JO 2021 : cinq questions sur l'affaire Tsimanouskaya, l'intervention du régime biélorusse qui secoue les Jeux de Tokyo

Menacée de rapatriement dans son pays après avoir critiqué ses entraîneurs lors des Jeux de Tokyo, l'athlète biélorusse Krystsina Tsimanouskaya a obtenu un visa humanitaire polonais, lundi. 

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Krystsina Tsimanouskaya après avoir couru le 100 m aux Jeux Européens de 2019 à Minsk. (/ MaxPPP)

Quand la diplomatie et la politique se mêlent au sport. Inconnue à l'international il y a encore quelques jours, l'athlète biélorusse Krystsina Tsimanouskaya ne cesse de faire parler d'elle. Pour avoir critiqué ses entraîneurs, la sprinteuse affirme avoir été menacée de rapatriement forcé. Elle vient d'obtenir, lundi 2 août, un visa humanitaire de la Pologne. Franceinfo: sport vous résume cette affaire en cinq questions.

Quel est le problème ? 

Krystsina Tsimanouskaya est une sprinteuse biélorusse de 24 ans, qualifiée aux Jeux olympiques de Tokyo. Quatrième de sa série du 100 m le 30 juillet (avec un temps de 11''47) elle n'a pas passé le stade des qualifications. Alors qu'elle devait participer aux séries du 200 m lundi, l'athlète a prématurément quitté sa délégation sportive.

Problème, elle affirme ne pas avoir décidé ce départ précipité : Krystsina Tsimanouskaya dit avoir été escortée, dimanche 1er août, à l'aéroport de Tokyo par des responsables du comité olympique biélorusse, pour être rapatriée "de force" au pays.

Une punition "due au fait que j'ai parlé sur mon compte Instagram [vendredi 30 juillet] de la négligence de nos entraîneurs", estime la jeune athlète. En effet,  Krystsina Tsimanouskaya a émis des critiques envers ses entraîneurs. 

Que lui est-il reproché ? 

Selon le comité olympique biélorusse dirigé par Viktor Loukachenko, fils du président Alexandre Loukachenko, la sportive a dû suspendre sa participation aux JO sur "décision des médecins, en raison de son état émotionnel et psychologique"

"Nous avions des signaux comme quoi il y avait quelque chose qui se passait avec cette fille", a critiqué l'entraîneur Iouri Moïssevitch, dénonçant à la télévision biélorusse le fait que Tsimanouskaya ait "transformé son passage à Tokyo en un scandale grandiose".

Une version des faits démentie par l'athlète et qualifiée de "mensonge". Alors qu'elle ne devait être alignée que sur les épreuves de 100 m et 200 m, la Biélorusse a affirmé avoir été contrainte de participer au relais 4x400 m, prévu le 5 août, car deux autres athlètes n'avaient pas réalisé un nombre suffisant de contrôles antidopage, selon elle.

Krystsina Tsimanouskaya a affirmé avoir été accompagnée de force à l'aéroport de Tokyo par des membres du comité olympique biélorusse en plein milieu des Jeux olympiques de Tokyo. (YUKI IWAMURA / AFP)

Que risque-t-elle ? 

Le Comité international olympique (CIO), qui a annoncé dimanche 1er août "examiner la situation" et avoir demandé des "éclaircissements" au comité national olympique biélorusse, a confirmé lundi que l'athlète était "en sécurité" au Japon, après avoir passé la nuit dans un hôtel de l'aéroport de Tokyo-Haneda, sous la protection de policiers locaux. 

Tsimanouskaya tente d'éviter de retourner dans son pays, par crainte de se retrouver en prison, alors que de nombreux opposants au régime biélorusse ont été arrêtés, contraints à l'exil voire emprisonnés ces derniers mois. 

Andreï Vaitovich, journaliste franco-biélorusse exilé en France, craint surtout pour la famille de l'athlète, restée en Biélorussie. "Nous savons que même si on part, on a encore des amis, des proches sur place qui peuvent faire l'objet de menaces et de pressions. C'est assez dramatique", a-t-il déclaré à franceinfo, lundi 2 août.

Où en est l'affaire ? 

Le gouvernement japonais a déclaré "coopérer étroitement avec les organisations concernées et prendre les mesures appropriées", en traitant ce cas "conformément à la loi". Des responsables du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) suivent également le dossier de près.

Depuis sa prise de parole, Tsimanouskaya a reçu de nombreuses propositions d'asile de la part de pays européens (parmi lesquels la Slovénie, la République tchèque, l'Autriche ou encore la Pologne). Les autorités polonaises lui ont accordé un visa humanitaire le 1er août. "La Pologne va faire tout le nécessaire pour l'aider à poursuivre sa carrière sportive", a écrit sur Twitter le vice-ministre polonais des Affaires étrangères Marcin Przydacz, dont le pays accueille de nombreux dissidents biélorusses. 

Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a lui dénoncé la "tentative criminelle d'enlever l'athlète" et "l'agression commise par les services bélarusses" lors des JO, précisant sur Facebook que Varsovie lui "offrirait la possibilité de poursuivre sa carrière." 

Tsimanouskaya devrait rejoindre la Pologne dans les jours qui viennent, selon l'ONG d'opposition "Maison bélarusse" à Varsovie. Son époux, Arseni Zdanevitch, a quant à lui annoncé avoir rejoint l'Ukraine : "Je pense que [en Biélorussie], on ne serait pas en sécurité", a-t-il déclaré par téléphone à l'AFP, soulignant qu'il comptait rejoindre sa compagne en Pologne.

Pourquoi cette histoire prend-elle tant d'importance ? 

Cet incident intervient alors que le régime biélorusse mène depuis plusieurs mois une campagne de répression contre les opposants au président biélorusse Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994. Un mouvement anti-Loukachenko pour lequel Krystsina Tsimanouskaya a publiquement exprimé sa sympathie par le passé, précise l'AFP.

Les autorités biélorusses ont multiplié les pressions et les sanctions envers les athlètes soutenant le mouvement contestataire. En octobre dernier, la basketteuse Yelena Leuchanka avait été emprisonnée quinze jours pour avoir participé à des manifestations contre le pouvoir en place.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Biélorussie

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.