, cet immense champion mort il y a 10 ans. Dans les années 70 et 80, il avait combattu la dictature, avec son club de Corinthians, qui s’était rebaptisé Democracia Corinthians.

Socrates, qui était aussi un intellectuel, docteur en médecine, avait instauré l’autogestion dans le club. L’autogestion dans un club de foot, vous imaginez ça, aujourd’hui à l’ère du foot business ? Socrates avait aussi augmenté les salaires, pas très élevés à l’époque, et il avait l’habitude de lever le poing façon Black Panthers. Un célèbre anthropologue brésilien, Roberto de Matta, a écrit à ce sujet : "le plus grand professeur de démocratie qu’ait connu le Brésil, c’est le football." Donc oui au Brésil, dans ce pays où le ballon rond est roi, les footballeurs sont politisés.

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